CULTURE – Le « Monstre chéri »

Henri de Toulouse-Lautrec (1864 – 1901)
Le « Monstre chéri »


Henri de Toulouse-Lautrec
(1864-1901
Conquête de passage (1896)

C’est quelque-peux paradoxal de vouloir publier un article culturel sur Toulouse-Lautrec à notre époque #MeToo qui est certainement un tournant de l’humanité pour chacun.

Mais c’est au nom de cette doctrine et de l’événement #MeToo que certains chercheurs veulent «dégenrer» les arts et lettres. Films, livres, opéra, tableaux et sculptures doivent donc être soumis à une relecture inquisitoriale: Toulouse-Lautrec, Gauguin, Balthus, Antonioni, John Ford, Alfred Hitchcock, Beaumarchais, Mozart, Verdi, Puccini, Bizet, R. Strauss, le Marquis de Sade, Flaubert, Bataille, Clessinger, sans parler de Michael Jackson, Céline, Egon Schiele, Nabokov, Cervantès, Shakespeare, Monet, Picasso et tant d’autres, ne sont-ils pas désormais coupables d’être des misogynes «hétéronormés»?

« Si on commence à relire tous les comportements des individus d’hier avec les valeurs qui sont les nôtres aujourd’hui, on a une lecture anachronique du passé. En cette fin du XIXe siècle, la loi punit tout attentat à la pudeur sans violence en dessous de 13 ans, âge limite qui sera porté à 15 ans en 1945. Ce qui veut dire qu’une fille de 13 ans n’est plus considérée à l’époque comme une enfant et que Gauguin n’est pas condamnable en soi. Même si on peut lui reprocher la moralité de son comportement, d’être partie prenante d’un érotisme colonial et d’avoir profité de son statut de Blanc… Mais le traiter de pédophile, une notion qui n’est pas utilisée à l’époque et qui définit un profil psychiatrique type, est complètement absurde. »

Source: Anne-Claude Ambroise-Rendu

On demande au Metropolitan Museum of Art (dit aussi The Met) le retrait de la toile de Balthus, Balthasar Klossowsky, peintre franco-polonais (1908-2001), représentant « Thérèse rêvant », une enfant parisienne mineure. Mia Merill, entrepreneur américaine, a lancé une pétition pour le retrait du tableau. Motif : on voit la culotte de la jeune Parisienne

Une professeure de l’université de Californie à Los Angeles (UCLA) Laure Murat, considère « Blow up » de Michelangelo Antonioni comme un parangon de violence faite aux femmes . On s’interroge.

On vit une époque bizarre. Dans la foulée de l’affaire Weinstein, la parole des femmes se libère, d’autres affaires font surface, les violeurs et autres agresseurs sexuels sont cloués au pilori de l’opinion, bientôt peut-être de la justice. Il y a un avant et un après, les mentalités et comportements vont évoluer, du moins l’espère-t-on, et les hommes abusifs y regarderont à deux fois avant de forcer sexuellement une femme (ou un autre homme). Jusque-là, tout va bien, on se réjouit de ce changement de paradigme et on approuve sans réserve.

En revanche, ce qui inquiète, c’est de voir le cinéma victime collatérale de cette grande avancée dans les relations hommes-femmes.

Décédée en octobre 2015 à l’âge de 95 ans, Maureen O’Hara avait marqué les esprits notamment pour le célèbre duo qu’elle formait à l’écran avec l’acteur John Wayne dans le film The Quiet Man (John Ford, 1952). Dans son témoignage poignant, qui avait été publié 72 ans plus tôt par le Daily Mirror, cette actrice légendaire raconte qu’elle a écopé du surnom de « patate froide sans sex-appeal » lorsqu’elle a refusé de se soumettre à la culture du harcèlement sexuel pratiquée à Hollywood. « Parce que je ne laisse pas les producteurs et les réalisateurs m’embrasser ou me peloter tous les matins, ils ont raconté partout en ville que je n’étais pas une vraie femme, que j’étais aussi froide qu’une statue de marbre. Je suis tellement en colère contre ça que je suis prête à quitter Hollywood. C’est tellement mal que je déteste venir travailler le matin. Je doute qu’à Hollywood on me considère un jour autrement qu’un froid morceau de marbre, à moins que je divorce de mon mari, que j’abandonne de mon bébé et que je pose en photo dans tous les journaux. Voilà l’image de la femme qui est véhiculée à Hollywood. Je suis prête à laisser tomber. »

Dans son autobiographie, Tippi, a Memoir, Mélanie Griffith 86 ans lève le voile sur sa relation avec le réalisateur anglais. Harcèlement, agressions sexuelles, cruauté… la mère de Mélanie Griffith dresse un sombre portrait d’Alfred Hitchcock, décédé en 1980. Et instruit le procès d’une époque ou la violence faites aux femmes ne trouvait que peu d’écho.

