Écologie – Requiem pour les insectes

« L’effondrement de la vie sous nos latitudes reste largement sous le radar médiatique »

Selon une étude publiée fin octobre, la biomasse d’arthropodes a chuté de 67 % au cours de la dernière décennie

La probabilité est forte que l’information la plus importante de la semaine écoulée vous ait échappé. On cherche en vain sa trace dans la conversation publique : elle en est complètement absente. Et pour cause, en France, à peu près aucun média, ni audiovisuel, ni imprimé, ni électronique, n’en a rendu compte (à l’exception du Monde). Elle a pourtant été publiée dans l’édition du 31 octobre de la revue Nature, la plus prestigieuse des revues scientifiques, mais l’attention médiatique était alors, semble-t-il, ailleurs.

La revue britannique publiait ce jour-là l’étude la plus ambitieuse et la plus précise conduite à ce jour sur le déclin des insectes (et des arthropodes en général) ; elle montre, au-delà du doute raisonnable, que le crash en cours des populations d’invertébrés terrestres est plus rapide encore que les estimations publiées jusqu’à présent. Ses résultats sont à vous glacer le sang.

Les auteurs – une vingtaine de chercheurs appartenant à une dizaine d’institutions scientifiques d’Allemagne, de Suisse et d’Autriche – ont analysé l’évolution des captures d’arthropodes sur 300 sites (en prairie ou en forêt) de trois régions allemandes, entre 2008 et 2017.

Le travail qu’ils ont accompli est considérable. Les chercheurs ont analysé un million d’individus capturés au cours de cette décennie, et ont recensé les quelque 2 700 espèces auxquelles ils appartiennent. Ils ont ensuite estimé l’évolution de ces populations grâce à plusieurs indicateurs : le nombre d’individus capturés, leur biomasse et la diversité des espèces représentées. Quelle que soit la métrique considérée, le désastre est à peu près total, les chiffres sidérants.

Tout désigne les pratiques agricoles

Au cours de la dernière décennie, sur l’échantillon de 150 prairies analysées par Wolfgang Weisser, Sebastian Seibold (Université technique de Munich, Allemagne) et leurs collègues, la biomasse d’arthropodes a chuté de 67 %. Le nombre d’individus capturés s’est effondré de 78 % et leur diversité a chuté d’un tiers. En moyenne, dans les milieux forestiers, la biomasse de ces bestioles volantes et rampantes a perdu 41 % et la diversité des individus capturés a décliné de 36 %.

« Il y a vingt ans, je n’aurais pas cru qu’un tel effondrement fût possible, dit le professeur Wolfgang Weisser. Je pensais que la plus grande part du déclin des insectes avait eu lieu dans les années 1950-1960, avec la grande période de transformation de l’agriculture européenne. »

Ces travaux confortent et complètent une étude d’octobre 2017, de plus petite ampleur, restreinte à une soixantaine de zones protégées d’Allemagne. Celle-ci indiquait une réduction de plus de 75 % de la biomasse d’insectes volants entre 1989 et 2016. Les auteurs avaient pris soin de mesurer l’évolution, au cours de cette période, d’une série de variables relevées sur les zones analysées : taux d’azote dans les sols, végétation, température, précipitations, jours de gel, disponibilité en eau, éclairage, etc. Aucune de ces variables, ni leur somme, ne permet d’expliquer la catastrophe. Tout désigne les pratiques agricoles, notamment le recours systématique et prophylactique à la chimie de synthèse. Les travaux de M. Weisser et ses collègues indiquent la même direction, le déclin de la vie dans les prairies, notamment, étant « d’autant plus sévère qu’elles sont insérées au cœur de zones agricoles », écrivent les chercheurs.

En France, de rares données non encore publiées indiquent que l’effondrement des arthropodes est d’ampleur similaire à ce qui se produit en Allemagne. Et, en France comme ailleurs, toute la faune insectivore s’effondre à une vitesse vertigineuse. Les oiseaux des champs ont perdu près d’un tiers de leur effectif en quinze ans, les chauves-souris disparaissent plus vite encore, avec un déclin de 30 % en une décennie, et les amphibiens ne se portent pas beaucoup mieux.

Le requiem pour les insectes sera celui de pans entiers de l’arbre de la vie. Rien ne semble en mesure d’infléchir le cours de ce désastre et celui-ci se produit à une cadence telle qu’une stérilisation à peu près complète des campagnes d’Europe occidentale et d’Amérique du Nord n’est sans doute plus une perspective si farfelue, à plus ou moins brève échéance.

« Agriculture de précision »

Pendant que vie disparaît de nos paysages, les semi-vérités et les éléments de langage distillés par les communicants de l’agro-industrie font diversion, ils sculptent et orientent la conversation publique avec une efficacité qui force l’admiration. Agriculture intensive ? Il faut plutôt parler d’« agriculture de précision », expression inlassablement ressassée, destinée à bâtir de la confusion en abolissant le sens des mots — la « précision » invoquée ici étant plutôt celle du tapis de bombe.

La critique du modèle agricole dominant ? Il s’agit en réalité d’« agribashing », mot-valise inventé par les propagandistes de l’agro-industrie qui, après quelques mois d’incubation sur les réseaux sociaux, a fini dans la bouche du ministre de l’agriculture lui-même. Le but recherché est là encore la confusion : parler d’« agribashing », c’est assimiler la stigmatisation injuste des agriculteurs à la critique du système qui les a paupérisés, menace leur santé et celles de leurs voisins et qui compromet leur avenir en détruisant la biodiversité.

La raréfaction des grands mammifères emblématiques d’Afrique ou d’Asie nous passionne, mais l’effondrement, sous nos latitudes, des formes de vie les plus communes reste, ainsi, largement sous le radar médiatique et politique.

Comme pour le climat, il faudra sans doute attendre que la situation soit devenue critique pour que disparaissent le déni et l’indifférence. Et, de la même façon que la lutte contre le réchauffement est aujourd’hui partiellement perdue, il sera alors trop tard.

Source: Stéphane Foucart

Les tribulations des femmes à travers l’Histoire – des femmes pour sortir des crises

Comme chacun sait, 

« la femme est l’avenir de l’homme »

Louis Aragon

Mais on a tendance à oublier qu’elle possède aussi un passé. Penchons-nous donc sur le quotidien de ces filles d’Ève qui ont participé à leur façon à la construction de nos sociétés.

Fin du Moyen Âge (XIVe – XVe siècles)

Dès la fin du XIIIe siècle, peut-être en raison d’un début de surpopulation et d’une concurrence accrue, des règlements urbains cherchent à exclure les femmes du travail. À Nuremberg, par exemple, une ordonnance de 1300 spécifie qu’une femme ne peut tenir un étal de poissonnier que pour suppléer à l’absence de son mari. Le même discrédit s’observe dans les strates supérieures de la société : après Blanche de Castille, morte en 1252, il s’écoulera plusieurs siècles avant qu’émergent à nouveau en Occident (et ailleurs) des femmes politiques de premier plan ! Il n’empêche que c’est à des femmes que les sociétés occidentales vont devoir le remède à leurs crises…  

Au XIVe siècle, le climat s’assombrit dans tous les sens du terme : températures plus froides, guerre de Cent Ans, grande Peste, révoltes sociales et, en prime, un Grand Schisme au sein de la papauté.

Sainte Catherine de Sienne recevant les stigmates du Crucifix (Matteo di Giovanni di Bartolo, vers 1430 - 1495),  Musée du Petit Palais d'Avignon )
Sainte Catherine de Sienne recevant les stigmates.
Matteo di Giovanni di Bartolo (vers 1430-1495), Matteo da Siena (dit)

C’est alors qu’une femme d’exception va secouer l’Église, analphabète mais douée d’une foi et d’une force intérieure qui déplace les montagnes.

Née en 1347, Catherine de Sienne ne savait ni lire ni écrire. Elle n’en a pas moins dicté, pendant sa courte existence (elle est morte à l’âge de 33 ans), une œuvre monumentale qui lui a valu d’être proclamée docteur de l’Église par Paul VI en 1970. Dès sept ans, elle s’est engagée en secret à consacrer sa vie au Seigneur Jésus-Christ et fait vœu de virginité. Deux grands projets lui tiennent à cœur : la croisade pour reconquérir Jérusalem et la réforme de l’Église. Le retour du pape d’Avignon à Rome est un préalable à la réalisation de ces objectifs.

C’est ainsi qu’elle part avec sa Brigade de disciples pour Avignon afin de convaincre le pape de regagner la Ville éternelle. Elle négocie en même temps par lettres le ralliement des Florentins à cette initiative. Grégoire XI se laisse convaincre et le 17 janvier 1377, le peuple de Rome fait à son évêque, précédé par Catherine de Sienne, un accueil triomphal.

Signalons aussi Brigitte de Suède. Veuve avec huit enfants, morte en 1373 à 70 ans, elle a également œuvré auprès du pape d’Avignon pour l’unité de l’Église.

