À chaque commune son lieu de mémoire

Pour la première fois dans l’Histoire, la plupart des victimes de la Grande Guerre furent des citoyens-soldats qui ont dû quitter leurs champs, leurs ateliers et leurs bureaux, le plus souvent dans la résignation, avec le sentiment d’un devoir nécessaire. Pour cette raison, leur perte a affecté la société tout entière, dans ses profondeurs. Parmi les grands pays, la France est celui qui a payé le tribut le plus élevé (3,4 morts pour 100 habitants), d’où la profusion de monuments aux morts dans ce pays plus qu’en aucun autre.

Le monument aux morts de Bastia (DR)

Les premiers monuments aux morts sont antérieurs à la Grande Guerre elle-même et se rapportent à la guerre franco-prussienne de 1870-1871.

Ainsi la grande place Saint-Nicolas, à Bastia (Corse), se pare d’un magnifique monument destiné à l’origine à célébrer le sacrifice de ses enfants dans cette guerre. Mais il n’a été achevé et donc inauguré que dans les années 1920. 

Il fait en définitive référence à la guerre de 1870-1871 et à celle de 1914-1918… mais aussi à la guerre d’indépendance de la Corse. Il montre une mère corse qui offre au général Paoli son troisième fils après avoir déjà perdu ses deux aînés à la guerre !

De 1920 à 1925, la France va se doter d’environ 30 000 monuments aux morts, chaque commune ayant à cœur d’honorer ses morts et disparus.

Ces ensembles statuaires de plus ou moins bon goût mais toujours émouvants avec leur liste de tués et de disparus deviennent un nouveau lieu d’expression de la vie civique.

La dimension exceptionnelle de la Grande Guerre n’échappant à personne, la France et les autres belligérants ont instauré par ailleurs de nouveaux rites pour en rappeler le souvenir.

À l’occasion du premier anniversaire de l’armistice de 1918, la France a ainsi inventé le cérémonial de la « minute de silence » en hommage aux victimes du conflit.

Par ailleurs, à l’initiative de Clemenceau, la fête nationale du 14 juillet 1919 se transforme en une célébration festive de la victoire : à Paris, les soldats vainqueurs défilent sur les Champs-Élysées, précédés par les vieux maréchaux à cheval… et un millier de soldats estropiés ou mutilés de la face. 

L’année suivante, le 11 novembre 1920, la IIIe République a célébré son cinquantenaire en transférant le cœur de Gambetta au Panthéon et, pour la première fois, elle a rendu hommage à un Soldat inconnu mort pendant la guerre, représentant anonyme de l’ensemble des « poilus » morts pour la France. D’autres pays comme la Belgique et le Royaume-Uni ont adopté le même rituel.

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