Journée nationale d’hommage aux harkis et autres membres des formations supplétives

«Aux harkis, la France reconnaissante»

Cet intitulé est une référence transparente à l’inscription, illustre, qui orne le fronton du Panthéon à Paris: «Aux grands hommes, la patrie reconnaissante». Non pas, bien sûr, qu’il s’agisse pour nous de considérer que les harkis sont tous des «grands hommes au sens où ils mériteraient d’être «panthéonisés». Mais qu’ils méritent la pleine reconnaissance de leur mère-patrie, la France: oui, incontestablement. C’est en ce sens-là qu’ils ont collectivement leur place au Panthéon de notre Histoire récente. Car, en effet, qui sont les harkis?

Une unité de Harkis en Oranie (1956)
Les harkis, c’est une histoire.

Singulière. Celle de Français musulmans d’Algérie qui, à un moment de leur vie, ont été amenés à servir la France pendant ce que notre pays a mis beaucoup de temps à appeler la «guerre» d’Algérie. Ils l’ont fait, pas toujours par choix, peu par idéologie mais toujours avec honneur, et ont été affublés –et sont encore affublés –du vilain mot de «supplétifs», comme s’ils n’avaient été là que pour «suppléer», comme des auxiliaires, comme des hommes de second rang, de seconde zone, alors que leur rôle fut essentiel, au cœur de la stratégie militaire française. Si nous sommes malgré tout parfois conduits à utiliser ce vocable, préférons-lui le terme générique de «harkis»–littéralement «en mouvement» en langue arabe–même si ce terme recouvre, des réalités très diverses.

Les harkis, c’est un drame.

Terrible. Sans équivalent véritable dans l’Histoire de France de l’après Seconde Guerre mondiale. Celui de ces hommes, de ces femmes, de ces enfants, pour une partie délaissés sur leur terre natale, désarmés, en proie aux exactions et aux massacres, pour une autre partie rapatriés en métropole, déracinés, exilés, ensuite relégués dans des camps, des hameaux de forestage, des cités urbaines. Avec des conditions de vie souvent indignes, dérogatoires du droit commun, facteurs d’exclusion, de retards de tous ordres, sources de violences, de traumatismes durables. C’est l’histoire d’un «abandon», et il faut pouvoir entendre et accepter la souffrance de ces personnes, leur haine parfois, leur colère souvent.

Des Algériens harkis et leur famille, rapatriés d’Algérie, attendent sur un quai du port de Marseille, le 23 juin 1962, d’être dirigés sur le camp de Bourg-Lastic dans le Puy-de-Dôme. AFP
Mais les harkis, c’est un espoir,

et une attente. Qui demeurent. Par-delà les épreuves. Celle, enfin, d’une pleine et entière reconnaissance de la Nation; celle de l’enseignement et de la transmission de leur histoire et de leur mémoire aux jeunes générations; celle de la réparation, au moins morale, symbolique; celle, tout simplement, d’une dignité complètement retrouvée. Et ce fut bien là une des missions principales de notre groupe de travail.

Les harkis,enfin, c’est un avenir.

Commun. Celui, au-delà du passé, d’un avenir en commun, celui du vivre ensemble et du faire ensemble, en pleine appartenance à la communauté nationale, en rempart aussi contre la radicalisation. Car il y un avenir pour les descendants de harkis, en particulier les petits-enfants, dans le droit désormais commun certes, mais dans une mémoire qui ne sera jamais banalisée. Une mémoire apaisée, lien entre souvenir et avenir.

En somme, les harkis, leurs familles, encore aujourd’hui, c’est une immense attente, et une soif d’absolu. Une soif d’absolu qui ressemble furieusement à l’amour. Une soif d’absolu qui a les traits et le visage de la France. Qui ne supporte pas d’être abimée, malmenée, maltraitée: insulter un harki, c’est insulter la France. Finalement, les harkis ont besoin qu’on leur dise qu’on les aime. Que la France les aime.