Plus près de nous, voici encore une jeune fille illettrée mais inspirée : Jeanne d’Arc. Son aventure exceptionnelle, qui mêle foi religieuse, mysticisme et patriotisme, ne peut se comprendre que dans cette période où la foi et le surnaturel apparaissent dans l’ordre des choses.

À la mort de Charles VI le Fou, en 1422, la France est une mosaïque de territoires. Les uns sont soumis aux Anglais, les autres à leurs alliés Bourguignons, les derniers au Dauphin, futur Charles VII, héritier légitime du royaume, en passe de perdre son trône. C’est alors que sort de l’anonymat une jeune fille qui se dit destinée à chasser les Anglais de France.

Quand Jeanne Darc se présente à Chinon devant le dauphin Charles, personne ne semble prêt à parier sur cette paysanne, née dix sept ans plus tôt à Domrémy, sur les bords de la Meuse (dans le département actuel des Vosges), dans le ménage d’un laboureur aisé. Dans un premier temps, Jeanne rend confiance au dauphin et le convainc de la laisser rejoindre l’armée qui s’apprête à délivrer Orléans, assiégé par les Anglais. Là-dessus, avec un rare sens politique, Jeanne s’oppose aux conseillers de Charles qui voudraient poursuivre leur avantage et convainc le souverain de se faire sacrer sans attendre à Reims pour consolider sa légitimité. Mission accomplie : le « petit roi de Bourges » devient par la vertu de l’huile sainte Charles VII, héritier légitime de la dynastie capétienne. En témoignage de reconnaissance, il l’anoblit ainsi que sa famille le 24 décembre 1429 (son nom, Darc, devient dès lors d’Arc). Mais, capturée le 23 mai 1430 par les Bourguignons, elle finit brûlée vive par les Anglais le 30 mai 1431 à Rouen, sans que cela n’arrête la marche victorieuse de Charles VII ni n’altère sa popularité auprès du peuple. Elle éblouit même la docte Christine de Pisan, recluse dans une abbaye :


« Moi, Christine, qui ait pleuré
Onze ans en abbaye close (…)
Ore à prime me prends à rire… »
.

Catherine, Brigitte, Jeanne et quelques autres moins connues témoignent d’un temps où une jeune femme analphabète pouvait devenir la confidente des papes et des rois, où le surnaturel apparaissait dans l’ordre des choses, où une foi intense impressionnait davantage que le niveau d’instruction… Il s’écoulera près de six siècles avant que l’on revoie une adolescente anonyme capable d’interpeller les grands de ce monde et de mobiliser les foules. Nous voulons bien sûr parler de la jeune Suédoise Greta Thunberg !

Jeanne d'Arc à cheval, miniature issue de La vie des femmes célèbres, d'Antoine Dufour, environ 1505, musée Dobrée, Nantes.
Miniature issue du manuscrit Les vies des femmes célèbres d’Antoine Dufour, 1504, Nantes, musée Dobrée. (1504)

Changement d’époque

L’égalité de statut entre les hommes et les femmes, qui semblait à peu près admise au XIIIe siècle, n’apparaît plus aussi évidente au XIVe siècle, à la fin du Moyen Âge.

Le Décameron de Boccace, après 1410, Bibliothèque de l'Arsenal, Paris.

Affaire de circonstances et de mœurs : si la société féodale reconnaît assez facilement les droits des épouses, des veuves et des héritières, si l’Église fait une place aux femmes par nécessité ou par intérêt, les clercs séculiers et le monde intellectuel des villes se montrent par contre beaucoup plus fermés.

Apparues à la fin du XIIe siècle, les Universités de Bologne, Paris ou encore Oxford s’émancipent peu à peu de la tutelle de l’Église sous la pression des clercs séculiers qui enseignent en chaire.

Elles deviennent des citadelles masculines, aucune femme n’étant habilitée à étudier, encore moins à enseigner, mais n’en restent pas là.

À Paris, centre universitaire le plus éminent d’Europe, la faculté de médecine essaie dès le XIVe siècle d’interdire l’exercice de la médecine à toutes les femmes. C’est le début d’un mouvement souterrain qui va complètement évincer les femmes des fonctions publiques au XVIe siècle et tenter de les renvoyer à leur vocation de potiche.

Isabelle Grégor et André Larané

Histoire – la Terre est ronde

En 2004, on put voir, dans notre presse écrite nationale, une pleine page publicitaire se résumant à ces trois lignes :

Aristote, la Terre est plate 
Galilée, la Terre devient ronde
Internet, le monde devient mobile

Tout en s’appuyant sur Aristote et sur Galilée il était facile de rêver une publicité plus percutante en faveur d’Internet


Ronde, la Terre l’était depuis Pythagore.

Mobile, elle l’était depuis Galilée, et même doublement mobile, tournant sur elle-même et tournant autour du Soleil.

Ce publicitaire révèle simplement un inconscient collectif une rumeur tenace selon laquelle au Moyen Age les hommes s’imaginaient que la Terre était plate. Aux Etats-Unis, depuis un roman de science-fiction à succès datant XIXe siècle, des américains naïfs ont même inventé un Christophe Colomb persuadé que la Terre était plate.

Gossuin de Metz – les deux pelerins 1245

Tous les chemins mènent à Rome dit-on. En tous cas, ces deux pèlerins du Moyen Age en route pour Saint Jacques de Compostelle ou pour Jérusalem le savent : la Terre est ronde. 

 Personne ne le mit jamais en doute, ni dans les mondes grecs, latins, et arabes, ni au moyen âge, ni à la Renaissance… ni par aucune Eglise.

 

Le moyen âge rimerait-il toujours avec obscurantisme ?

Voici un exemple de représentation populaire de la sphère terrestre au moyen âge. Une représentation classique dite TO : la lettre T majuscule inscrite dans un O sépare 3 continents de tailles inégales : un demi, un quart, un quart. L’Asie – le plus grand – l’Europe et l’Afrique. Depuis les mondes latins et arabes et jusqu’au XVIIe, les géographes ont placé le Nord à gauche. 

Pour Anaximandre, Hécatée et Hérodote, le Nord était en haut. L’Europe, alors le plus grand continent connu, couvrait la moitié haute, au-dessus de l’axe Méditerranée, Pont Euxin, Caspienne. Au sud, la mer Rouge séparait l’Afrique, on disait alors la Libye, de l’Asie, l’Orient. Un partage symbolique en T, depuis l’origine, mais dont le contenu a tourné et changé l’Asie désormais le plus grand continent venant en la moité haute et donc le Nord venant à gauche. 

Tronoen.

Un calvaire du bas Moyen Age, perdu dans la lande bretonne, à la pointe de Penmarc’h, face à l’Océan…

Une Vierge parturiente, allongée, les seins nus, est en train d’accoucher. A ses pieds, l’enfant Jésus, de quelques années déjà, désigne le monde céleste de sa main droite, et porte la sphère terrestre (point rouge) en sa main gauche.

 

Jean Vermeer

Johannes ou Jan Van der Meer, dit Vermeer ou Vermeer de Delft, baptisé à Delft le 31 octobre1632, et inhumé dans cette même ville le 15 décembre1675, est un peintre baroque néerlandais (Provinces-Unies).

L’astronome positionne ici la sphère céleste où sont dessinées les constellations d’étoiles, figures personnages ou animaux de la mythologie grecque. Les constellations sont représentées telles qu’on les voit dans le ciel, comme le verrait l’astronome de l’intérieur de la sphère.

La sphère, mobile, est enchâssée à mi-hauteur sur le cercle gradué qui marquant les azimut du lever et coucher des astres sur l’horizon terrestre.

Jean VermeerL’Astronome, dit aussi L’Astrologue, 1668, musée du Louvre, Paris

Le géographe travaille sur sa carte. Sur le globe terrestre on devine le contour des continents et on aperçoit le tracé des méridiens et parallèles.

Jean VermeerLe Géographe, 1669, Städel Museum, Francfort

Source: http://astronomie.regards.free.fr

COMITE DES FÊTES – Assemblée Générale

ASSOCIATION DU COMITE DES FÊTES DE MONTJAY

Le 14 novembre 2019

Madame, Monsieur,

Nous avons l’honneur de vous inviter à l’Assemblée Générale de l’Association du Comité des Fêtes, qui aura lieu le :

Vendredi 22 Novembre 2019 à 20h30

Salle des fêtes de Montjay

Le Conseil d’Administration étant renouvelable chaque année, il sera procédé à une élection afin de désigner les membres du nouveau conseil.

Si vous êtes disponibles, n’hésitez pas à faire acte de candidature auprès d’un des membres actuels.

Les membres du conseil d’administration actuel :

  • Jean-Pierre Bretin (Président)
  • Thibault Doucet (Vice-président)
  • Émile Chaufray (Trésorier)
  • Robert Rolli (Trésorier adjoint)
  • Isabelle Julien (Secrétaire)
  • Elodie Chollon (Secrétaire adjointe)
  • Aurélien Roussel (membre du bureau)
  • Christine Bretin (membre du bureau)

L’ordre du jour sera le suivant :

  • Bilan moral
  • Bilan financier
  • Élection des membres du Conseil d’Administration
  • Divers

Comptant sur votre présence, nous vous prions d’agréer, Madame, Monsieur, nos respectueuses salutations.