Le tournage de son premier film, Les Oiseaux, dure six mois. Et autant d’angoisse, témoigne-t-elle un demi-siècle plus tard. L’intérêt que lui porte Alfred Hitchcock vire rapidement à l’obsession. Avant le tournage, le réalisateur met en garde les comédiens mâles. Interdiction de la « sociabiliser ou de la toucher », écrit-elle. Sur le plateau, Hitchcock peine à contenir sa jalousie. Dès que la jeune femme parle à un homme, il la foudroie du regard. 

La jalousie devient harcèlement. Le réalisateur aurait demandé à Tippi Hedren de « le toucher », tenté de lui arracher un baiser, à l’arrière d’une limousine. « Un moment affreux ». Elle garde pourtant le silence sur le plateau. Le « harcèlement sexuel était un terme qui n’existait pas à l’époque », explique-t-elle. En outre, « qui avait le plus de valeur aux yeux du studio, lui ou moi? » 

 

Pour Ivo Van Hove, metteur en scène belge, directeur artistique du Toneelgroep Amsterdam. «Don Giovanni» de Mozart est un «opéra sur l’abus de pouvoir. C’est un prédateur qui abuse de son pouvoir sexuel avec Dona Anna, émotionnel avec Dona Elvira et social avec Zerlina (elle étant villageoise et lui nanti, NDLR)».

Montée pour la première fois en 1784 après avoir subi de nombreuses censures, l’opéra de W.A. Mozart basé sur la pièce de Beaumarchais constitue en effet une critique acerbe des privilèges de la noblesse: « C’est une pièce sur l’abus de pouvoir et le harcèlement sexuel, choses qui existent toujours. Le public va certainement se reconnaître dans la lutte de Figaro et de Suzanne contre la tyrannie. »

Alors que le valet Figaro est sur le point d’épouser la jeune Suzanne, son maître, le comte Almaviva entend bien se prévaloir du droit de cuissage accordé à la noblesse pour la conduire dans son lit avant ses noces. Mais ni la jeune femme, ni Figaro, ni la comtesse ne l’entendent de cette oreille. Ils vont donc s’allier afin de déjouer les projets du comte.

« Figaro est un homme plein de ressources. Il a l’esprit et l’intelligence d’un maître, mais il est né serviteur. Comme la Révolution n’est pas encore faite, il se débrouille. Dans cette pièce, il est cependant confronté à ses propres limites. C’est la première fois qu’il est amoureux, et il en perd tous ses moyens.

Abuser de sa position pour exercer un odieux chantage sexuel ne date pas de l’affaire Weinstein. Dans Il trovatore, en plein Moyen-Age espagnol, le Comte de Luna ne consent à sauver la vie de Manrico – le Trouvère – qu’en échange des faveurs de Leonora. Piégée, la jeune femme feint d’accepter l’abominable marchandage mais absorbe du poison pour s’y soustraire. Las, doutant de sa vertu, Manrico refuse de fuir ; Leonora meurt sans pour autant épargner l’échafaud à son amant. George Bernard Shaw en déduira qu’un opéra, c’est une histoire où le baryton fait tout pour empêcher le ténor de coucher avec la soprano. Notre époque n’en tirerait pas les mêmes conclusions.

Il ne suffit pas au baron Scarpia d’exercer sa libido sur la cantatrice Floria Tosca dans l’opéra de Puccini. Sexuel, son harcèlement est aussi moral. Il est d’ailleurs permis de penser que le chef de la police romaine préfère la chasse aux trophées. Harceleur ? Oui et de la pire espèce, celle des prédateurs, qui levraudent pour le plaisir de levrauder. Prisonnière de ses filets poisseux, Tosca n’aura d’autre issue que de le poignarder pour échapper à son exécrable chantage. En vain. Le marché, de dupe, aboutira au plus beau saut de l’ange du répertoire. Il n’y a pas de justice.

