Francis Poulenc laisse derrière lui une musique très française, gracieuse, naturelle, mélancolique, grave et légère.

Il n’était pas un symphoniste, composa peu finalement pour l’orchestre, haïssant les grandes formes et les développements thématiques au sein de sa musique. Francis Poulenc est un très grand mélodiste et laisse en héritage une centaine de mélodies sans compter les pièces chorales et religieuses qui tiennent une grande importance dans son œuvre.

Comment résumer sa musique, son esprit musical ? une fraîcheur et une gaieté typiquement française et une infinie mélancolie qui traverse les partitions les plus légères.

Francis Poulenc (1899-1963)

Francis Poulenc naît le 7 janvier 1899 (il y a 120 ans cette année)dans une famille bourgeoise, le père de Francis Poulenc, Émile Poulenc (1855-1917), est l’un des fondateurs des établissements Poulenc frères qui deviendront plus tard le groupe Rhône-Poulenc, où l’on aimait et pratiquait la musique. Il s’assoit devant un piano alors qu’il est âgé de cinq ans seulement et très vite il acquiert une solide culture musicale :

Mozart, Schubert, Chopin, Franck, Beethoven, Massenet, Stravinsky et Schoenberg baignent son enfance et son adolescence.

En 1914, il devient l’élève de Ricardo Vinès qui lui fait découvrir la musique de son temps et rencontrer des personnalités importantes du monde artistique (Satie, Jean Cocteau, Manuel de Falla, Georges Auric).

Mais l’année suivante, il est confronté à la mort de sa mère, et deux ans après, celle de son père. Il est alors recueilli chez sa sœur à Paris ; il ne quittera plus la capitale. Il rencontre d’ailleurs des personnalités d’avant-garde telles André Breton, Paul Eluard ou Guillaume Apollinaire.

Le 11 décembre 1917, Francis Poulenc connaît son premier succès parisien avec la création de sa Rhapsodie nègre pour voix et ensemble instrumental (flûte, clarinette, quatuor à cordes et piano), au Théâtre du Vieux-Colombier. Ravel est présent et la pièce est dédiée à Satie, dont il va fortement subir l’influence.

Alors que la guerre va bientôt arriver à son terme, Francis Poulenc est mobilisé en janvier 1918 et ce jusqu’en 1921. Entre temps, à l’occasion de ses permissions, il organise sa carrière de jeune compositeur, et est en contact permanent avec l’élite avant-gardiste musicale parisienne ; Jean Cocteau sollicite sa collaboration pour une fête au profit de la Croix-Rouge américaine en 1918.

Cette même année, il écrit ses premières sonates, et c’est aux instruments à vent qu’il les destine (Sonate pour deux clarinettes), et ajoute à son catalogue sa première œuvre importante, les Mouvements perpétuels pour piano créés par Vinès. Francis Poulenc a tout juste 20 ans et est reconnu ; Stravinsky l’aide même à publier ses œuvres chez son propre éditeur londonien.

Le 5 avril 1919 est une date capitale puisque c’est lors d’un concert à la salle Huyghens où seront rassemblés les six noms du futur Groupe des Six (avec Auric, Durey, Honegger, Milhaud et Tailleferre). Dans la foulée, il se met à composer le Bestiaire, sur un recueil de G. Apollinaire. La première manifestation d’envergure du Groupe des Six va se réaliser dans un ballet Les Mariés de la tour Eiffel, qui suscitera un véritable scandale le 18 juin 1921.

Le groupe des six, huile sur toile de Jacques-Émile Blanche, 1922. 190,5 x 112 cm. Musée des Beaux-Arts de Rouen.

Seuls cinq des Six sont représentés, Louis Durey étant absent. Au centre : la pianiste Marcelle Meyer. À gauche, de bas en haut : Germaine Tailleferre, Darius Milhaud, Arthur Honegger, Jean Wiener. À droite, debout : Francis Poulenc, Jean Cocteau et assis : Georges Auric.

Si les années suivantes se montrent musicalement inégales, c’est surtout dans le domaine de la musique vocale que Francis Poulenc va s’affirmer. En 1931 paraissent trois recueils de mélodies (les Trois Poèmes de Louise Lalanne, les Quatre Poèmes d’Apollinaire et les Cinq poèmes de Max Jacob) auxquelles succèdent le Bal masqué (créé le 20 avril 1932) et le Sextuor, œuvre qui ne sera réellement achevée qu’à l’aube de la seconde guerre mondiale et crée en décembre 1940.

Dans sa musique vocale, Francis Poulenc mêle l’ironie et la mélancolie, une double tendance qui va de pair avec son aptitude dramaturgique.

Durant l’année 1932, Francis Poulenc reçoit une commande d’un Concerto pour deux pianos, de la princesse Edmond de Polignac, commanditaire également de Fauré (Pelléas et Mélisande), Stravinsky (Renard, 1917), Kurt Weill (première symphonie, 1921) ou Milhaud (les Malheurs d’Orphée, 1924). Ce concerto fut créé le 5 septembre 1932 à Venise. Francis Poulenc atteint alors toute sa maturité musicale : on y trouve des rythmes à la Stravinsky, un lyrisme extraverti à la Rachmaninov, des influences des musiques balinaises et emprunte au jazz de Gershwin ; un véritable kaléidoscope musical.

Katia et Marielle Labèque interprète le Concerto pour deux pianos de Francis Poulenc , avec l’Orchestre Philharmonique de Berlin à Waldbühne devant 22’000 spectateurs en 2005

La Vierge Noire :

Lors d’un séjour vers Rocamadour, Francis Poulenc rencontre la foi : il visite le sanctuaire de la Vierge Noire, en est bouleversé et compose aussitôt les Litanies à la Vierge Noire, pour chœur de femmes à trois parties et orgue. Cette pièce sera créée à Londres le 17 novembre 1936 par Nadia Boulanger, puis recréée en 1948 dans sa version orchestrée.