Dominique CEAUX, Préfet,

Président du groupe de travail, missionnés par la secrétaire d’État auprès de la ministre des armées, Geneviève Darrieussecq, répondant à un engagement pris par le Président de la République, Emmanuel Macron, auprès des associations harkies

Anniversaire – Montjay fête Colette

Pour fêter dignement les

100ans de Colette Soulier

le conseil municipal a organisé un goûter en associant les habitants de Montjay pour présenter les vœux de notre communauté

Dans un bref exposé notre Maire, Didier Fichet, a rappelé que Colette, née Boileau, fille de l’armistice et d’un père militaire, est née à Strasbourg, récemment revenue à la France, le 15 septembre 1919. Mariée à Aimé en 1951, ils ont eu 4 enfants : Dominique, Marie Christine, Michèle et Catherine. Six petits-enfants et cinq arrière-petits-enfants. À la suite d’une carrière dans l’armée, ils s’établissent à l’âge de la retraite à Montjay en 1979, se rapprochant ainsi d’une de leur fille établie à Chalon-sur-Saône. Colette sera conseillère municipale pendant deux législatures de 1985 à 2001. Aimé décède en 2000.

Les organisatrices ont décidé de confectionner 10 tourtes avec sur chacune 10 bougies, afin d’obtenir une table avec 100 bougies.

Les tribulations des femmes à travers l’Histoire – La femme du Croissant fertile, mère de l’Humanité

Comme chacun sait, 

« la femme est l’avenir de l’homme »

Louis Aragon

Mais on a tendance à oublier qu’elle possède aussi un passé. Penchons-nous donc sur le quotidien de ces filles d’Ève qui ont participé à leur façon à la construction de nos sociétés.

Croissant fertile (IIIe millénaire av. J.-C.) : droits des femmes et devoirs de mères

Sceau-cylindre avec son empreinte de la période d’Akkad figurant au centre la déesse Ishtar sous son aspect guerrier, ailée et portant des armes sur son dos, accompagnée de ses attributs, un lion qu’elle tient en laisse et l’étoile à huit branches. Musée de l’Oriental Institute de Chicago.

Les structures familiales tendent à se hiérarchiser et se complexifier à mesure que les sociétés dégagent des surplus de production. C’est ce que l’on observe avec l’avènement des premières cités-États, il y a cinq mille ans environ, dans le Croissant fertile, une vaste région qui occupe l’Asie mineure, la vallée du Jourdain et la Mésopotamie. On y voit apparaître aussi la prostitution, un phénomène inconnu des chasseurs-cueilleurs.   

La cellule familiale monogame et la réclusion des femmes s’imposent dans l’empire d’Assyrie (XIVe-VIIe siècles av. J.-C.), qui prend le relais des cités-États sumériennes. L’homme doit-il s’absenter sur de longues périodes ? La société lui accorde le droit de prendre une seconde épouse, sous condition de l’installer dans un foyer différent, évitant ainsi crêpages de chignons et tracasseries de successions. Souhaite-t-il prendre sa retraite auprès de sa première femme adorée ? C’est simple ! Il divorce de la seconde et réintègre le foyer avec les enfants de la délaissée, dûment consolée par une indemnité de frais d’éducation.

Couvercle de pyxide (ou boîte à fard) orné d’un relief figurant la « maîtresse des animaux » nourrissant des chèvres sauvages. Son costume étagé, sa coiffure bouclée ainsi que le paysage de rochers sont inspirés de l’art mycénien, adopté par un artiste du Levant. Musée du Louvre

La femme mésopotamienne est toutefois protégée par des textes de lois précis comme le célèbre code du roi de Babylone Hammourabi (1792-1750 av. J.-C.) dont près de 80 paragraphes la concernent. À la nourrice coupable d’avoir laissé mourir un enfant, on coupera les seins ; à celle qui s’est attaquée aux organes génitaux masculins, on sectionnera la main. A-t-elle tué son époux ? Elle sera empalée et privée de sépulture. Mais les punitions ne sont pas à sens unique : les femmes sont aussi protégées du viol avec la peine de mort pour le coupable. Elles peuvent aussi engager des actions en justice.