Comme le faisait remarquer Roselyne Bachelot , il est paradoxal que Carmen ait été choisie récemment à Florence pour dénoncer la violence à l’encontre des femmes. Au contraire, s’il faut ranger dans un camp la bohémienne de Bizet, nous la placerons du côté des bourreaux et non des victimes. Pour preuve, ce qui lui tient lieu d’air d’entrée et donc de carte de visite, la Habanera avec ses paroles lourdes de sens : « si je t’aime, prends garde à toi ». Des menaces aujourd’hui intolérables quel que soit le sexe de celui qui les profère. (Mais Don José fini quand même par tuer Carmen par frustration et jalousie NDLR )

Est-ce parce qu’il est « chaste, autant que la lune » que Jean-Baptiste suscite autant la concupiscence de Salomé dans l’opéra de R. Strauss ? Après avoir exigé en vain de lui toucher le corps, puis les cheveux, puis de baiser sa bouche, la jeune princesse obtiendra satisfaction et le prophète passera à la casserole, mais post mortem, et réduit à l’état de tête coupée présentée dans un bassin d’argent. Le triomphe de la harceleuse sera néanmoins de courte durée, puisque son beau-père horrifié ordonnera que l’on tue la mangeuse d’hommes.

L’homme, issu du grand monde, avise une jeune femme nommée Rose Keller qui sollicite l’aumône et la convainc de le suivre dans sa maison de campagne à Arcueil. Et, là, selon les confidences de la dame « il lui ordonne, un pistolet sous la gorge, de se mettre toute nue et la fustige (c’est-à-dire la fouette) cruellement ». Après quoi, il la viole. Il récidivera à Marseille. Et ailleurs.

Il expliquera, car il est également écrivain, que la nature a créé l’homme pour « qu’il s’amuse de tout sur terre et tant pis pour les victimes, il en faut… ».

Ce livre, dans lequel figure cette profession de foi, si l’on ose dire, s’intitule « Justine« . Car il s’agit d’un personnage célèbre qu’une grande partie de l’intelligentsia a porté aux nues jusqu’à le qualifier de « divin »: le Marquis de Sade.

Au cours de son existence, il a passé trente ans enfermé, ce pourquoi on en a fait un martyr de la liberté, un parangon de la pensée subversive, un révolutionnaire exemplaire. Sans que jamais ses admirateurs posthumes ne précisent pour quels faits exacts il fut, a plusieurs reprises, condamné à ces enfermements.

En vérité, ce qui n’enlève rien à son véritable talent d’écrivain sulfureux, le Marquis de Sade, un temps révolutionnaire d’opportunité (en 1793) mais, en réalité, nostalgique de l’ordre féodal, fut une manière de théoricien de la violence sexuelle, violence cruelle souvent, faite aux femmes, et praticien de leur chosification. Or, on trouve, parmi ses admirateurs, beaucoup de ceux qui clament, aujourd’hui, avec raison, que toutes les formes de harcèlements sexuels doivent être implacablement dénoncées et éradiquées.

Le caractère des deux affaires d’Emma est différent. Vis-à-vis de Rodolphe elle est plutôt passive, elle se laisse séduire. Rodolphe est la partie active, conscient de son charme : « Avec trois mots de galanterie, cela vous adorerait, j’en suis sûr ! […] Oui, mais comment s’en débarrasser ensuite ? » Emma est ravie de l’attention de son amant, elle pense qu’elle a finalement obtenu la vie des héroïnes romanesques : « Elle se répétait : “J’ai un amant ! un amant !” se délectant à cette idée comme à celle d’une autre puberté qui lui serait survenue » ). Au début elle se contente de la cour de Rodolphe, mais peu à peu Emma devient plus active, organisant leurs rendez-vous, réclamant le traitement idolâtré. Elle prend goût à l’amour physique. Or, quand les demandes d’Emma deviennent trop exigeantes Rodolphe la quitte. Après la dépression causée par la trahison de Rodolphe, Emma rencontre de nouveau Léon. Cette fois-ci, elle n’est pas contente d’un amour platonique, alors elle séduit Léon. Emma n’est plus l’objet passif« c’est Emma elle-même qui y mène le jeu, dans une conversation romanesque dont Léon se trouve tout autant qu’elle la dupe ». Léon, plus jeune qu’Emma, est novice en amour : « Il acceptait tous ses goûts ; il devenait sa maîtresse plutôt qu’elle n’était la sienne » . Ainsi Emma est la partie active, exprimant les qualités masculines, tandis que Léon est plus passif. Dans cette liaison, pour Emma, il ne s’agit pas de romantisme, mais de désir : « La liaison avec Léon se prolonge uniquement parce qu’elle répond à un besoin du corps, parce qu’elle est devenue “une habitude de la chair” » C’est aussi le fait qu’Emma cherche activement la jouissance qui a provoqué le plus le public contemporain de Flaubert : « le texte ne dissimule pas l’existence de la sexualité féminine et le plaisir que leur corps donne aux femmes » . La romance avec Rodolphe est une aventure de cœur, mais avec Léon « le cœur passe au second plan ». Elle propose aussi que « l’histoire d’Emma nous paraît une illustration frappante de la pensée de la Rochefoucauld : “Dans les premières passions, les femmes aiment l’amant ; et dans les autres, elles aiment l’amour” »

