Macbeth, un manifeste théâtral de William Shakespeare

Le Chandos reconnaissable à la boucle d’oreille en or.

Ce portrait est attribué à John Taylor et daté d’environ 1610. En 2006, la National Portrait Gallery publia un rapport où Tarnya Cooper, conservatrice des collections du XVIe siècle à la National Portrait Gallery, disait que c’était la seule peinture qui pouvait vraiment passer pour avoir été faite du vivant de Shakespeare (Le portrait Cobbe n’avait pas encore été découvert, mais Cooper a confirmé son opinion depuis). Le nom du portrait découle du fait qu’il a jadis appartenu au duc de Chandos

Macbeth est une tragédie de William Shakespeare, écrite en 1605 et publiée en 1623. Le sujet est inspiré d’un personnage réel – Macbeth, roi d’Écosse – mais la tragédie, quant à elle, est complètement fictive et n’a pas grand chose à voir avec la vie et le règne du roi picte, qui régna en Écosse de 1040 à 1057.

Lady Macbeth est considérée par beaucoup comme l’un des rôles les plus difficiles pour une femme dans le théâtre occidental. Elle devient folle en raison de sa participation au meurtre du roi, et meurt hors de scène à l’acte final.

Le général écossais Macbeth revient du combat où il a vaillamment défendu son seigneur Duncan quand, en pleine lande, trois sorcières apparaissent et lui annoncent qu’il deviendra roi. Lorsque Duncan lui rend visite pour le récompenser de sa bravoure, Macbeth, hanté par la prédiction des sorcières et poussé par sa femme, tue son hôte et s’empare du pouvoir. En proie au remords, le couple sombre peu à peu dans la folie…

Les perversions du pouvoir : Macbeth, opera de Giuseppe Verdi

Macbeth appartient à cette période de création intense que Giuseppe Verdi a lui-même appelée « ses années de galère ». Après le formidable succès de Nabucco en 1842, le maestro va créer seize opéras en dix ans, travaillant sans relâche pour satisfaire les nombreuses commandes des directeurs d’opéra, désireux de répondre aux attentes d’un public enthousiaste. Au milieu de cette abondante production où se côtoient des œuvres de qualité très inégale, Macbeth occupe une place tout à fait privilégiée : c’est un des projets les plus audacieux du maestro qui se lance pour la première fois dans l’adaptation d’un drame de William Shakespeare, ce fameux Macbeth, qu’il considère comme « une des plus grandes créations de l’homme ».

Comme dans la plupart de ses opéras, ce sont donc les choix et les intuitions  de Giuseppe Verdi qui façonnent le livret de Macbeth. L’action est resserrée, le nombre de personnages est considérablement réduit et l’attention se concentre sur Macbeth et Lady Macbeth dont le parcours criminel s’apparente à une inéluctable descente aux enfers. Giuseppe Verdi veut atteindre l’épure d’une tragédie en retenant ce qui lui semble essentiel : il réduit le récit au projet criminel et à son exécution qui s’accompagne des horribles tourments du remords. La soif de pouvoir conduit à la résolution de tuer et, le crime accompli, à la déchéance morale et à la folie.

Les contemporains de la première sous la direction du Maestro Giuseppe Verdi lui-même, (Scala 1847), s’étaient montrés choqués par l’âpreté sur expressive des airs de la monstresse, comme l’absence concertée de tout duo d’amour. Mais c’est que Giuseppe Verdi connaît et aime son Shakespeare jusqu’au bout des ongles : pas une seconde ni une mesure qui ne soit taillée à vif dans l’écoulement d’un tragique sans dilution. La coupe, l’architecture de ce Macbeth foudroie littéralement le spectateur, et jamais après lui, Giuseppe Verdi n’aura à ce point mieux exprimer la laideur cynique d’un couple d’ambitieux politique, devenus dictateurs. Mais aussi fracassante est la chute que l’ascension est fulgurante. Monter pour mieux redescendre…

Lady Netrebko, prima donna assoluta

Dès les premières représentations (mi ocotobre 2014) et malgré les mises en garde de ses proches, Anna Netrebko s’empare du rôle dont elle exprime toutes les facettes avec cette intelligence émotionnelle qui a fait la réussite de ses rôles antérieur sans un doute outre la beauté d’une voix corsée et suprêmement sensuelle, la chanteuse sait aussi construire un personnage sur la durée, révélant dans leur finesse singulière, le portrait d’une femme, dévoilant une intelligence psychologique qui se révèle passionnante au disque comme sur scène. Avec des moyens vocaux moins impressionnants que certaines autres cantatrices familières du personnage verdien, Anna Netrebko éclaire la noirceur de Lady Macbeth avec une épaisseur rare, finement caractérisée. Sa plasticité naturelle tend à basculer la réalisation new yorkaise vers le cinéma. Sous l’œil des caméras, la formidable photogénie de l’actrice chanteuse perce l’écran et la propulse au rang de ‘prima donna assoluta’: superstar incontestée.

D’emblée, ce qui fait la valeur de cette nouvelle production new-yorkaise, c’est le splendide couple vocal doué de tout le tempérament nécessaire pour brosser le portrait du duo criminel halluciné, assoiffé de pouvoir et qui se délecte véritablement du sang qu’il verse : Macbeth feint une fausse retenue (que sa femme tient pour lâcheté : elle le dit à plusieurs reprises au point que l’on doute qu’elle l’aime vraiment) ; Lady Macbeth, elle est à chaque nouveau défi, gorgée de haine arrogante.

Dernière représentation cette nuit du Macbeth de Giuseppe Verdi au Metropolitan Opera de New York qui aura vu triompher une fois encore la Lady Macbeth d’ Anna Netrebko, en blonde incendiaire qui incarne une Lady Macbeth d’anthologie autant pour la voix que pour le jeu d’actrice, allant jusqu’à égaler voire dépasser dans le rôle l’immense Shirley Verrett. . La soprano est époustouflante dans un rôle dont elle maitrise tant les codes belcantistes, que l’amplitude de la tessiture ou les accents voulus par Giuseppe Verdi : trilles et vocalises du brindisi, souffle dans son air d’entrée et toujours cette opulence du timbre qu’elle utilise ainsi à merveille pour incarner la noirceur du personnage…

On en redemande ! 

Et si parmi nos lecteurs il y a des intéressé(e) la rédaction se fait un réel plaisir de les inviter à une projection complète (145 min.) Hors apéro !

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