Il y a quelque temps un coq a été à l’origine d’un procès initié par un couple de citadins fraîchement installés à la campagne dans un petit village français. Procès très médiatisé, qui a suscité levées de boucliers et force signatures de pétitions en faveur du Sieur Coq répondant au doux prénom de Maurice. Sous les cieux helvétiques, je me souviens d’avoir lu également des situations similaires, mais pour des vaches qui (quelle surprise n’est-ce pas?) avaient commis le crime de meugler, ou pour des cloches qui sonnaient à l’église du village ….

Plus récemment, la Provence et le Périgord ont hésité entre le rire, l’indignation et la consternation devant la demande à une entreprise spécialisée de certains habitants d’une maison de Dordogne d’éliminer purement et simplement les cigales des arbres environnants, par trop bruyantes à leur oreilles urbaines.

Le maire de Le Beausset, dans le Var, a reçu deux plaintes de vacanciers pour le bruit des cigales.

Il pensait d’abord à une blague, mais la demande était bien sérieuse. Dérangés par le chant des cigales, des vacanciers ont demandé au maire de Le Beausset, dans le Var, de traiter les arbres pour s’en débarrasser. Georges Ferrero a même reçu deux plaintes pour faire taire ces insectes emblématiques de la Provence. Dérangés pendant leur apéritif par le bruit incessant des cigales qui couvrait leurs paroles, ces vacanciers ont interpellé le maire, Georges Ferrero. « Il disaient ne pas comprendre les méridionaux qui appellent ce bruit « le chant des cigales », car c’est un bruit de « cra-cra » selon eux », raconte M. Ferrero au micro de RTL. « J’étais choqué. […] Les cigales restent les cigales. » Le maire de Le Beausset a ainsi suggéré à ces passants de partir en vacances dans des régions où ils ne seraient pas dérangés par ces insectes, comme la Bretagne ou le Nord. Malgré l’insistance de ces personnes, dont l’origine n’est pas connue, aucune suite n’a été donnée à leur demande. « Ici, on ne traite pas les arbres avec des pesticides », a rétorqué Georges Ferrero.

Enfin, d’autres ont accusé les abeilles de « souiller » des infrastructures par des dépôts de pollen …

Ces histoires, aussi grotesques qu’affligeantes, nous rappellent que l’opposition ville-campagne qui inspira tant d’écrivains (Maupassant, Balzac, Flaubert, pour ne citer qu’eux) est, pour quelques-uns, plus vivace que jamais.

A toutes les époques, le citadin s’est cru supérieur au campagnard, incarnant (pensait-il fièrement) le progrès, l’essor vers plus de civilisation. Le campagnard, autrefois souvent contraint à l’exode vers les villes pour y chercher du travail, a dû s’adapter (sans protester, lui !) à ces lieux souvent gris, sales, bruyants de cliquetis et de vrombissements de toutes sortes.

Or, certains citadins qui, aujourd’hui, migrent vers la campagne pour une vie plus plaisante, exigent sans vergogne que leur nouvel environnement soit soumis à leur sensibilité, sous prétexte qu’ils n’y sont pas habitués, dans une attitude de colonisateurs conquérants. Ils sont ignorants (et comptent manifestement le rester) de tout ce qui caractérise les territoires ruraux mais trouvent parfaitement normal de vouloir soumettre cet espace à leur seule loi, celle du  prétendu « dominant » qui débarque.

Ce sont les mêmes probablement qui s’extasieront devant des reconstitutions de jardins paradisiaques, artificiels ou virtuels, dans des films ou des parcs d’attractions bétonnés, à la faune et à la flore plastifiées et outrageusement colorées .

Pourtant ils seront bien aise, le moment venu, sur le coup de midi au clocher du village, de manger une bonne salade et des fruits juteux, en buvant un verre de vin ou un frappé au lait de vache ou d’amandes. Comme tout colonisateur, le citadin irascible sait ce qui est bon et compte bien en profiter au maximum.

Mais il n’a toujours pas compris, le pauvre, que son œuf provient d’une poule!

Et Ciel ! c’est sûr, elle va caqueter demain à l’aube! Mais que fait la police?

Source: Véronique Dreyfuss-Pagano

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1 commentaire

  1. A la montagne , ce sont les cloches des troupeaux de vaches, à la campagne, c’est le coq, dans le sud, ce sont les cigales, les gens deviennent complètement « dingues ». Qu’ils restent chez eux et tout ira bien.
    Dans les villes, nous entendons toute la journée les sirènes des pompiers et des ambulances, alors que nous aimerions entendre plus souvent le chant de tous ces animaux et autres qui peuplent la nature!