Comment ne pas en être fou ? Chanteuse exceptionnelle, cheffe d’orchestre, danseuse et actrice de premier plan ; inventorier chacune des qualités de Barbara Hannigan serait une gageure. Apparue sur nos scènes il y a une dizaine d’années, l’artiste canadienne est déjà considérée comme une figure culte de l’art lyrique.

Barbara Hannigan
Soprano, chef d’orchestre, égérie contemporaine


Petite fille élevée dans les contrées reculées de la Nouvelle Ecosse, au Canada, Barbara Hannigan, née en 1971, s’est rapidement trouvé une vocation de chanteuse classique, par le truchement des maigres nourritures musicales dont elle disposait alors : quelques compilations, un Messie de Händel, une neuvième de Beethoven. Arrivée au Conservatoire de Toronto, elle découvre son oreille absolue et son inclinaison évidente pour les musiques d’aujourd’hui. Si elle refuse l’étiquette de spécialiste, les plus grands compositeurs ont travaillé avec elle : Ligeti, Dutilleux ou Dusapin, Hosokawa, Benjamin et Saariaho. À l’heure où le grand public vient timidement à la musique contemporaine, Barbara Hannigan serait peut-être en train de devenir le porte parole charismatique des musiciens d’aujourd’hui.

Une diva est, en musique classique, une cantatrice de renom disposant d’une voix exceptionnelle. Ce terme signifie « divine » en latin (divus, diva) et en italien (divo, diva). Un terme proche est celui de Prima donna (lit. « première dame »). À la fin du XIXe siècle, le terme de diva se francise et s’étend au théâtre : Sarah Bernhardt est surnommée « la Divine », tant pour son talent que pour sa beauté. Le terme commence à se recouper avec celui de « vedette » et à être remplacé par ce dernier.

Quelques sopranos qui sont souvent considérées comme étant des divas :

  • Isabella Colbran (1785 – 1845)
  • Adelina Patti (1843 – 1919)
  • Rosa Ponselle (1897 – 1981)
  • Maria Malibran (1808 – 1836)
  • Elisabeth Schwarzkopf (1915 – 2006)
  • Renata Tebaldi (1922 – 2004)
  • Maria Callas (1923 – 1977)
  • Joan Sutherland (1926 – 2010)
  • Christa Ludwig ( 1928 – )
  • Montserrat Caballé (1933 – 2018)
  • Margaret Price (1942 – 2011)
  • Bianca Castafiore ( 1942 – 1983)
  • Kiri Te Kanawa (1944 – )
  • Jessye Norman (1945 – )
  • Edita Gruberova (1946 – )
  • Dame Felicity Lott (1947 – )
  • Barbara Hendricks (1948 – )
  • Renée Fleming (1959 – )
  • Anna Caterina Antonacci (1961 – )
  • Sumi Jo (1962 – )
  • Nathalie Dessay (1965 – )
  • Angela Gheorghiu (1965 – )
  • Cecilia Bartoli (1966 – )
  • Sondra Radvanosky (1969 – )
  • Joyce DiDonato (1969 – )
  • Anna Netrebko (1971 – )
  • Anja Harteros (1972 – )
  • Elīna Garanča (1976 – )
  • Olga Peretyatko (1980 – )
  • Sonia Yoncheva (1981 – )

Les images sont classées selon l’ordre de la liste ci-dessus.

Et Barbara Hannigan une Diva pour le XXIème siècle

‘Sylvie’ de Erik Satie (1886)

« Pelléas et Mélisande » de Claude Debussy (1902)

Pour ce qui est vraisemblablement une prise de rôle, Barbara Hannigan offre à l’œuvre les mille ressources de son talent, ses compétences de danseuse, de contorsionniste pourrait-on dire lorsqu’on la voit mimer le rêve dont elle est l’héroïne, avec des gestes suspendus, d’incroyables mouvements qui donnent l’impression d’assister à la projection d’un film à l’envers, comme dans Orphée ou La Belle et la bête de Cocteau. S’il lui reste par instants une pointe d’accent (comme Mary Garden, du reste), ce n’est là qu’une broutille par rapport à la splendeur théâtrale et musicale de cette incarnation

« Le Rossignol » de Igor Stravinsky (1914)