Même si le pouvoir suprême leur est refusé, les femmes de Mésopotamie, du moins celles qui n’étaient pas esclaves, n’étaient donc pas sans ressources et ne se sont pas contentées de tenir la maisonnée. Dans un pays où la grande déesse Ishtar symbolisait à la fois l’amour et la guerre, voir des femmes de caractère devenir scribes n’avait rien d’étonnant !

Tête de femme coiffée du polos, Ari, temple d'Ishtar, vers 2400 av. J.-C., Musée du Louvre, Paris.
Statue retrouvée dans le temple
d’Ishtar, dite « Dame-au-polos » –
Musée du Louvre

À l’origine du voile

« Les femmes mariées, les veuves et les femmes assyriennes ne doivent pas avoir la tête découverte quand elles sortent dans la rue. » C’est ainsi que, dans une tablette de loi d’Assur (Irak) vieille de 3000 ans, apparaît la première mention de l’usage du voile féminin. Il s’agissait alors de différencier les femmes mariées et honorables des esclaves et des prostituées. Si les Égyptiennes de la haute Antiquité échappaient au voile du fait d’un statut qui les mettait à égalité avec les hommes, aucune Orientale ni aucune Grecque pubère ne se serait permise de sortir tête nue !

Tête de femme voilée du type de l'Aphrodite Sôsandra, Rome, IIe siècle ap. J.-C., Musée du Louvre, Paris.
Tête de femme voilée du type de l’Aphrodite Sôsandra
Credit: 
Photo (C) RMN-Grand Palais / Hervé Lewandowski
Musée du Louvre

Symbole de modestie et de respectabilité, il est pourtant quelque peu négligé par la suite dans la société romaine jusqu’à ce qu’un juif hellénisé, l’apôtre Paul, le recommande en lui donnant une dimension religieuse : « Toute femme qui prie ou prophétise tête nue fait affront à son chef. […] L’homme, lui, ne doit pas se voiler la tête : il est l’image et la gloire de Dieu ; mais la femme est la gloire de l’homme. Car ce n’est pas l’homme qui a été tiré de la femme, mais la femme de l’homme » (Première épître aux Corinthiens, vers 55).

Tout en reconnaissant donc aux femmes le droit de prier en public, il leur impose de se couvrir pour souligner leur vertu, s’inspirant peut-être du voile de dévotion utilisé par les Romains. Cette pratique va longtemps être conservée dans le cadre de l’Église et pour certains ordres de religieuses.

Bien plus tard, au VIIe siècle de notre ère, on retrouve cette préconisation dans le Coran sous une autre forme : « Quand vous demandez quelque objet aux épouses du Prophète, faites-le derrière un voile [hidjab]. Cela est plus pur pour vos cœurs et pour leurs cœurs » (33, 53). On va ainsi délimiter le cadre privé de l’espace public puis, par extension, demander aux croyantes de « rabattre leurs voiles sur leurs poitrines » (24, 31) pour les protéger de toute offense.

 Antonello de Messine, La Vierge de l'Annonciation, 1477, Palais Abatellis, Palerme.
Antonello de Messine – La Vierge de l’Annonciation – La sobriété et la modernité de la composition de La Vierge de l’Annonciation , peinte en 1476 ou 1477, en font une œuvre majeure de la Renaissance italienne (palais Abatellis, Palerme).

Pièce de tissu avant tout pratique pour lutter contre la chaleur et la poussière, puis accessoire de beauté, le voile est donc devenu un gage de respectabilité et de piété donnant aux femmes le rôle ambigu de victimes et gardiennes de la tradition.

Isabelle Grégor et André Larané

CULTURE – Iolanta

C’est ici que Iolanta, la jeune princesse aveugle si longtemps absente des scènes européennes, renaît à la lumière. Et par quelle prodigieuse « vision » ! Quatre portiques, surmontés de mystérieuses sculptures : voici le décor minéral dans lequel Peter Sellars ordonne un rituel allégorique. L’orchestre flamboie, comme les couleurs qui irradient en fond de scène. Sellars, incroyable médecin des âmes, sauve celle de l’héroïne et touche la nôtre.