Elle est bienvenue cette révolte des femmes contre la brutalité du harcèlement sexuel. Intimidation professionnelle, privautés humiliantes, viols véritables : il était temps de crier ça suffit. De quelle tradition patriarcale et misogyne ce harcèlement bestial est-il le résultat ? De quelle indifférence et de quel silence s’est-il nourri ? Nous n’avons pas fini de débattre de ces questions. Et c’est tant mieux. Bornons-nous à verser un élément au dossier. Ce malentendu coupablement entretenu, notamment pas les gens des baby-boomers nés dans l’immédiate après-guerre et actrice d’un Mai 1968 qui ne se limita pas à la France. A notre souci de combattre la « société bourgeoise », nous avons fini par écrire sur les murs qu’il était « interdit d’interdire ». Slogan pimpant, joyeux, mais parfaitement stupide. Qu’il nous suffise de relire aujourd’hui certains philosophes dont nous n’avons pas voulu, à l’époque, comprendre le propos. il suffise d’évoquer le grand poète, anthropologue et philosophe que fut Georges Bataille (1897-1962). Chantre de l’érotisme, d’abord proche, puis adversaire des surréalistes, on vit en lui un grand « transgresseur sexuel », dont plusieurs textes firent scandale, comme Histoire de l’œil ou le Bleu du ciel. Or ce prétendu chantre de la frénésie érotique était lucide au sujet de la violence dont la sexualité est possiblement porteuse. Aussi lucide et plus circonspect encore.« Je ne suis pas de ceux, écrivait-il, qui voient dans l’oubli des interdits sexuels une issue. Je pense même que la possibilité humaine dépend de ces interdits. » Dans le même texte (Histoire de l’érotisme), il est plus explicite : « C’est la limite opposée à la libre activité sexuelle qui donna une valeur nouvelle à ce qui ne fut, pour l’animal, qu’une irrésistible pulsion, fuyante et pauvre de sens. » En d’autres termes, le refus de tout interdit concernant la sexualité renverrait les humains à une animalité incontrôlée. Elle rétrograderait leur statut, écrit-il en 1949. Paradoxalement, Bataille fait l’éloge de la « transgression », mais n’en reconnaît pas moins la fondamentale légitimité des interdits. Soixante-huit ans après, l’actualité lui donne raison et nous ramène sur Terre.

Au Salon de 1847, la Femme piquée par un serpent (Musée d’Orsay) du jeune Clesinger (NDLR: époux de Solange deuxième fille de Georges Sand, né à Besançon) fait scandale. Les critiques attaquent l’œuvre tant sur le plan moral que technique. L’indécence du sujet – une femme nue se tordant sur un lit de roses, un serpent s’enroulant autour de son poignet -, est en effet rehaussé par le traitement exagérément réel des chairs, inspiré dit-on d’un moulage sur nature des formes généreuses d’Apollinie Sabatier, célèbre demi-mondaine amie des artistes romantiques. Pour apporter un démenti à cette dernière accusation, Clesinger sculpte dès la fin de l’année 1847 cette Bacchante couchée, variante un peu plus grande que nature de la Femme piquée par un serpent. L’œuvre exposée au Salon de 1848 est ainsi commentée par Théophile Gautier, romancier et critique d’art proche de Mme Sabatier : « c’est le pur délire orgiaque, la Ménade échevelée qui se roule aux pieds de Bacchus, le père de liberté et de joie […] Un puissant spasme de bonheur soulève par sa contraction l’opulente poitrine de la jeune femme, et en fait jaillir les seins étincelants… ». Il conclut son article en l’appelant « un des plus beaux morceaux de la sculpture moderne ». Le terme « moderne » nous étonne aujourd’hui : il désigne sans doute à la fois l’approche réaliste du sculpteur et l’exagération proprement romantique du mouvement de torsion. La Bacchante obtient une médaille de première classe et procure au sculpteur le titre de Chevalier de la Légion d’honneur, sans pour autant faire l’unanimité dans la critique. Lors de sa présentation à l’Exposition universelle de 1851, le jury anglais déplorera une imagination « pervertie, mise au service d’une sensualité de bas étage ».