Les commentaires sur Youtube

  • Barbara Hannigan est le Jan Degaetani du 21ème siècle. Elle peut chanter n’importe quoi! Incroyable!
  • il n’y a pas d’adjectifs pour Barbara: juste INCOMMENSURABILMENTE STRABILIANTE …
  • OH MON DIEU. ce n’est pas de cette planète …
  • Elle est si belle femme.
  • Tout simplement magnifique et tout aussi magnifique que Hannigan et Berlin Phil.
  • Fantastique.
  • Interprétation absolument parfaite
  • Barbara Hannigan est le Jan Degaetani du 21ème siècle. Elle peut chanter n’importe quoi! Incroyable!
  • BARBARA EST JUSTE ABSOLUMENT BRILLANTE 

« Façade » de William Walton » (1923)

En fait, le grotesque de « façade » de Walton, commencé en 1923 et qui s’est poursuivi au cours d’une décennie, est un véritable défi pour un orchestre philharmonique. Les changements infimes de l’humeur de cette musique sensible doivent être bien caractérisés, et pour cela il faut avoir un orateur / chanteur, ou mieux encore une diseuse / chanteuse, ou encore mieux de Barbara Hannigan. La soprano colorature canadienne est l’égérie du moment, quand il s’agit de remettre à plat les difficultés rencontrée par l’interprétation.

Soprano colorature. C’est la voix la plus aiguë, apte à exécuter des aigus très ornés de nombreuses virtuosités. (La soprano colorature chante plus aigu d’une quinte que la soprano léger). 
Elle s’exprime dans le rôle de la Reine de la nuit de La Flûte enchantée et Lucia dans Lucia de Lammermoor par exemple. Crazy Girl Crazy George Gershwin,

« L’album Crazy Girl Crazy » musique de Georges Gershwin (autour de 1920-1930)

On ne compte plus les performances ébouriffantes de Barbara Hannigan. Non contente de se consacrer à la seule création de rôles du répertoire contemporain, ni de reprendre avec brio les joyaux du répertoire du 20e siècle, il lui fallait oser encore un peu plus. Le Web la découvrait ainsi en 2013 cheffe d’orchestre et chanteuse, dans la vidéo maintenant culte de son interprétation des Mystères du Macabre de Ligeti (en tenue SM). La performance fait mouche et la chanteuse réussit son défi : ouvrir les voies de la musique contemporaine au public le plus large. Cette double casquette de cheffe-chanteuse semblant lui plaire de plus en plus, nous la retrouvons  dans son dernier défi en date.

« Lulu » (prononciation : Loulou) d’Alban Berg (1937)

… ceux-là resteront bouche bée à la scène d’ouverture où elle marche sur les pointes, révélée plus qu’habillée par des sous-vêtements (apparemment) translucides, et filant des notes pures comme du cristal. A cette scène d’anthologie succède une présence scénique, un kaléidoscope d’expressions, une incarnation épuisante et fascinante durant 3 heures, de l’ascension sociale à la déchéance finale de l’héroïne. Dans un très beau texte reproduit dans le livret, Barbara Hannigan explique comment le personnage de Lulu a pris possession de son esprit, de son cœur, de son âme, et comment elle a mis près d’un an à s’en remettre.

« Bachianas brasileiras n° 5 » de Villa Lobos (1938)

Le tub des 20 ans du rédacteur!

« Lost in the Stars » de Kurt Weill (1949)

Les commentaires sur Youtube

  • Barbara Hannigan est fantastique !!! Et le Digital Concert Hall est la meilleure invention depuis la roue!
  • Je n’ai jamais su que Rattle était un si bon pianiste! Harrigan est incroyable comme toujours.
  • Belle version. Probablement le meilleur qui soit!
  • moments uniques!

« La Voix humaine » de Francis Poulenc (1958)

Une femme abandonnée ferait-elle aujourd’hui preuve d’une si sotte abnégation ? La silhouette disloquée de Barbara Hannigan redonne aux mots une vérité crue, insoutenable. Les « allos » ravalés par Nabilla au rang d’expression cessent d’être ridicules. Leur brutalité fait froid dans le dos. La prononciation pourtant n’est pas exempte de défaut. La lecture des surtitres s’avère parfois nécessaire. Ce qui d’ordinaire nous parait essentiel s’avère ici secondaire. Le geste et le son prennent valeur de langage. La chair écorchée du timbre évoque Denise Duval, la créatrice du rôle.

« Les Mysteres du Macabre » de György Ligeti. (1977)

Les Mystères du Macabre de Ligeti, partition fétiche de la soprano canadienne, poussent l’engagement scénique et vocal à son comble. Déguisée en écolière mâchant du chewing gum, elle entame avec une facilité déconcertante des vocalises et onomatopées explosives et vertigineuses, parfaitement en place, soutenue par un orchestre et un chef extrêmement complices.