Les membres du conseil d’administration :

Jean-Pierre Bretin, Thibault Doucet, Émile Chaufray, Robert Rolli, Isabelle Julien, Élodie Chollon, Aurélien Roussel, Christine Bretin

En cas d’impossibilité d’assister à l’AG, merci d’utiliser le pouvoir selon le modèle ci-dessous

POUVOIR

Je soussigné(e)         ____________________________________________________________________________

Donne pouvoir à     ____________________________________________________________________________

Pour me représenter et voter à l’Assemblée Générale du Comité des Fêtes de MONTJAY.

Date et signature (Précédées de la mention « bon pour pouvoir »)

Écologie – Une libellule arctique en Bourgogne ?

Qui est la Cordulie arctique?

La Cordulie arctique (Somatochlora arctica) est une libellule de taille moyenne à l’abdomen cylindrique noir brillant et au thorax à reflets verdâtres. Son vol est rapide. Une capture au filet est nécessaire pour la déterminer avec certitude d’après la forme de ses cerques, les appendices situés à l’extrémité de son abdomen. C’est sa répartition biogéographique qui lui a valu l’adjectif d’«arctique»: elle est présente sur l’ensemble de la Scandinavie et au-delà du cercle arctique. Son aire de répartition s’étend au sud jusque dans les Pyrénées, mais elle est rare en France en dehors des Alpes et du Jura. C’est une espèce vivant uniquement dans les tourbières et milieux tourbeux à sphaignes, sortes de mousses dont la décomposition produit dans certaines conditions la tourbe.

Quelles sont les exigences de l’espèce pour se reproduire?

Les tourbières sont des milieux dits oligotrophes, c’est-à-dire très pauvres en nutriments. Les sphaignes acidifient le milieu, ce qui a pour effet de réduire la concurrence avec les autres espèces végétales et d’abriter une microfaune restreinte. La Cordulie arctique est adaptée à cet environnement et ses conditions extrêmes. Elle a besoin d’une flaque de faible profondeur pour pondre ses œufs. Même une micro-flaque de quelques dizaines de centimètres carrés peut faire l’affaire, si bien qu’il est de prime abord difficile d’imaginer qu’il s’agit d’un site de reproduction. Les œufs éclosent au bout de quelques semaines, ou après l’hiver. Les larves vivent de 2 à 5 ans dans ce milieu, au même endroit. Elles sont capables de survivre en cas de sécheresse ou de gel en s’enfonçant dans le substrat. L’émergence des adultes a lieu entre fin juin et juillet. Comme chez beaucoup d’insectes, la durée de vie de l’adulte est réduite à quelques semaines.

Quelle est son implantation dans la région?

J’ai découvert l’espèce en Bourgogne dans la Nièvre en 1986. La connaissance des odonates* du département était alors quasi inexistante. Dans le cadre d’un inventaire national initié par la Société Française d’Odonatologie, j’ai mené des prospections sur les tourbières morvandelles, à la recherche d’espèces remarquables inféodées à ces milieux. J’ai alors eu la chance de rencontrer la Cordulie arctique dans le massif du Grand Montarnu, à Arleuf. Sans doute par manque de prospections, aucun autre site n’a été détecté durant une quinzaine d’années. Grâce à de nouveaux efforts de recherche menés par la Société d’Histoire Naturelle d’Autun, deux autres stations de Cordulie arctique ont pu être trouvées sur le Morvan depuis les années 2000, avec au total une petite vingtaine de données. En Franche-Comté où les tourbières sont plus nombreuses, l’espèce est davantage implantée.

Quel est l’état des populations de la Cordulie arctique?

La Cordulie arctique est considérée comme en danger critique d’extinction sur la liste rouge des espèces menacées* de Bourgogne-Franche-Comté. L’assèchement des tourbières et leur enrésinement représentent les principales menaces pesant sur elle. Des mesures de gestion menées dans le Morvan par le Conservatoire d’Espaces Naturels, comme l’effacement de drains, peuvent favoriser la survie de l’espèce, voire développer ses populations. La création en 2015 de la Réserve naturelle régionale des tourbières du Morvan va dans le même sens.

Source: Jean-Claude LALEURE, Naturaliste membre de la Société d’Histoire Naturelle d’Autun

CULTURE – Impression, soleil levant

Au premier plan, une barque naviguant calmement sur la mer. Au second, dans la douce brume matinale, la silhouette majestueuse d’un grand voilier sur la gauche, tandis qu’à droite on distingue les grues qui dansent sur le port du Havre, tel qu’il était au début des années 1870. Et enfin, surtout, un peu plus haut et légèrement décentré, il y a ce disque orangé, incandescent, offrant à l’eau et à un ciel bleu-gris de sublimes reflets.

Quiconque possède de vagues connaissances en histoire de l’art aura reconnu-là Impression, soleil levant, une toile de Claude Monet dont le titre donnera son nom à un mouvement pictural majeur. Je n’ai jamais vu ce chef-d’œuvre de l’impressionnisme en vrai, mais j’imagine que, face à cette œuvre aux dimensions relativement modestes, l’émotion doit être grande, provoquée tant par le caractère paisible de cette huile et la délicatesse du trait de Claude Monet, tout en petites touches discrètes et expressifs empâtements, que par sa dimension historique.

Les peintres, de tout temps, ont tenté de reproduire la beauté de la nature, de reproduire et de transcender pour l’éternité les spectacles apocalyptiques ou bucoliques qu’elle offre, immuablement, jour après jour.

Puis est venue la photographie. Et aujourd’hui, nous voici dans l’ère du téléphone-caméra et des réseaux sociaux transformés en salons d’exposition, avec toute la dimension égotique que cela induit.

Les tribulations des femmes à travers l’Histoire – libres, enfin, presque !

Comme chacun sait, 

« la femme est l’avenir de l’homme »

Louis Aragon

Mais on a tendance à oublier qu’elle possède aussi un passé. Penchons-nous donc sur le quotidien de ces filles d’Ève qui ont participé à leur façon à la construction de nos sociétés.

Le « Beau Moyen Âge » (XIIe – XIIIe siècle)

La généralisation du mariage germanique à l’époque carolingienne a permis de rehausser le statut de la femme. Au fil des siècles, le mariage monogame devient la norme.

En 1215, le IVe Concile du Latran range le mariage parmi les sacrements, ce qui donne aux femmes de nouveaux droits. Parmi les innovations majeures figure la publication des bans à l’occasion des mariages. Il n’est désormais plus possible de convoler dans la clandestinité. Cette mesure est destinée à lutter contre les unions consanguines, entre cousins et parents proches, que l’Église et le corps social tiennent en horreur, ces unions débouchant sur une dégénérescence génétique et, dans le meilleur des cas, sur un repli communautaire.

Par ailleurs, les évêques conciliaires accomplissent un acte révolutionnaire en n’autorisant que les mariages pour lesquels les deux conjoints, l’homme et la femme, auront publiquement exprimé leur consentement. Ainsi, pour la première fois dans l’Histoire de l’humanité, la société accorde aux femmes le droit de disposer d’elles-mêmes. Les femmes ne sont plus des mineures, comme sous l’Antiquité, ou des marchandises que le père cède contre une dot, ainsi qu’il en va encore dans maintes sociétés. Sans équivalent dans le reste du monde, ces dispositions mettent les filles à l’abri d’un mariage forcé et les femmes d’une répudiation qui les laisserait sans ressources.

Ces nouvelles règles rapprochent le statut des femmes de celui des hommes même si elles ne sont pas toujours respectées. Beaucoup de filles de l’aristocratie, de la bourgeoisie et même de la paysannerie ont pu être mariées sans qu’on leur demande leur avis et il faudra encore du temps avant qu’elles puissent pleinement choisir et accepter leur conjoint, mais l’élan est donné.

Toutefois, au Moyen Âge – comme d’ailleurs aux autres époques -, le mariage n’est pas, loin s’en faut, le destin obligé des femmes. À la fin du XIIIe siècle, on compte une légère majorité de femmes mariées dans les campagnes et un gros tiers dans les villes. Les autres vivent dans le célibat ou le veuvage, seules ou en communauté, au couvent ou dans des béguinages (rien à voir avec les sociétés islamiques ou africaines qui, encore aujourd’hui, ignorent pratiquement le célibat). Le harcèlement sexuel est le quotidien de beaucoup de ces femmes et il va souvent jusqu’à des rapports non consentis. Ceux-ci sont rarement qualifiés de viols, la loi et l’opinion publique estimant qu’une femme, face à un homme isolé, est en capacité de se défendre ! C’est un aspect de la violence endémique propre à l’époque et qui affecte les hommes comme les femmes. Elle est très bien représentée dans le roman de Ken Follett : Les Piliers de la terre (1992), qui raconte la vie d’une communauté anglaise au XIIe siècle.