On l’ignore le plus souvent mais l’héroïne éponyme du dernier opéra de Piotr Ilitch Tchaïkovski est née et morte à Nancy. En effet, c’est bien cette Yolande d’Anjou, fille de René Ier, duc d’Anjou, de Bar et de Lorraine, roi de Provence et de Naples, et de son épouse Isabelle, duchesse de Lorraine, qui inspira au poète danois Henrik Hertz sa pièce La Fille du Roi René, dont est tiré le livret de Modeste Tchaïkovski. Bien qu’historiquement il est peu probable qu’elle fut réellement aveugle, elle épousa effectivement comme dans l’opéra le comte de Vaudémont Ferry II et fut à l’origine de la lignée la plus brillante des ducs de Lorraine, à commencer par son fils René II. Ce dernier étant l’ancêtre dynastique par ordre de primogéniture mâle de l’actuelle maison de Habsbourg-Lorraine, par le mariage en 1736 de son descendant à la 9e génération François III Étienne, duc de Lorraine et de Bar, grand-duc de Toscane, empereur germanique, avec l’archiduchesse Marie-Thérèse, reine de Hongrie et de Bohême. Il est également l’ancêtre de la même maison par son fils Claude par les branches secondaires. Sa descendance se retrouve également dans toutes les autres maisons souveraines d’Europe notamment des rois d’Espagne et de Belgique, du grand-duc de Luxembourg, du prince de Monaco.

La fille du roi René, Yolande d’Anjou et de Lorraine rêvant.

Iolanta, la fille du roi René de Provence, est née aveugle. Son père n’a pas voulu qu’elle connaisse son mal et la jeune fille vit comblée au milieu des fleurs, des oiseaux et du chant de ses amies. Consulté, le médecin maure de la cour pense que Iolanta pourrait guérir si elle avait conscience d’être privée de la vue. Un jour, le duc de Bourgogne à qui elle est promise et le comte Vaudémont la rencontrent et comprennent qu’elle ne distingue pas les couleurs… L’amour donnera à la jeune fille une force miraculeuse et elle verra.

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Il n’y a pas d’opéras inmontables, il n’y a que des opéras mal montés. Si Iolanta de Piotr Ilitch Tchaïkovski a longtemps pâti d’une réputation d’œuvre injouable, c’est parce que nul n’avait trouvé le moyen de la mettre en scène d’une façon qui parle au public d’aujourd’hui. On se situe dans un univers assez proche de ces atmosphères pseudo-médiévales peuplées de damoiselles languissantes et de chevaliers fragiles qu’auraient pu peindre Dante Gabriel Rossetti.

Représenter Iolanta en respectant ces données ne serait peut-être pas impossible, mais le risque est d’obtenir un résultat complétement kitsch. C’est évidemment un tout autre choix esthétique qu’a fait Peter Sellars, qu’on retrouve ici dans sa meilleure veine. Loin de l’actualisation politique, il propose une transposition où seule l’héroïne est habillée en princesse de conte de fées, tous les autres personnages portant des vêtements (noirs) d’aujourd’hui. Le décor, réduit à quelques chambranles de portes surmontés d’étranges blocs de pierre, dans la veine du surréalisme à la Salvador Dali, est à la fois intérieur et extérieur, et ce sont surtout les incroyables jeux de lumière qui fascinent, en relation avec les toiles de fond qui se renouvellent tout au long du spectacle. Sellars a su faire des chanteurs de véritables acteurs, héros d’une histoire qui, loin d’être naïve ou niaise, s’avère en réalité profondément émouvante, et universelle.