Cachez ces seins que je ne saurais voir, faisait dire Molière à son Tartuffe.

« Demain, sera-t-il possible de se confronter à un tableau ou un film sans que le jugement soit parasité par la vertu ? »

Quand à l’article sur Toulouse-Lautrec, ce sera pour une autre fois

Sources:

CULTURE – LES TRÈS RICHES HEURES DU DUC DE BERRY, Janvier

Le Duc de Berry à table.

Le Duc d’Aumale a décrit cette miniature dans les termes suivants :
« Le Duc de Berry est assis, suivant la tradition, le dos au feu, le ventre à table ; il est coiffé d’un bonnet de fourrure ; sa robe est longue et bleue, fourrée et brodée d’or. Le dais qui abrite sa tête est d’étoffe rouge, chargé d’écussons semés de France.à la bordure engrelée de gueules et parsemé d’ours et de cygnes blessés (souvenir d’une dame, dit-on URSINE). Armes et emblèmes sont répétés dans la bordures des tapisseries qui décorent la salle et qui présentent, elles-mêmes, des tableaux complets, sujets de guerre traités avec le plus grand soin, château-fort, rencontres d’hommes d’armes à cheval ou à pied, boucliers et bannières armoriés, etc… Au premier plan, écuyers tranchants, valets du gobelet, lévriers. Tous les costumes sont pittoresques et l’harmonie des couleurs charmante. Au bout de l’estrade où siège le Duc, un personnage qu’à son manteau rouge et son costume ecclésiastique on prendrait pour un cardinal, s’assoit humblement et semble remercier le prince de l’honneur qui lui est fait. Cette figure très étudiée et pleine d’expression, est certainement un portrait qui fait pendant à celui du Duc. Est-ce à ce prêtre, pèlerin ou cardinal, que s’adresse le chambellan qui, se promenant avec sa chaîne et son bâton d’office, jette ces mots écrits : « Approche, approche » ? Encore une figure qui peut bien être peinte d’après nature. Au second plan, des seigneurs ou écuyers se chauffent au feu qui pétille dans une cheminée de pierre et se protègent contre son ardeur en tournant la tête et en étendant les bras. Un écran circulaire en jonc abrite le dos du duc ».

Comme complément à ces indications, il y aurait encore tout un ample commentaire à consacrer à cette page très vivante, nous montrant de si nombreux personnages et où l’image du Duc de Berry est un portrait pris sur le vif, dont nous sommes à même de contrôler l’absolue ressemblance.

Parmi les acteurs de la scène figurent, sur le devant, têtes nues, en habits d’intérieur, des serviteurs du duc, tels que deux écuyers tranchants vus de dos, l’un en robe verte damassée, l’autre en costume mi-partie de deux tons verdâtres, un échanson habillé de bleu, et, près du bout de la table, occupé à tailler des parts, un panetier en surtout rouge recouvrant un vêtement noir. Echanson et panetier portent des feuilles d’oranger brodées sur leurs habits. Les branches d’oranger constituaient un des emblèmes des livrées de la Maison Ducale. On en voit aussi sur le dais qui surmonte la cheminée, où elles accompagnent les armoiries, les ours et les cygnes.

Hommages – Peter Schreier

l’évangéliste de Bach rejoint le ciel

Peu d’artistes auront eu une telle familiarité avec la musique de Jean-Sébastien Bach. Le ténor Peter Schreier qui vient de mourir à 84 ans aura chanté tant et tant de fois ses cantates et ses Passions dont il fut l’évangéliste à maintes reprises. Son timbre clair – dont la séduction reposait davantage sur la franchise, la netteté, que sur l’étoffe en elle-même – sa ligne de chant délicatement contrôlée, son éloquence expressive et sa technique imparable se mettaient pleinement, absolument, au service du texte sacré mis en musique. Qualités que l’artiste réservait tout autant au répertoire lyrique, notamment à Mozart, Schubert, Schumann ou Mahler.

Gastronomie – “Vous rependrez bien un peu de dessert au chocolat avant la fin du monde?”

Le Mousseux au Chocolat noir,
Coulis de Clémentines

menu de noel stephane decotterd

Voici une recette d’entremet au chocolat afin de terminer dignement un de vos repas de fête. Toujours sur le même principe, on prépare à l’avance et on profite à table!!