Dans les campagnes, les femmes seules et en particulier les jeunes veuves encourent le risque d’être poursuivies et violées par les jeunes hommes du village, manière de leur faire comprendre l’intérêt du mariage. Mais n’en rajoutons pas avec le « droit de cuissage », selon lequel un seigneur aurait eu le droit de déflorer les épouses de leurs serfs : il s’agit d’une légende inventée au XVIIIe siècle…

Christine de Pisan instruit son fils Jean de Castel, vers 1413, Maître de la Cité des dames, British Library, Londres.
Christine de Pisan instruit son fils, Jean de Castel (1413) attribué à Maître de Bedford

L’Église médiévale, assidue à limiter la brutalité des guerriers, a aussi à cœur de freiner la brutalité des hommes et plus spécialement des maris. C’est ainsi qu’elle réglemente à tour de bras les pratiques sexuelles et condamne tout ce qui pourrait ressembler à un viol conjugal. Un mouvement est en marche dont on peut lire les progrès dans les conseils qu’adresse à son fils l’écrivaine Christine de Pisan  au début du XVe siècle :


« Ne sois déceveur de femmes
Honore-les, ne les diffame.
Contente-toi d’en aimer une
Et ne prends querelle à aucune »
.

Héloïse *, une femme amoureuse

Abélard ne devait être que le professeur de la belle Héloïse, jeune fille exceptionnellement cultivée. En 1117, il devint son amant puis le père de son enfant, avant de l’épouser. Fulbert, l’oncle d’Héloïse, ne le lui pardonna pas et ordonna que des hommes de main aillent « amput[er] les parties du corps avec lesquelles [Abélard] avait commis le délit dont ils se plaignaient ». Cette tragédie bien réelle, dont témoignent les échanges épistolaires entre les deux amants, illustre la liberté de mœurs et la curiosité intellectuelle caractéristiques du XIIe siècle. Dans la lettre ci-après, Héloïse exprime tout son amour pour celui dont elle a été séparée et se souvient avec émotion de leurs jouissances partagées :

« À son seigneur, ou plutôt son père; à son époux, ou plutôt son frère ; sa servante, ou plutôt sa fille ; son épouse, ou plutôt sa sœur, à Abélard.
Tu sais, mon bien aimé, et tous le savent, combien j’ai perdu en toi ; tu sais dans quelles terribles circonstances l’indignité d’une trahison publique m’arracha au siècle en même temps que toi ; et je souffre incomparablement plus de la manière dont je t’ai perdu que de ta perte même. Plus grand est l’objet de la douleur, plus grands doivent être les remèdes de la consolation. Toi seul, et non un autre, toi seul, qui seul es la cause de ma douleur, m’apporteras la grâce de la consolation. Toi seul, qui m’as contristée, pourras me rendre la joie, ou du moins soulager ma peine. Toi seul me le dois, car aveuglément j’ai accompli toutes tes volontés, au point que j’eus, ne pouvant me décider à t’opposer la moindre résistance, le courage de me perdre moi même, sur ton ordre. Bien plus, mon amour, par un effet incroyable, s’est tourné en tel délire qu’il s’enleva, sans espoir de le recouvrer jamais, à lui même l’unique objet de son désir, le jour où pour t’obéir je pris l’habit et acceptai de changer de cœur. Je te prouvai ainsi que tu règnes en seul maître sur mon âme comme sur mon corps. Dieu le sait, jamais je n’ai cherché en toi que toi même. C’est toi seul que je désirais, non ce qui t’appartenait ou ce que tu représentes. Je n’attendais ni mariage, ni avantages matériels, ne songeais ni à mon plaisir ni à mes volontés, mais je n’ai cherché, tu le sais bien, qu’à satisfaire les tiennes. Le nom d’épouse paraît plus sacré et plus fort ; pourtant celui d’amie m’a toujours été plus doux. J’aurais aimé, permets-moi de le dire, celui de concubine et de fille de joie, tant il me semblait qu’en m’humiliant davantage j’augmentais mes titres à ta reconnaissance et nuisais moins à la gloire de ton génie. […]
Au nom de Dieu même à qui tu t’es consacré, je te conjure de me rendre ta présence, dans la mesure où cela t’est possible, en m’envoyant quelques mots de consolation. Fais-le du moins pour que, nantie de ce réconfort, je puisse vaquer avec plus de zèle au service divin ! Quand jadis tu m’appelais à des plaisirs temporels, tu m’accablais de lettres, tes chansons mettaient sans cesse sur toutes les lèvres le nom d’Héloïse. Les places publiques, les demeures privées, en retentissaient. Ne serait il pas plus juste de m’exciter aujourd’hui à l’amour de Dieu, que de l’avoir fait jadis à l’amour du plaisir ? Considère, je t’en supplie, la dette que tu as envers moi ; prête l’oreille à ma demande.
Je termine d’un mot cette longue lettre : adieu, mon unique »

(Héloïse, Lettre II, 1132)
Héloïse et Abélard dans Le Roman de la Rose, Guillaume de Lorris et Jean de Meung, XIIIe siècle, BnF, Paris.
Première représentation d’Héloïse,
exhortant Abailard à l’amour libre, illustration d’une édition du XIVe siècle du Roman de la Rose 
Femmes de foi, femmes de pouvoir

Au XIIe siècle, dès après l’An Mil, la papauté en plein renouveau fait alliance avec les femmes. Dans la querelle qui oppose le titulaire du Saint Empire et le pape Grégoire VII, celui-ci reçoit l’appui décisif de la comtesse Mathilde de Toscane, jeune héritière de la plus riche partie de l’Italie, entre Rome et le Pô. 

Bien que peu connue aujourd’hui, la comtesse Mathilde est l’une des femmes les plus remarquables du Moyen Âge, par son énergie et son indépendance d’esprit.

C’est devenue une femme cultivée, qui parle français, allemand et latin. Elle n’hésite pas aussi à chevaucher à la tête de ses vassaux, avec une armure reconnaissable à ses éperons d’or. Pieuse et même mystique, elle est séduite par le moine Hildebrand et choisit de l’assister dans son entreprise de réforme. En 1077, elle effectue même une donation au Saint-Siège de ses immenses biens, à savoir la Toscane et une partie de la Lombardie (Modène, Reggio, Mantoue, Ferrare et Crémone). À la disparition de Grégoire VII, après une phase d’abattement, elle va prendre les choses en main et assister les successeurs du pape dans leur combat contre l’empereur.

Elle accueille le pape en détresse dans sa forteresse de Canossa, obligeant l’empereur Henri IV à solliciter son pardon. On peut voir en elle la première femme politique de l’Occident médiéval (et de l’Occident tout court).

Une autre Mathilde, à la même époque, tient un rôle plus effacé mais important auprès de son époux, le rude Guillaume le Conquérant. Elle a attaché son nom à la tapisserie de Bayeux. Au siècle suivant, c’est Aliénor d’Aquitaine qui retient notre attention… En ce XIIe siècle qui voit à la fois l’émergence de l’art gothique et de la pensée scolastique, demandons-nous aussi :


« Où est la très savante Héloïse
Pour qui fut émasculé puis se fit moine
Pierre Abélard à Saint-Denis ?
C’est pour son amour qu’il souffrit cette mutilation »
.

(François Villon)

Contemporaine d’Abélard et de saint Bernard, Hildegarde de Bingen  rivalise avec eux par sa science et sa piété. Mais la « Sybille du Rhin » a dû patienter huit siècles avant d’être proclamée Docteur de l’Église, à l’initiative de son compatriote le pape Benoît XVI.

Blanche de Castille , arrière-petite-fille d’Aliénor, ravit tous les adeptes du « roman national ». Mère attentionnée de saint Louis, elle est aussi la première régente ou « baillistre » du royaume de France, qu’elle va gouverner avec énergie pendant la minorité de son fils puis pendant son séjour en Terre Sainte. À défaut de prendre les armes contre les barons insurgés, elle les ramènera à la raison par son charme, à commencer par le comte Thibaud IV de Champagne, poète à ses heures perdues.

Sainte Claire and Sainte Elisabeth de Hongrie, Simone Martini, 1317, fresque, chapelle Saint Martin, église Saint François, Assise, Italie.
Simone Martini : Sainte Claire et Sainte Élisabeth de Hongrie. 1317. Fresque, 215 x 185 cm. Assise, chapelle Saint Martin, église inférieure Saint François

En ce XIIIe siècle chrétien, soulignons l’implication des femmes dans le retour à l’Évangile prôné par saint François.

Il y a sainte Claire, disciple et âme-sœur du saint d’Assise. Mais aussi sainte Élisabeth de Hongrie , qui rejoint après son veuvage le tiers ordre franciscain et meurt à 24 ans.

Beaucoup d’autres femmes, moins connues, rejoignent les béguinages. Ce sont des institutions pieuses plus ouvertes que les monastères où elles peuvent vivre, prier et travailler en communauté, en gardant la liberté de sortir et de se marier.

La première règle des béguinages, au XIIe siècle, est due à un chanoine de Liège, Lambert le Bègue (ou Begh). Les béguinages vont se multiplier surtout en Belgique et en Rhénanie et il s’en créera aussi pour les hommes. Au XIVe siècle, on comptera jusqu’à 200 000 béguines et bégards.