Personnalité incontournable du XXème siècle, Nadia Boulanger a exercé une influence majeure sur la vie musicale de son temps. Pédagogue mêlant une discipline sévère et une grande largesse d’esprit, elle a marqué plusieurs générations de compositeurs, même les plus avant-gardistes.

Des années de guerre et des lendemains difficiles :

La mobilisation générale est décrétée à l’été 1939. Francis Poulenc écrit lors de nombreuses mélodies (Fiançailles pour rire, Bleuet) avant d’être mobilisé en juin 1940. Cela ne le perturbe guère puisque démobilisé un mois plus tard (!!!). Il décide alors de composer à nouveau de la musique symphonique, ce qu’il n’a pas fait depuis Les Biches. Jacques Rouché lui a commandé un ballet pour l’Opéra de Paris. Il s’agira des Animaux modèles, dont l’argument est fondé sur six fables de Jean de La Fontaine, créés le 8 août 1942 devant un public majoritairement composé d’officiers allemands.

Les Chemins de l’amour est une mélodie pour voix et piano composée par Francis Poulenc sur des paroles de Jean Anouilh en 1940, elle est dédiée à la comédienne et chanteuse Yvonne Printemps. Archétype de la diva, son mauvais caractère, ses frasques, ses bijoux parmi les plus beaux de l’époque (dont beaucoup de cadeaux de Sacha Guitry), ses chapeaux, ses petits chiens et ses toilettes alimentèrent la chronique.
Elle n’a de l’ange que le prénom. La beauté ravageuse (elle fut élue 74e plus belle femme du monde par le magazine FMH) et le caractère trempé d’Angela Gheorghiu lui ont valu une réputation de capricieuse. Ses annulations et son comportement de diva n’étant pas du goût de tout le monde. (Le rédacteur de MONTJAY FORUM adore!)

Ces années de guerre et d’occupation virent la création d’autres mélodies (les Chansons villageoises, 1943), d’une Sonate pour violon et piano (1943), d’une musique de film (pour un film de Jacques de Baroncelli), d’une musique de scène, de motets et autres petites pièces religieuses, et une cantate de guerre Figure humaine pour double chœur a capella.

Au sortir de la guerre, Francis Poulenc termine son opéra bouffe les Mamelles de Tirésias d’après le drame d’Apollinaire datant de 1903 (publié en 1917). Cette œuvre jouée à l’Opéra-Comique en juin 1947 est une farce irrésistible mêlant des univers surréalistes et de music-hall.

Poulenc, « Non, Monsieur, mon mari » (Les mamelles de Tirésias) – Kateryna Kasper

La guerre est finie, certes, mais la vie musicale n’est pas simple à reconstituer, et la plupart des projets du composteur n’aboutissent pas ou alors quelques années plus tard. Ainsi en est-il de la Sonate pour violoncelle et piano (1949) et du Concerto pour piano et orchestre (1949).

Toutefois, Francis Poulenc inscrit toujours à son catalogue des œuvres profanes : des mélodies (la Fraîcheur et le Feu, 1950) et surtout un opéra, les Dialogues des Carmélites (1953), commandé par Guido Valcarenghi pour la Scala de Milan, et créé le 26 janvier 1957.

Les dernières années :

Les années de composition des Dialogues des Carmélites ont épuisé Francis Poulenc , à tel point qu’il se retrouve sous anti-dépresseurs. Plutôt que de travailler sur un ouvrage au caractère léger, Francis Poulenc s’enferme dans un projet « grave », La Voix Humaine, d’après la pièce de son ami Jean Cocteau (1930). Il en fait un long monologue d’une femme (soprano lyrico dramatique) quittée par son amant et tentant de la reconquérir. La Voix Humaine fur écrit pour Denise Duval, et créé par cette artiste à l’Opéra-Comique le 6 février 1959.

L’année suivante, Francis Poulenc retrouve New York et donne les Mamelles de Tirésias et la Voix Humaine. Le succès est inoubliable et le compositeur français se lance alors dans une tournée de concerts. Il rentre en France quelques mois plus tard empreint d’une seconde jeunesse.

Depuis la Voix Humaine, Francis Poulenc est en quête d’un nouveau projet d’opéra. Mais faute de livrets, il va terminer les deux sonates pour clarinette et pour hautbois esquissées deux ans auparavant. Il laisse en tout trois sonates pour bois : la Sonate pour flûte et piano (1957-1958), la Sonate pour clarinette et piano (1962) et la Sonate pour hautbois et piano (1962-1963). Cette Sonate pour hautbois sera sa dernière œuvre.

Le 26 janvier 1963, Francis Poulenc et Denise Duval donnent un récital à Maastricht. Le 30 janvier, le compositeur s’éteint, victime d’une crise cardiaque.

Il repose au cimetière du Père-Lachaise.

Francis Poulenc a apporté une large contribution à l’esthétique néoclassique qui se développe à Paris dans l’entre-deux-guerres. Son adhésion au Groupe des Six et son langage musical en marge des courants avant-gardistes de l’époque font de lui un compositeur original. Ses œuvres s’efforcent de traduire avec précision et ironie le caractère du courant impressionniste. Toutefois, malgré un grand sens de l’humour et un goût certain pour l’ironie, qui sont des caractéristiques majeures de son œuvre, Francis Poulenc dote celle-ci parfois d’une veine mélancolique mais toujours très française.

Sources:

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