Ingrédients (pour 8 pers environ):

Biscuit au chocolat :

-90g de beurre -50g de sucre
-20g de cacao
-2 oeufs
-120g de chocolat noir à 70%
-180g de blancs d’œufs
-70g de sucre

Mousse au chocolat :
-300g de chocolat noir chauffé à 40C°
-350g de crème fouettée
-30g de sucre
-80g d’eau
-4 jaunes d’œufs
-120g de blancs d’œufs
-40g de sucre

Glaçage :
-100g d’eau
-60g de sucre
-30g de cacao
-20g de beurre
-40g de chocolat noir haché
-1 feuille de gélatine

Coulis de Clémentines :
-100g de sucre en morceaux frottés contre l’écorce des clémentines, lavées et essuyées

-400g de jus de clémentines (1kg de clémentines)
-1 gousse de vanille
-0,5lt de crème glacée à la vanille

PRÉPARATION:

Mousseux au chocolat (la veille):

Faites fondre le chocolat au bain-marie (40 °C). Montez au batteur le beurre, le sucre, les œufs et le cacao pendant 5 minutes. Ajoutez le chocolat tiédi. Montez les blancs d’œuf avec le sucre et incorporez-les à la préparation ci-dessus.

Étalez sur une plaque beurrée sur une épaisseur de 1 cm. Cuisez dans un four préchauffé à 180 °C. Laissez refroidir et détaillez 8 disques de 12 cm de diamètre.

Pour la mousse, faites un sirop avec l’eau et le sucre. Versez sur les jaunes d’œuf en fouettant. Faites mousser au batteur jusqu’à ce que le mélange double de volume. Incorporez le chocolat fondu puis la crème fouettée. Montez les blancs d’œuf et le sucre (pas trop ferme). Incorporez délicatement au mélange ci-dessus.

Dans des cercles de 12 cm de diamètre et 2 cm de hauteur, déposez au fond un disque de biscuit au chocolat. Répartissez la mousse à l’intérieur et lissez. Mettez au congélateur quelques heures.

Glaçage:

faites tremper la gélatine à l’eau froide. Faites bouillir l’eau et le sucre, ajoutez le cacao et donnez une ébullition. Hors du feu, ajoutez le chocolat, le beurre et la gélatine égouttée. Filtrez et réservez.

Coulis de Clémentines :

Épluchez les clémentines, séparez les quartiers. A l’aide d’un petit couteau, grattez et retirez toutes les parties blanches.

Fendez le bâton de vanille en deux et grattez l’intérieur. Ajoutez au jus de clémentines.

Ajouter au jus de clémentines.Réduire le jus et les sucres frottés jusqu’à l’obtention d’un coulis sirupeux.

Dressez sur les assiettes, surmontez d’une quenelle de glace à la vanille. Répartissez les clémentines. Utilisez le coulis et le reste de glaçage pour saucer.

Sources: Stéphane Décotterd

Que votre repas de Saint-Sylvestre soit simple… ou plus élaboré, je vous souhaite bon courage et de bonnes préparations pour la dernière ligne droite!

Société – L’héritage de Josué

Plus de 700 000 Palestiniens ont fui leurs terres en 1948, au moment de la création d’Israël. Ce provisoire définitif dure depuis 70 ans et ne manque pas de gêner Israël, embarrassé par ces « réfugiés » perpétuels, traces visibles de la conquête de son territoire au détriment d’un peuple établi de longue date sur le même sol. Manifestement, il y au Proche-Orient un peuple de trop ou un pays de trop peu. Cette anomalie empoisonne toute la politique de la région qui est une poudrière menaçante pour la paix internationale.

Il vaut la peine d’en déterrer la racine la plus profonde pour en comprendre la nature. Cette tragédie débute voici plus de trois mille ans. Dans la Bible, le livre de Josué décrit la première entrée d’Israël en Palestine. La conquête de la Terre Promise est présentée comme violente, ce qui est conforme aux us de l’époque, mais qui s’apparente plus à un mythe qu’à l’Histoire..

Il ne s’agit pas d’une guerre, réelle ou fabulée , au sens ordinaire du terme, visant la seule conquête d’un territoire, mais bien d’un génocide comme cela est précisé dès la chute de Jéricho :

« Les Israéliens vouèrent à l’interdit tout ce qui se trouvait dans la ville, aussi bien l’homme que la femme, le jeune homme que le vieillard, le taureau, le mouton et l’âne, les passant tous au tranchant de l’épée. (Josué 6,21) ».

Cet interdit correspond à la prescription de la Torah :

« Mais les villes de ces peuples-ci, que le Seigneur ton Dieu te donne comme patrimoine, sont les seules où tu ne laisseras subsister aucun être vivant (Deutéronome 20,16) ».