Portrait d'une jeune fille, Petrus Christus, vers 1450, National Gallery of Art, Washington.
Portrait d’une donatrice de Petrus Christus (1450) National Gallery of Art, Washington
La Vierge, perfection féminine

Dans les milieux populaires, au XIIe siècle, on a vu émerger un culte de la femme. Pas n’importe laquelle. Il s’agit de la Vierge, la mère du Christ, Notre-Dame, à laquelle sont consacrées de nombreuses églises et cathédrales et que l’on invoque à tout propos. Ce culte marial va être magnifié au XIIe siècle à l’initiative de saint Bernard de Clairvaux et conduire les sculpteurs et les peintres à exalter la beauté du corps féminin, sous l’apparence de la vierge Marie ou d’Eve, la première femme. Il va s’atténuer au XVe siècle et renaître à la fin du XIXe avec le dogme de l’Immaculée Conception et le pèlerinage de Lourdes. Les fidèles font-ils le rapprochement entre la Vierge et les femmes de leur entourage ? Portent-ils le même respect à celles-ci ? On peut en douter tant sont nombreuses les références à des femmes battues.

Barthélémy de Chasseneux, Mercatoria dans Catalogue des gloires du monde, 1529, Figeac, Musée Champollion des écritures du monde.
Barthélémy de Chasseneuz, Encyclopédiste bourguignon (1546)
La Mercière cache des incunables dans l’arrière-boutique.
Peu de disparités dans le travail

Le « beau Moyen Âge », qui voit renaître le commerce, l’industrie et les villes, se montre ouvert à l’activité des femmes ainsi que le montrent les romans gothiques de Ken Follett Les Piliers de la terre (1989) et Un monde sans fin (2007).

Il va sans dire que les femmes participent comme partout aux travaux de la ferme et des champs. Mais ce qui est moins évident est leur « part décisive au développement des villes médiévales » . Dans les commerces et les ateliers, elles travaillent en général avec leur époux et souvent leurs enfants. Elles peuvent aussi travailler en indépendante ou dans le cadre d’une corporation.

La plupart des corporations de métiers se montrent ouvertes aux femmes, en particulier dans le textile. Les veuves ou filles de maîtres artisans peuvent ainsi accéder à la maîtrise à l’issue de l’apprentissage de rigueur. Les statuts de la corporation des fourreurs de Bâle, rédigés en 1226, leur accordent les mêmes droits qu’aux hommes .

Février, illustration du Livre d'heures de Charles d'Angoulême, 1466, BnF, Paris.
1466 – Un Livre d’Heures de Charles d’Angoulême (Charles d’Orléans)
Février

Les femmes sont également présentes dans le commerce de proximité, où elles peuvent acquérir des revenus conséquents, ainsi que dans les soins de santé (sage-femmes mais aussi médecins ou « miresses ») et dans l’éducation. À la fin du XIIIe siècle, Paris compte 21 maîtresses d’école placées à la tête d’écoles élémentaires de jeunes filles ).

Dans les arts, certaines ont su imposer leur talent, que ce soit comme « enlumineresses » ou « paintresses ».

« Marcia sculptant son propre portrait » dans Des Clercs et nobles femmes, Boccace, 1402, BnF, Paris.

Idem dans les travaux d’écriture : « Au Moyen-Âge, les couvents favorisent la lecture, voire l’écriture des femmes, au point que, à la fin du XIIIe siècle, les femmes de la noblesse paraissent culturellement supérieures aux hommes qui guerroient aux croisades ou ailleurs » .

Femme tailleur coupant un patron, Giovanni Boccaccio, De Claris mulieribus, traduit en français Livre des femmes nobles et renommées, 1403, BnF, Paris.
Giovanni Boccaccio De Claris mulieribus, BnF
Femme tailleur coupant un patron.
Marie-Madeleines repenties : les bonnes âmes au secours des prostituées

La prostitution nourrit au Moyen Âge un trafic très important, alimenté par la misère et la violence que subissent en particulier les femmes seules. Elle se pratique dans les bordels et dans les bains publics, avant que ceux-ci ne disparaissent à l’arrivée de la syphilis, cadeau empoisonné du Nouveau Monde à l’ancien. Les autorités et les bonnes âmes tentent de remédier au fléau par la répression et la compassion. Dès 1198, le pape Innocent III a déclaré œuvre méritoire le fait de se marier avec une prostituée pour l’aider à sortir de sa vie de péché ! Dans la foulée est apparu l’Ordre de Marie-Madeleine destiné à aider les prostituées repenties. Un effort toujours recommencé.

Scène d’étuve.
Valère Maxime, Faits et dits mémorables
Le Maître de Marguerite d’York, enlumineur, Bruges, vers 1475-1480.
Parchemin, 249 f., 420 × 300 mm, 60 miniatures
Provenance : Louis de Gruuthuse
Paris, Bibliothèque nationale de France, Mss, fr. 289, f. 414 vo
© Bibliothèque nationale de France

Isabelle Grégor et André Larané

Journée nationale de commémoration de la Victoire et de la Paix

11 novembre 2019

Journée nationale de commémoration de la Victoire et de la Paix

Hommage à tous les «Morts pour la France»

Message de Geneviève DARRIEUSSECQ, secrétaire d’État auprès de la ministre des Armées

C’était il y a un siècle.

Un an après la fin des combats de la Grande Guerre, le 11 novembre 1919 fut le premier de la paix retrouvée.

Désormais, le silence domine là où l’orage d’acier a tonné avec fureur. Il règne sur d’innombrables champs de batailles qui ont charrié un si long cortège de morts, de mutilés, de blessés et de traumatisés. Les traités sont signés, l’allégresse de la Victoire s’est déployée dans une ampleur incomparable le 14 juillet 1919, l’état de siège vient d’être levé, la vie sociale et politique reprend ses droits, la démobilisation poursuit sa lente progression. Les Poilus retrouvent leur foyer, leur famille et leur commune. Ils découvrent une vie bouleversée, une France transformée par une épreuve de quatre années et par de profondes séquelles. Partout, le pays est traversé par la sourde évidence que rien ne sera plus jamais comme avant, que le retour à l’avant-guerre est impossible.

C’était il y a cent ans. Une nouvelle page s’ouvrait. Celle du souvenir, de la mémoire et de l’hommage.

Depuis, inlassablement, les Français sont fidèles à cet anniversaire. En ce jour,dans les nécropoles, devant les monuments aux morts, sur les places de nos villes et de nos villages, toutes les générations – unies et solidaires – se rassemblent et se recueillent.

La Nation se souvient de ceux qui se sont battus pour elle entre 1914 et 1918. Elle n’oublie pas ses enfants tombés au champ d’honneur sur tous les fronts, d’Orient et d’Occident. Elle n’oublie pas le sang versé par des soldats venus d’Afrique, d’Asie, du Pacifique et d’Amérique. Elle salue toutes les nations alliées qui ont partagé le même combat.

Les noms gravés sur nos monuments aux morts nous rappellent constamment les valeurs d’honneur, de courage, de dévouement et de bravoure.

Depuis 2012, chaque 11 novembre est aussi l’occasion d’honorer toutes les filles et les fils de France qui, dans tous les conflits, hier comme aujourd’hui, ont accompli leur devoir jusqu’au don suprême.

En ce jour, la Nation rend un hommage particulier aux soldats morts pour la France en opérations extérieures. En inaugurant un monument national en leur mémoire, le Président de la République inscrit dans la pierre comme dans les mémoires la reconnaissance pleine et entière de tout un peuple pour ses combattants. Haut Lieu de la Mémoire Nationale, ce « monument aux morts pour la France en opérations extérieures » est aussi un rappel: la préservation de notre indépendance, de notre liberté et de nos valeurs repose sur ceux qui ont donné leur vie pour les défendre.

Journées nationales – Armistice de 1918

À chaque commune son lieu de mémoire

Pour la première fois dans l’Histoire, la plupart des victimes de la Grande Guerre furent des citoyens-soldats qui ont dû quitter leurs champs, leurs ateliers et leurs bureaux, le plus souvent dans la résignation, avec le sentiment d’un devoir nécessaire. Pour cette raison, leur perte a affecté la société tout entière, dans ses profondeurs. Parmi les grands pays, la France est celui qui a payé le tribut le plus élevé (3,4 morts pour 100 habitants), d’où la profusion de monuments aux morts dans ce pays plus qu’en aucun autre.

Le monument aux morts de Bastia (DR)

Les premiers monuments aux morts sont antérieurs à la Grande Guerre elle-même et se rapportent à la guerre franco-prussienne de 1870-1871.

Ainsi la grande place Saint-Nicolas, à Bastia (Corse), se pare d’un magnifique monument destiné à l’origine à célébrer le sacrifice de ses enfants dans cette guerre. Mais il n’a été achevé et donc inauguré que dans les années 1920. 

Il fait en définitive référence à la guerre de 1870-1871 et à celle de 1914-1918… mais aussi à la guerre d’indépendance de la Corse. Il montre une mère corse qui offre au général Paoli son troisième fils après avoir déjà perdu ses deux aînés à la guerre !