« Correspondances de Henri Dutilleux (2002)

Lui qui pendant très longtemps n’a rien écrit pour la voix livre cette fois une oeuvre où le chant est maître. « Correspondances« , créée en 2003 à Berlin et encore jamais enregistrée, a été révisée plusieurs fois par Henri Dutilleux, qui a notamment écrit une nouvelle fin pour Barbara Hannigan. C’est la soprano canadienne qui interprète l’œuvre dans l’enregistrement fait à l’opéra Bastille en présence de Dutilleux en décembre 2011.

« Passion » de Pascal Dusapin (2008)

… La soprano Barbara Hannigan, à la beauté renversante, est époustouflante. L’aigu est d’une souplesse et d’une facilité confondantes. Il faut une technique en acier pour surmonter de telles épreuves pendant 90 minutes, non stop…

“Written on skin”, de George Benjamin (2012)

Tous les chanteurs sont remarquables, à commencer par la superbe Barbara Hannigan, impressionnante dans le rôle d’Agnès. Si le compositeur George Benjamin affirme avoir voulu donner à sa musique les couleurs d’un manuscrit enluminé, il parvient tout aussi bien à laisser affleurer l’éveil à la sensualité et à la beauté de la jeune femme, parfaitement relayé par une magistrale chanteuse, habitée par le rôle.

Barbara Hannigan dans le rôle d’Agnès parvient à rendre toutes les étapes par lesquelles passe son personnage avec un très large éventail de couleurs, allant de la résignation totale à la révolte la plus violente, et des moyens vocaux illimités qui se révèlent au fil de l’évolution du personnage.

« Let me tell you » de Hans Abrahamsen (2013)

Barbara Hannigan a eu l’excellente idée de commander une œuvre sur mesure, où elle serait Ophélie. Elle s’est pour cela adressée au compositeur danois Hans Abrahamsen, né en 1952, représentant de la « Nouvelle Simplicité », Abrahamsen n’avait jusque-là guère écrit pour la voix. Barbara Hannigan lui a proposé de partir du roman Let me tell you (paru en 2008), pour lequel Paul Griffiths s’était fixé le défi de n’employer que les 481 mots prononcés par Ophélie dans la pièce de Shakespeare. Depuis sa création en décembre 2013, avec le Philharmonique de Berlin dirigé par Andris Nelsons, cette œuvre accumule les succès critiques et les récompenses, en concert comme au disque : Gramophone Award, Diapason d’or, Edison Klassiek, Gravemeyer Award… On a pu l’entendre à Berlin, à New York, à Cleveland ou à Munich.

Le tub d’aujourd’hui du rédacteur!

« Le Silence des Sirènes » de Unsuk Chin (2014)

Le nouveau travail de Chin est viscéral, rapide et palpitant. Elle a été conçue pour garder à l’esprit la sirène d’architecture Barbara Hannigan, qui pourrait facilement détruire une flotte de navires si elle le souhaitait. Elle flotte sur la scène en chantant le texte d’Homère. Cela devient une fugue verbale fragmentée de James Joyce, scintillante comme un point de lumière sur l’eau. L’énergie théâtrale d’Hannigan, sa hauteur sans effort et sa précision surnaturelle font partie d’un ensemble séduisant; et puis il y a un sens de joie et d’émerveillement enfantins dans les explorations soniques de Chin.

« Lessons in Love and Violence » de George Benjamin (2018)

Barbara Hannigan est un peu au monde de l’opéra ce qu’est au cinéma l’actrice britannique Tilda Swinton, qui incarnait la reine Isabelle dans le film de Derek Jarman d’après Marlowe : même goût pour les personnages extrêmes, même volonté de donner le maximum d’elle-même. En dehors de quelques aigus planants et d’un ou deux passages un peu vocalisants, c’est surtout par son jeu théâtral, là aussi, que la soprano canadienne impressionne, tantôt inquiétante et perverse, tantôt bouleversante victime.

« Bérénice » de Michael Jarrell (2018)

En déshabillé rouge, puis bleu, Barbara Hannigan, pour qui le rôle a été écrit, incarne une Bérénice tout à la fois libre, aimante et explosive (elle saute au cou de Titus ou lui envoie ses chaussures en pleine figure), séduisante toujours et émouvante via le timbre même de sa voix. Sa partie est la plus ciselée, Jarrell sollicitant souvent le registre très aigu de sa tessiture. Le chant garde néanmoins sa souplesse et son extraordinaire flexibilité. On ne peut oublier son lamento final, sur la trame flottante d’un orchestre éthéré.

Laisser un commentaire