Le génocide est prescrit par la Torah comme un acte religieux, une purification nécessaire pour éviter la contamination d’Israël par des cultes païens ou par des Israéliens indignes. Non seulement ce « Dieu » ne réprouve pas le génocide, mais il l’ordonne. Cette antique injonction pèse toujours sur un lieu d’origine des trois monothéismes. Les franges radicales du judaïsme et de l’Islam peuvent s’y référer. La chrétienté ne fut pas en reste avec l’épopée ambigüe des Croisades, colonisation à prétexte religieux.

Les trois monothéismes ont hérité de leurs sources antiques, où la religion servait de caution transcendante au pouvoir politique. Elle n’avait pas pour but la sanctification des personnes mais la sacralisation de l’État.

Aujourd’hui nous avons hérité plutôt du Siècle des Lumières où le pouvoir émane du peuple grâce à la réflexion de Jean-Jacques Rousseau. Mais les États-Unis de Trump viennent de supprimer leur apport à l’agence qui est privée d’un tiers de son budget. Cette démarche révélatrice se conforme au rôle de pouvoir protecteur d’Israël.

Il faut maintenant choisir entre l’héritage de Josué, à base d’un génocide lent du peuple palestinien, et celui de Rousseau, respectueux de tous les peuples, entre le Dieu des armées et celui des Béatitudes.

Source: Jacques Neirynck

Le Divan occidental-oriental

Le Divan occidental-oriental (en allemand West-östlicher Divan) est le dernier recueil poétique majeur composé par Johann Wolfgang von Goethe. Il comprend douze livres parus de 1819 à 1827, chacun comportant un titre oriental et un titre en allemand. C’est un recueil lyrique inspiré de la poésie persane à thèmes soufis de Hafez de Chiraz, que Goethe découvrit en 1814 dans la traduction allemande de l’orientaliste autrichien Joseph von Hammer-Purgstall, parue en 1812. Une grande partie des poèmes remontent à la correspondance de Goethe avec Marianne von Willemer ; elle composa quelques-uns d’entre eux (West, um deine feuchten Flügel, Ach wie sehr ich dich beneide …), que Goethe retoucha ensuite avant de les inclure dans le livre de Souleika.

Source:

Le West-Eastern Divan Orchestra de Daniel Barenboim

« On ne peut pas dire que Le Divan soit un orchestre pour la paix »

Dans un long entretien accordé à l’agence de presse allemande DPA, Daniel Barenboim admet que l’ambition initiale, qui consistait à faire en sorte que de jeunes musiciens de pays arabes et d’Israël se rencontrent pour jouer de la musique et dialoguer dans le but de promouvoir le dialogue et la paix entre Juifs et Arabes relevait de l’utopie.

« L’orchestre existe, mais dire que c’est un orchestre pour la paix, comme on l’entend souvent, ce n’est pas vrai. Nous ne pouvons pas faire ça. »

Déclare le chef d’orchestre. « Le constat est clair, nous ne pouvons pas jouer dans la plupart des pays arabes ou en Israël aujourd’hui (…) Pourtant, nous ne vivons pas un conflit politique, limité à des problèmes de frontières, d’eau ou de pétrole, mais un conflit qui ne peut être résolu que sur le plan humain, et il n’y a pas de solution militaire à ce problème. En revanche, ce que montre le Divan, c’est que si nous créons une situation d’égalité, alors Arabes et Israéliens peuvent construire quelque chose de commun, à condition qu’ils aient les mêmes droits et responsabilités ».

La fierté et le rêve de Daniel Barenboim

La grande fierté de Daniel Barenboim c’est surtout d’avoir permis, en 20 ans, à tous ces jeunes gens de découvrir la musique et de jouer ensemble : « Lorsque nous avons formé l’orchestre avec Edward Saïd il y a vingt ans, 60% des musiciens n’avaient jamais joué dans un orchestre, seuls quelques-uns d’entre eux avaient entendu un orchestre jouer dans leur vie ». Honneur également pour le chef d’orchestre et pianiste d’avoir formé des musiciens et d’avoir permis à certains d’entre eux de devenir de grands professionnels comme la clarinettiste Shirley Brill, le pianiste Saleem Ashkar ou son propre fils Michael Barenboim, violoniste reconnu. En 2017, l’orchestre a déménagé de Séville à Berlin et réside avec la Barenboim-Said Akademie au sein de l’auditorium Pierre Boulez Saal.