De 1920 à 1925, la France va se doter d’environ 30 000 monuments aux morts, chaque commune ayant à cœur d’honorer ses morts et disparus.

Ces ensembles statuaires de plus ou moins bon goût mais toujours émouvants avec leur liste de tués et de disparus deviennent un nouveau lieu d’expression de la vie civique.

La dimension exceptionnelle de la Grande Guerre n’échappant à personne, la France et les autres belligérants ont instauré par ailleurs de nouveaux rites pour en rappeler le souvenir.

À l’occasion du premier anniversaire de l’armistice de 1918, la France a ainsi inventé le cérémonial de la « minute de silence » en hommage aux victimes du conflit.

Par ailleurs, à l’initiative de Clemenceau, la fête nationale du 14 juillet 1919 se transforme en une célébration festive de la victoire : à Paris, les soldats vainqueurs défilent sur les Champs-Élysées, précédés par les vieux maréchaux à cheval… et un millier de soldats estropiés ou mutilés de la face. 

L’année suivante, le 11 novembre 1920, la IIIe République a célébré son cinquantenaire en transférant le cœur de Gambetta au Panthéon et, pour la première fois, elle a rendu hommage à un Soldat inconnu mort pendant la guerre, représentant anonyme de l’ensemble des « poilus » morts pour la France. D’autres pays comme la Belgique et le Royaume-Uni ont adopté le même rituel.

CULTURE – Arabellissima

Le 2 février dernier, Lisa Della Casa aurait eu… cent ans.

Lisa Della Casa (1919-2012) fut l’une des plus grandes sopranos du XXe siècle. Inoubliable interprète de Mozart et de Richard Strauss, elle marqua le monde de l’opéra de son mélange d’élégance et de naturel, de son charme mi-latin, mi-aristocratique, la soprano avait des origines suisse italiennes. Malgré sa beauté qui lui valut le surnom d’Arabellissima, malgré une reconnaissance internationale incontestée, elle resta une femme pudique et discrète, antithèse de la diva. Tôt retirée de la scène et fuyant les interviews, elle devint une artiste culte,  » Garbo lyrique  » dont chaque trace sonore est précieuse à ses admirateurs et qui séduit tant par son mystère que par la magie inégalée de sa voix.

Parlant des ouvrages de Richard Strauss, elle déclarait :

« Je me suis toujours demandé comment les publics qui ne comprennent pas l’allemand pouvaient être tenus en haleine une soirée entière par ces opéras de mots, par les raffinements de la langue ou les expressions de dialecte viennois. A vrai dire, je n’ai jamais vraiment chanté pour le public. C’est pourquoi beaucoup m’ont crue froide, arrogante et distante ».

Cette prise de position résume toute sa carrière.

Voir et surtout entendre à partir de 1 minute

L’Arabella de Richard Strauss s’inscrira à son répertoire à Zürich en début d’année 1946, lorsqu’elle campera le second rôle, Zdenka, face à l’Arabella de Maria Cebotari, ce qui suscitera la réaction du compositeur, présent aux dernières répétitions et à la première :

« Die Kleine wird eines Tages ‘die’ Arabella sein ! » (La petite sera un jour l’Arabella par excellence) 

; et ceci adviendra sur la même scène durant l’automne de 1950. Ce personnage emblématique l’imposera à Vienne, Munich, Londres, New York et Salzbourg.

Maria Cebotari chante d’abord dans les chœurs d’église, puis se joint à une troupe itinérante qui la mène à Moscou, où elle est engagée au théâtre des Artistes en 1926. Elle est une des sopranos préférées de Richard Strauss. Artiste d’une grande versatilité et à l’art raffiné, elle possédait une voix claire et puissante mais d’une grande fraicheur lui permettant d’aborder un vaste répertoire

Née à Burgdorf près de Berne, fille d’une mère bavaroise et d’un père tessinois, ophtalmologue fou de théâtre. A huit ans, Lisa voit au Stadttheater de Berne une Salome avec Else Schulz, ce qui l’incitera à trouver un professeur, Margarethe Haeser, qui lui inculquera que le chant est une respiration qui résonne. Après huit ans d’études, auront lieu, à vingt-deux ans, les débuts au Théâtre de Soleure en Butterfly de Puccini, puis à l’automne de 1943, l’engagement au Stadttheater de Zürich où elle rencontrera l’homme de sa vie, Dragan Debeljevic, un mariage en 1949 et la naissance de leur fille Vesna , l’année suivante. Puis suivront les levers de rideau au Festival de Salzbourg avec Zdenka en août 1947, à la Volksoper de Vienne et, deux mois plus tard, avec Nedda d’ I Pagliacci de Leoncavallo

Lisa Della Casa était simplement la plus ravissante, et elle avait absolument une meilleure voix : longue, timbrée, l’aigu argentin, liquide et lumineux, comme sans couture et indéchirable de haut (très haut : elle se souvenait d’avoir été Reine de la Nuit, sa Sophie n’avait qu’à flotter et sourire là haut, du côté de l’ut dièse) en bas. Elle pouvait en même temps donner Quinquin, puis sera une superbe Maréchale. Strauss était son monde vocal ; elle sera (pour Mitropoulos) la plus juvénile, la plus humaine des Chrysothemis ; une des premières Comtesses de Capriccio ; pour Böhm à Salzbourg une Ariadne idéale ; et se permettra même, à bon escient, et pour satisfaire l’unique fantasme d’une carrière parfaitement prudente, quelques Salomé à Munich. Mais bien entendu c’est en Arabella que par la bonne grâce, l’élégance patricienne, l’honnêteté aussi (composante morale si importante chez Strauss, et si rarement observée) elle avait conquis tous les cœurs et réussi une identification que personne, depuis, ne lui a disputée. Mais dans Mozart aussi ! Elle était pour Krips une Comtesse à la tenue vocale châtiée, exemplaire. Böhm à la réouverture de Vienne en 1955 lui confiait Anna, qu’elle alternait avec Elvire, et Fiordiligi au disque. À peine si, discrète comme elle était, elle toucha au répertoire italien plus émotionnel : Mimi comme tout le monde, très peu Butterfly, chez Verdi rien que Gilda .

André Tubeuf

‘Vienne, ville de la médisance, Salzbourg, festival de l’ingratitude’ 

Le 26 juillet 1960, pour l’inauguration du grand palais des festivals de Salzbourg (Festspielhaus), elle interprète le rôle de la Maréchale dans Der Rosenkavalier (le chevalier à la rose) de Richard Strauss sous la direction d’Herbert von Karajan, avec Sena Jurinac en Octavian et Hilde Güden en Sophie. À l’origine, Karajan et le réalisateur Paul Czinner prévoient de filmer la représentation. Mais, sur l’intervention de Walter Legge, mari et agent artistique d’ Elisabeth Schwarzkopf, c’est celle ci qui participe au film. Choquée, Lisa Della Casa honore ses contrats pour les spectacles programmés cette année-là. Elle refusera désormais de se produire au festival de Salzbourg :

« No, sir, Salzburg für mich ist gestorben. » ( Non, monsieur, Salzbourg est mort pour moi.)

En 1970 : sa fille Vesna est victime d’une rupture d’anévrisme à l’âge de vingt ans, la laissant plusieurs jours entre la vie et la mort, puis une délicate opération suivie d’une hémiplégie irrémédiable. Selon ce qu’affirma Inge Borkh, une amie très proche de Lisa, ceci accéléra la fin de carrière avec une dernière Arabella à la Staatsoper de Vienne le 25 octobre 1973. A quatre-vingts ans, l’artiste sera frappée par une encéphalite et elle s’éteindra le 10 décembre 2012 à l’âge de nonante-trois ans, laissant à jamais le souvenir d’une

Arabella inégalable et surtout inégalée.

Source: Paul-André Demierre

Pour les interressés: Arabella avec Lisa Della Casa, Dietrich Fischer-Dieskau, Annelisa Rothenberger, Direction Josef Keilberth Bayerische Staatsoper 1963

Société – Le Mur de la honte s’écroule

9 novembre 1989

Trente ans après la chute du mur de Berlin, et face aux inégalités croissantes, à la montée des populismes, au changement climatique, notre modèle de société a-t-il encore un avenir?

Il est «obsolète» pour le président russe. Son homologue américain préfère se définir comme un «nationaliste». Le libéralisme, à les entendre, n’aurait qu’à rejoindre la poubelle de l’histoire où lui-même avait jeté Karl Marx en 1989. Ses multiples travers l’ont perdu. Car qui dit libéralisme dit finance débridée, immigration incontrôlée, élites déconnectées, destruction d’emplois et de la planète. Oui, indéniablement, le modèle actuel a péché par démesure en proclamant sa victoire sur les ruines du mur de Berlin. Trente ans plus tard, il porte moins beau. La crise est devenue existentielle.

En Europe comme en Amérique du Nord, le libéralisme reste pourtant la force qui nous façonne en tant que citoyens. Il ne s’agit pas ici de se référer aux partis politiques qui se disent libéraux. Le concept fondamental est bien plus large et trace une filiation directe entre l’époque des Lumières et la nôtre.

