Comme chacun sait, 

« la femme est l’avenir de l’homme »

Louis Aragon

Mais on a tendance à oublier qu’elle possède aussi un passé. Penchons-nous donc sur le quotidien de ces filles d’Ève qui ont participé à leur façon à la construction de nos sociétés.

Antiquité tardive (IIIe-Ve siècles)

Aux premiers siècles du christianisme, dans l’Antiquité tardive, les Pères de l’Église mirent en place un ensemble de préceptes qui allaient durablement imprégner les mentalités occidentales. Ils réservèrent aux hommes le sacerdoce, la prêtrise et le sacrement de l’Eucharistie. En premier lieu par référence au Christ et aux apôtres qui étaient des hommes, en second lieu, de façon plus inconsciente, pour se plier à la norme sociale. Parmi les autres héritages de cette époque, il y a l’indissolubilité du mariage, qui se déduit de l’Évangile : 

« Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni » .

(Matthieu V, 31-32 et XIX, 3-9…)

C’est une condamnation radicale du divorce et de la répudiation. Il y a aussi la promotion du célibat ecclésiastique par un clergé très influencé par l’ascétisme stoïcien, une morale en vogue chez les derniers Romains, tel l’empereur Marc-Aurèle.

Queste del Saint Graal
Péché originel
France, Ahun, vers 1470
Paris, Bibliothèque nationale de France, département des Manuscrits, Français 116, fol. 657v.
© Bibliothèque nationale de France

Le célibat est très tôt pratiqué dans toute la chrétienté par les ermites et les moines. À l’imitation de saint Antoine, le « Père des moines d’Occident » (250-356), ces hommes pieux font vœu de donner leur vie à Dieu et de se consacrer à la prière et au recueillement.

En 303, le concile d’Elvire, près de Grenade, tente de convertir aussi le clergé séculier au célibat mais sans beaucoup de succès. Pendant le millénaire suivant, synodes et conciles n’auront de cesse de sévir contre le mariage des prêtres. Le célibat sacerdotal ne se généralisera que vers le XIIe siècle et, à la fin du Moyen Âge, il se trouvera encore une moitié de prêtres et de curés vivant en concubinage sans scandaliser grand-monde…

En attendant, on observe la formation d’un clergé régulier (moines) étranger à la sexualité et dont une bonne partie nourrit un ressentiment profond à l’égard des filles d’Ève, coupables comme leur lointaine aïeule de pousser leurs compagnons à la faute.

Jésus et la femme adultère, XIème siècle, basilique San Angelo, Capoue, Italie

Mêmes les penseurs les plus réputés témoignent à l’égard des femmes de préjugés extrêmes.

« Tu devrais toujours porter le deuil, être couverte de haillons et abîmée dans la pénitence, afin de racheter la faute d’avoir perdu le genre humain… Femme, tu es la porte du diable. C’est toi qui as touché à l’arbre de Satan et qui, la première, a violé la loi divine ».

Tertullien au IIe siècle

Saint Jérôme, au IVe siècle, recommande aux filles (comme aux garçons) de rester vierges tout en reconnaissant malgré tout la nécessité du mariage pour la perpétuation de l’espèce : « Ce n’est point rabaisser le mariage que de lui préférer la virginité… Personne ne compare un mal à un bien. Que les femmes mariées tiennent fierté de prendre rang derrière les vierges ».

Il est vraisemblable que les clercs et les moines de l’Antiquité tardive exagèrent leur misogynie et leur répulsion des femmes pour mieux justifier leur vœu de chasteté et surtout se prémunir eux-mêmes contres les tentations de la chair !

Cela dit, les lecteurs et auditeurs de l’Évangile voient bien l’attention que le Christ lui-même portait aux femmes de toutes conditions. Ces mêmes femmes ont été en première ligne dans la diffusion du christianisme.

Le martyrologe des saint(e)s recense d’ailleurs de nombreuses patriciennes romaines qui ont donné leurs biens et se sont vouées au Christ.

On connaît aussi le rôle de Monique, mère de saint Augustin, ou encore d’Hélène, mère de Constantin Ier, dans la conversion de leur fils…

La Tentation d'Ève, bas-relief attribué à Gislebertus, vers 1130, Cathédrale Saint-Lazare d'Autun, Saône-et-Loire.
Attribuée à Gislebert, La Tentation d’Ève (vers 1130), bas-relief, Autun, musée Rolin.
Le sexe au Moyen Âge, des mots à la réalité

Dans le millénaire qui va mener de la haute Antiquité jusqu’à la fin du Moyen Âge (et au-delà), il va toujours se trouver des prédicateurs et des auteurs pour décrire l’engeance féminine comme un objet de dégoût. Ainsi Jacques de Vitry, un prédicateur célèbre du XIIIe siècle, présente la femme comme un être « lubrique, visqueu[x] comme une anguille qui file entre les doigts et s’échappe ». Dans les faits, ces jérémiades se heurtent heureusement au principe de réalité. Interdits de mariage, les prêtres et les moines n’en prennent pas moins des libertés avec le devoir de chasteté sans que cela choque leurs contemporains. La fornication (rapports sexuels consentis, hors mariage) est un péché, pas un crime, tant pour les clercs que pour les laïcs ! On en rit plus qu’on ne la condamne. Plus sérieusement, si l’Église condamne officiellement l’avortement, l’infanticide et aussi la masturbation en laquelle elle voit un gaspillage du liquide séminal, les curés qui ont connaissance de ces faits dans le secret du confessionnal font généralement preuve de mansuétude. Ils se gardent de les dénoncer et accordent l’absolution à leurs ouailles en contrepartie d’un acte de pénitence (prières ou jeûne).

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