Depuis sa fondation à Weimar, à l’occasion du 250anniversaire de la naissance de Goethe dont un recueil de poèmes a inspiré le nom à la formation, le West-Eastern Divan Orchestra a donné, plus de 300 concerts dans 30 pays devant plus de 800 000 personnes mais quasiment jamais au Proche-Orient, exceptée une représentation en Cisjordanie en 2005. C’est l’un des grands regrets de Daniel Barenboim qui, à 77 ans, a toujours le même rêve en tête et dans le cœur mais déclare avec lucidité:

« Ce serait d’apparaître à Tel Aviv et à nouveau à Ramallah. Malheureusement, j’ai peur que la réalité ne me donne pas raison. »

Source: Philippe Gault

Calendrier de l'avent – 24 décembre

La fête de Noël n’est pas en perte de sens. Bien qu’année après année, certains proclament que le consumérisme a eu sa peau. Les adorateurs du commerce auraient réussi à dévoyer sa véritable signification : la naissance de Jésus, le Messie, le Sauveur, lumière du monde. Avant de conclure avec mépris ou tristesse : « Ce n’est plus qu’une fête commerciale ! »

C’est inexacte. Aujourd’hui, à l’évidence, ce qui est au cœur de cette fête, c’est la réunion de famille et d’amis , les plaisirs de la table, l’échange de cadeaux, la chaleur des liens humains qui réconfortent en plein hiver, dans les interminables nuits.

Ce n’est guère nouveau. De mémoire d’être humain il y a toujours eu dans nos contrées une telle célébration, liée au solstice d’hiver, moment où la durée du jour est la plus courte de l’année, donc au moment où les jours commence à reprendre le terrain perdu.

Bien avant que l’Église chrétienne ne songe à choisir une date stratégique pour célébrer l’anniversaire de Jésus, en l’occurrence le 25 décembre, les Romains en avaient fait le Dies Natalis Sol Invictus – jour de la naissance du soleil invaincu. Il était précédé des Saturnales, grandes réjouissances populaires au cours desquelles on organisait des repas, on échangeait des cadeaux, on plaçait des plantes vertes dans les maisons.

Bien sûr, on peut comprendre que des chrétiens regrettent de voir Noël perdre sa signification religieuse. On peut même le déplorer d’un point de vue strictement culturel. Les symboles qui gardent la cote aujourd’hui sont d’origine païenne comme le sapin et la bûche ou alors ils ont été laïcisés sous forme de Père Noël.

Et bien évidemment, on est en droit de critiquer le consumérisme débridé, reflet de notre époque. Il n’est pas idiot de s’interroger sur notre propension à nous précipiter dans les magasins pour acheter des cadeaux, plutôt que de s’obliger à prendre le temps de concevoir des petites attentions et ainsi offrir un peu de soi.

Mais il n’en demeure pas moins que Noël, fête laïque, se porte bien. Des valeurs, elle en a conservé d’importantes. On pourrait même lui prêter, en ces temps de crise climatique, une paradoxale modernité. Parce qu’elle nous rappelle cette vérité absolue : nous restons tributaires des éléments. La nature s’invite dans les salons, même dans les familles les plus urbaines. Quant à la surconsommation, parce qu’elle est plus spectaculaire que le reste de l’année, elle nous fait enfin réagir, peut-être même culpabiliser un peu.

Qui sait, ce rappel débouchera-t-il sur de bonnes résolutions à Nouvel-An ? Dans nos sociétés dites « individualistes »,

il n’est pas si négligeable de réunir sa tribu, ou son village lors du calendrier de l’avent que nous venons de vivre depuis le 1° décembre,

ou encore d’offrir à ses connaissances un vœux tout simplement humain :

Calendrier de l'Avent – 23 décembre

Place de la salle des fêtes

Couvert du hangar communal

COMITE DES FETES

Et voila, la période de l’avent c’est terminée avec une participation de 42 personnes à cette ultime soirée.

Les vingt et une soirées ont vu la participation de 73 personnes qui ce sont déplacées au moins une fois.

MONTJAY FORUM c’est fait l’honneur d’offrir un modeste cadeaux à Céline qui est l’unique participante à l’intégralité des réjouissances.

Joyeux noël et bonnes fêtes

Calendrier de l'Avent – 21 décembre

267 route des Chapuis

Aude HEINRICH & Pascal
MARTIN

Et voila, la troixième semaine de l’avent est terminée et, des ce soir, nous allumerons la quatrième et dernière bougie sur la couronne.

Les dix-neuf soirées ont vu la participation de 73 personnes qui ce sont déplacées au moins une fois.