Définie simplement,

la démocratie libérale a pour principe cardinal les droits de l’individu.

Tout le reste de notre organisation politique et économique en découle: séparation des pouvoirs, État de droit, respect des minorités, liberté d’entreprendre. Cette conception d’une société ouverte permet aux opinions de s’exprimer dans toute leur diversité, à l’accusé de bénéficier d’un procès équitable, à chacun de vivre selon sa foi ou son orientation sexuelle. Elle nous permet de vivre ensemble malgré nos désaccords et nos contradictions.

Mais cette force est désormais perçue comme une faiblesse. Nos vies – de plus en plus hétérogènes et menacées par le changement, qu’il soit climatique ou technologique – évoluent si vite que le modèle semble dépassé. Pire, face à cette crise existentielle, la plus grande qualité d’une société ouverte, sa capacité à se remettre en question, est vécue comme un défaut. Les partisans de la fermeture l’ont bien senti: leur heure est venue. Tremblez, petites natures libérales.

Ce 9 novembre 2019 n’a donc rien d’une fête, il n’y aura pas de retrouvailles avec un passé enchanté. Il doit être l’occasion de faire notre examen de conscience.

Source: Marc Allgöwer

Journées Nationales – Commémoration armistice

L’armistice de 1918, signé le 11 novembre 1918 à 5 h 15, marque la fin des combats de la Première Guerre mondiale, la victoire des Alliés et la défaite de l’Allemagne.
La cérémonie du 101ème anniversaire de la commémoration de l’armistice  aura lieu le
lundi 11 novembre 2019 à 11H.
Le Maire vous invite cordialement à participer à cette cérémonie qui sera suivie par le verre de l’amitié, à la salle de fêtes de notre village.

Rassemblement derrière la Mairie, départ du cortège, lecture du message du Président de la République, hommage aux enfants de Montjay morts au champ d’honneur,  dépôt de gerbe et hymne national.

Société – le flirt

Loi prohibant le flirt :
une idée américaine
née au début du XXe siècle

(D’après « La Revue politique et littéraire », paru en 1902)

Le flirt. Peinture d’Édouard-Bernard Debat-Ponsan (1896)

En 1902, l’académicien Émile Faguet, célèbre pour sa verve, son espièglerie, sa subtilité et son érudition, apprenait que la législature de New York était sur le point de discuter un projet de loi tendant à enrayer le flirt, la lecture des dispositions à venir l’amenant à juger cette mesure dénuée de sens commun, contre-productive et délétère, sans compter que légiférer, comme le souhaiteraient les « flirtophobes », sur un sourire ou un regard relèverait de la gageure

S’agissait-il de ce flirt-ci ou s’agissait-il de ce flirt-là, s’interroge Émile Faguet ? Car, poursuit-il, il y en a plusieurs. S’agissait-il du flirt masculin ou du flirt féminin, ou des deux ? Certainement le flirt suppose toujours deux personnes et plutôt de sexe différent, et donc le flirt est masculin-féminin par essence et définition. Mais encore, tantôt il consiste dans, chez un homme, le désir d’être agréable à une femme, tantôt dans, chez une femme, le désir de ne pas être indifférente à un gentleman ; et cela fait deux flirts très différents.

Chacun sait, par exemple, écrit Faguet, que le flirt masculin en Amérique consiste essentiellement à se montrer, devant une jeune fille qu’on veut éblouir, extraordinairement brillant et étonnamment vainqueur dans des jeux athlétiques, et il est évident que le flirt chez les jeunes filles, encore qu’il puisse avoir ce caractère dans une certaine mesure, ne peut pas consister essentiellement en cela.

J’étais donc indécis et anxieux et, après être resté dans cet état d’âme le temps convenable pour en jouir, j’ai fini par vouloir m’éclaircir et j’ai écrit une petite lettre caressante, une petite lettre de solliciteur, à un de mes amis de New York, nous apprend l’académicien. Il a mis quelque temps à me répondre, si bien que je croyais que la nouvelle en question était tout simplement un-canard américain. Le canard américain consiste souvent à couper la queue de son chien, ce qui en fait un singulier animal.

Mais non, ce n’était pas un canard. Mon ami a fini par m’envoyer un rayon brusque de phare tournant et je suis éclairé. Et vous allez l’être. Car voici sa lettre : « My dear, la nouvelle est vraie. Elle est vraie en ce sens que le projet en question a été déposé. Mais qu’il vienne jamais à la discussion, c’est une autre affaire. C’est un peu ici comme chez vous et c’est un peu chez vous et chez nous comme partout. Un projet est comme un roi. Quand il est déposé, cela ne veut pas dire qu’il ait de très grandes chances de régner un jour. Cela veut dire plutôt le contraire. Mais encore est-il qu’il est déposé et qu’il peut venir en délibération une de ces années. Il y a des années où l’on n’est pas en train, comme disait votre Murger ; mais il y a des années où l’on travaille, même législativement. Il est possible que le projet soit discuté ; il est possible qu’il soit voté. Les flirtophobes sont assez forts chez nous. La flirtexécution peut être décidée.

« Mais de quel flirt s’agit-il ? Vous m’étonnez de me le demander. Il s’agit, bien entendu, du flirt féminin. Ne savez-vous donc pas que c’est, en vérité, le seul qui existe chez nous ? Chez vous, les gentlemen font la cour aux dames depuis Clémence Isaure et depuis plus longtemps encore. Vous savez bien que chez nous ce sont les jeunes filles qui font la cour aux jeunes gens. Elles leur donnent des rendez-vous. Elles se promènent avec eux et, very well, elles les promènent. Elles les invitent à dîner ou à luncher, comme, en votre XVIIe siècle, les jeunes seigneurs « donnaient un cadeau » à de jeunes dames, ce qui voulait dire qu’ils leur offraient une collation. Vous savez que je sais très bien le français. C’est un de mes moyens à moi, de séduction. Il est austère, comme il me sied.

« Eh bien, c’est ce flirt-là que nos bons puritains de l’État de New York trouvent shocking et veulent réprimer. Ils trouvent que cela compromet le bon renom de la vertueuse et grave Amérique, et lui donne figure plaisante devant le monde qui la regarde. Moi, je trouve que le monde peut regarder l’Amérique ; mais que le flirt américain ne le regarde pas.

« Ils trouvent surtout — et c’est bien là, toute comparaison désobligeante étant écartée, que le bât les blesse —, que trop souvent leurs benêts de fils sont séduits par des intrigantes, ce qui n’est pas tout à fait faux. Il arrive que leurs grands garçons manquent, je ne dirai pas un mariage riche, ce à quoi il est incontestable que nous tenons peu, mais un bon mariage, un mariage avec une jeune fille sérieuse, solide, modeste et bonne ménagère, oiseau rare, du reste, chez nous, pour épouser une jeune fille, généralement très honnête, mais frivole, superficielle, dépensière et très éventée, qui les aura séduits par ses cajoleries, ses provocations, ses attirances hardies, en un mot par ce que nous appelons le flirt.

« Qui les aura amusés, surtout. Nos jeunes gens sont rudes, courageux et tristes. Ils n’ont ni la légèreté française, qui s’amuse d’elle-même et qui a le bonheur, en vérité, puisqu’elle en a la monnaie, qui est la gaieté ; ni la tranquillité allemande, qui, sans s’amuser précisément, jouit d’elle-même en savourant le rêve ou l’enchaînement lent et paisible des idées. Ils sont tristes dès qu’ils n’agissent pas, dès qu’ils ne poussent pas la balle du tennis d’un bras vigoureux ou le boulet du football d’un pied énergique.

« La jeune fille arrive, qui les amuse, qui les divertit, qui les secoue par ses espiègleries et ses idées folles et ses propos excentriques, qui les fait rire de ce rire large et bruyant que vous connaissez. C’est le flirt. Il a peut-être ses inconvénients. Il a, ce me semble, beaucoup d’avantages.

« Mais il est, à ce qu’il paraît, un peu inconvenant, un peu improper. Nos néo-puritains, cela est certain, le voient d’un mauvais œil. Ils veulent le détruire par une loi, ce qui me paraît bien malaisé. On n’abolit guère par la loi ce qui est dans les mœurs. Une loi répressive du flirt ne serait que restrictive du flirt. Elle le restreindrait… que dis-je ? Elle le dénaturerait sans le restreindre le moins du monde. Il subsisterait sous une autre forme, peut-être plus mauvaise. La loi le rendrait hypocrite . Nos jeunes filles flirteraient moins franchement, moins ouvertement, moins rondement ; mais elles flirteraient tout de même. Le manège se substituerait à la provocation.

« Nous aurions les petites flirteuses sournoises que vous connaissez. Point d’éclat, point de tapage, point de mouvement, point d’allures conquérantes, point de marche à l’ennemi, point de raids, point d’assauts en musique comme à votre siège de Lérida, point de garden parties, point de parties de plaisir, point d’invitations à luncher, point de rendez-vous ; mais le fameux jeu qui est le vrai grand jeu, le jeu du sourire et des yeux.

« Tout est là, vous savez bien. On se croise avec un jeune homme à la promenade. On le regarde à peine, mais d’un regard « à l’instant détourné », qui est un aveu, une déclaration, un hommage et presque une prière. Si l’attention n’est pas réveillée à la troisième ou quatrième fois.

« On se rencontre avec un jeune homme en une soirée, à un dîner, à un « cinq heures ». On ne lui dit rien du tout. Mais il suffit qu’il dise un mot et, par exemple, qu’il fait froid, pour qu’on le regarde d’un air profondément admiratif avec l’œil noyé de l’extase, et pour qu’un sourire prolongé, évidemment involontaire et dont il est certain qu’on ne s’aperçoit pas, erre doucement sur les lèvres imperceptiblement entrouvertes. J’ai entendu dire que c’était là. le flirt français. Qu’en dites-vous ?

Flirt. Biscuits Lefèvre-Utile. Affiche publicitaire
de 1899-1900 réalisée par Alphonse Mucha

« Français ou autre, il est charmant. Et il est diablement dangereux. Il prend l’homme par ce qu’il a de plus sensible et de plus facile à prendre, par la vanité, par l’amour-propre. Il est une flatterie dissimulée, raffinée, savante, prolongée, incessante, et comme une lente caresse de l’âme. Je crois qu’il faut être assez fort — ou très occupé ailleurs — pour y être insensible, et je crois que l’on n’y est jamais indifférent.

« Or, contre ce flirt-là, quelle loi faire, s’il vous plaît ? Je voudrais bien qu’on me le dît. Qui pourra empêcher de sourire ? Qui pourra empêcher d’avoir un regard admiratif suivi d’un regard rêveur ? Je ne vois pas le texte législatif qui pourrait formuler exactement ces choses-là, et les interdire avec une précision suffisante. Le regard échappe au législateur, le sourire donne peu de prise au magistrat.

« Or, tout l’effet de la loi de nos flirtophobes serait de substituer le flirt français — mettons français, si vous voulez — au flirt américain, le flirt sournois au flirt franc, le flirt ingénieux et savant au flirt… je dirai presque au flirt ingénu. Je ne vois pas bien le progrès.

« Ne doutez point que nos jeunes filles ne fissent très promptement la substitution. Elles sont très fines au fond. Elles s’abstiennent d’être rouées parce qu’il leur est permis d’être hardies, et elles cessent un peu d’être jeunes filles parce qu’il leur est permis d’être garçonnières ; mais la répression aurait très vite ses effets ordinaires, et de la guêpe bourdonnante la loi aurait très vite fait une fine mouche.

« Avez-vous lu Meta Holdenis de votre Cherbuliez, avez-vous lu Bijou de votre Gyp ? Voilà des flirteuses dans les teintes douces. Elles n’ont rien d’audacieux ; elles n’ont rien de bruyant. Elles passent à travers le monde sans avoir l’air de se douter qu’il existe ni qu’elles existent. Elles sont bien loin de tout manège de coquetterie. Elles ne savent même pas ce que c’est que la coquetterie. En attendant, elles affolent tout le monde sans avoir l’air de s’en douter. C’est le regard, c’est le sourire, c’est la démarche, c’est un mouvement imperceptible, c’est moins qu’un mouvement : c’est l’attitude. Ferez-vous une loi contre l’attitude ? Je ne crois pas qu’on puisse aller jusque-là en fait de loi de tendances.

« Il me semble donc que le projet de loi de nos flirtophobes et de nos flirtoclastes est un beau coup d’épée dans l’eau de rose. Fût-il voté, ou il n’empêcherait rien du tout, ou il remplacerait un mal par un mal peut-être pire, ou tout au moins un mal par un autre mal. À flirt, flirt et demi. « Nous flirtions. Il vous déplaît. Nous coquetterons maintenant. » Il ne faut pas casser la corde d’un arc quand cet arc en a plusieurs. C’est l’arc qu’il faudrait briser. Essayons donc de briser celui-là ! C’est l’arc d’Ulysse aux mains de Circé.

« Après cela, vous savez, mon cher ami, qu’autre chose aussi me rassure, moi indulgent au flirt, comme partisan de toutes nos vieilles institutions américaines. Vous n’ignorez pas que chez nous une loi votée, une loi promulguée, une loi insérée aux papiers officiels, peut très bien être une loi qui n’existe pas. Nos tribunaux ont le droit de déclarer qu’une loi n’est pas applicable, qu’une loi est caduque, à peine née, parce qu’elle est contraire aux institutions fondamentales de l’Union. Nous avons, comme cela, un certain nombre de lois qui figurent avec beaucoup d’honneur dans nos codes et qui n’ont jamais, jamais été appliquées. Par décision des tribunaux, gardiens de notre sainte Constitution, le citoyen n’a qu’un devoir envers elles, qui est de leur désobéir. Vous ne connaissez pas cela en France. C’est américain. C’est strictement américain. C’est éminemment américain ; car c’est très original.

« Eh bien ! je vous le demande, mon cher ami, si le bill sur le flirt était voté, est-ce qu’il y aurait un tribunal dans toute l’étendue des États, comme nous disons, pour admettre qu’il fût applicable ? Est-ce que le flirt n’est pas au rang de nos institutions fondamentales ? Est-ce qu’il n’est pas dans la Common Law ? Est-ce qu’il n’est pas la Common Law elle-même ? C’est trop évident. La Common Law, c’est les droits de l’homme. ll est trop évident que le flirt est le droit de la femme. Il est sacré, inaliénable et imprescriptible. La loi peut tout faire, comme disent les Anglais, excepté d’une femme un homme. Eh bien, ôter à nos jeunes filles le flirt, ce serait vouloir les changer de sexe. C’est la chose impossible, et j’ajoute qu’elle est indélicate.

« Non, cher et respectable ami, le flirt continuera d’exister. Légalement ou illégalement, il continuera d’exister, parce qu’il est constitutionnel. Tant pis — et faut-il dire tant pis ? — pour nos jeunes gens. Ils n’ont qu’à se garder. Ils n’ont qu’à réfléchir. Ils n’ont qu’à s’apprendre à eux-mêmes à distinguer l’amour vrai de l’amour factice, encore qu’ils se ressemblent quelquefois à s’y méprendre facilement ; ils n’ont qu’à aiguiser leur sagacité psychologique. Les Américains ont inventé le paratonnerre contre le coup de foudre.

« Agréez, cher ami, mes sympathies très fidèles, et Dieu vous garde du flirt, qu’aucune mesure législative ne saurait efficacement combattre. »

Je suis assez de l’avis de mon docte correspondant, reprend Émile Faguet, tout en lui laissant la responsabilité de quelques opinions contestables ou hasardées. Je ferai une simple observation qui sera à demi en faveur de ce projet de loi sur lequel il daube si fort. Je n’y tiens pas. Je reconnais qu’il serait à peu près inefficace et d’une application à peu près impossible ; mais encore il serait un texte officiel servant en quelque sorte d’avertissement : « La mendicité et le flirt sont interdits sur le territoire de l’État de New York » ; cela voudrait dire à l’adresse des jeunes gens un peu candides :

« Il existe un danger, que les hommes graves ont estimé assez grave lui-même pour le considérer comme un délit. C’est le flirt. Prenez garde au flirt. Songez au flirt. Toutes les fois que vous vous trouvez avec une jeune fille, rappelez-vous que le flirt existe. »

Ce n’est pas un mauvais avis, au moins. Il est bon à afficher. Défiez-vous des pickpockets du cœur.

Source:

CULTURE – Madame Butterfly de Giacomo Puccini

9 NOVEMBRE 2019

Heure : 18:55 Durée : 3h32 Version : VOSTFR 2 entractes

En direct de New York

Dans les cinéma/

Mégarama

Rue de la Chevalerie, Lons-le-Saunier, France,

Cinéma Axel

67 Rue Gloriette, Chalon-sur-Saône, France,

Megarama

1 Rue René Cassin, Chalon-sur-Saône, France,

SYNOPSIS

En voyage à Nagasaki, le lieutenant Pinkerton noue à la légère un contrat de mariage avec une jeune geisha que l’on nomme Cio-Cio-San, ou Madame Butterfly. Lorsqu’il rentre en Amérique, la jeune épouse attend patiemment le retour de son bien-aimé, dont elle a eu un fils. Pinkerton, lui, n’avait toutefois pas l’intention de tenir ses engagements et, quand il revient au Japon, c’est avec autre femme à son bras. Madame Butterfly, elle, ne compte pas défaire les liens qui l’unissent à son mari américain.

PRÉSENTATION

La mise en scène cinématographique d’Anthony Minghella charme par sa délicatesse et amplifie le drame solitaire de l’héroïne, incarnée par la soprano chinoise Hui He.

  • Mise en scène: Anthony Minghella
  • Direction Musicale: Pier Giorgio Morandi
  • Distribution:
    • Hui He (Cio-Cio-San) Elisabeth DeShong (Suzuki) Andrea Carè (Pinkerton) Paulo Szot (Sharpless)
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