Peter Sellars a fait un chef-d’œuvre avec ce diptyque lyrique réalisé en janvier 2012 à la demande de son ami Gérard Mortier, alors directeur du Teatro Real de Madrid. La pureté d’un décor de monolithes en suspension sur quatre portiques (à la fois têtes d’oiseau et signes totémiques). La magie de toiles peintes, affalées en fond de scène, la gestuelle mystique de personnages célébrant on ne sait quelle messe de tendresse et de bienveillance : Sellars est un mage dont l’empathie pour les vivants et les morts est infinie. Il y a désormais, dans le travail de celui qui fut l’« enfant terrible de la mise en scène » à la fin des années 1980, non pas quelque chose d’apaisé mais d’apaisant, une forme de rituel à la Bob Wilson, mais humanisé, ouvert, réchauffé.

Cela dit, le metteur en scène n’est pas seul responsable, et le miracle vient beaucoup de la direction de Teodor Currentzis. Le jeune chef grec transforme décidément en or tout ce qu’il touche, et sa direction exalte les beautés de la partition, dont l’originalité devient frappante : le chœur des voix angéliques pourrait avoir été écrit par Arvo Pärt, certains dialogues quasi parlés sonnent comme du Debussy avant l’heure, mais se raccordent à des duos d’un lyrisme tout tchaïkovskien. Tout n’est ici que douceur et subtilité, drame vécu, à cent lieues des clichés et des caricatures.

Teodor Currentzis, l’enfant terrible du classique

Cet artiste a du tempérament, et surtout une manière très personnelle d’aborder la musique. «Ne croyez pas que j’ai choisi Perm pour éviter les revendications sociales que vous connaissez en Occident ; j’ai simplement voulu travailler en toute sérénité. Dans une usine, c’est normal qu’il y ait des syndicats ; ici nous faisons de la musique et ce n’est pas une industrie», résume-t-il, chaque fois qu’on lui pose la question de son exil. Et de souligner: «On ne peut pas syndiquer les amoureux.»

« L’important n’est pas d’aligner des notes mais de faire quelque chose qui vous touche. »

Teodor Currentzis

La Iolanta de Ekaterina Shcherbachenko, soprano d’une suavité délicieuse, s’impose par sa simplicité, son legato, l’aisance de la voix dans tous les registres, mais aussi par son jeu qui donne une parfaite crédibilité au personnage. Elle frémit de vie et d’amour dans sa robe bleue et elle fait preuve d’un naturel et d’une aisance vocale qui rendent son personnage immédiatement proche et contemporain.

Ekaterina Scherbachenko est une Iolanta quasi idéale, à la voix d’une pureté diaphane, a peine quelques tensions perceptibles dans l’extrême aigu laissent-elles deviner l’effort dans cet art d’un naturel suprême.

Si l’on ajoute les éclairages soignés de James F. Ingalls, sources d’effets quasi bob-wilsoniens, on aura compris qu’on tient là un

DVD magique.

Et si parmi nos lecteurs il y a des intéressé(e) la rédaction se fait un réel plaisir de les inviter à une projection complète (90 min.) en VOSTFR. Hors apéro !

Les tribulations des femmes à travers l’Histoire – Une Préhistoire tirée par les cheveux

Comme chacun sait, 

« la femme est l’avenir de l’homme »

Louis Aragon

Mais on a tendance à oublier qu’elle possède aussi un passé. Penchons-nous donc sur le quotidien de ces filles d’Ève qui ont participé à leur façon à la construction de nos sociétés.

Durant la Préhistoire, hommes et femmes égaux face à la survie

Que sait-on des premières représentantes de l’espèce humaine ? Pas grand chose !

Maxime Faivre, Deux Mères, 1888, Musée d'Orsay, Paris.
“Combat pour la vie dans « Deux mères » de Maxime Faivre, récemment restauré au musée d’Orsay

Lucy, la petite Australopithèque sortie de terre en 1974, en Éthiopie, après un sommeil de trois millions d’années, a été très vite consacrée grand-tante de l’Humanité, mais on se demande désormais si ses ossements ne sont pas ceux d’un… grand-oncle. N’en soyons pas déçu(e)s. Nos premières aïeules de l’espèce Homo sapiens remontent tout au plus à trois cent mille ans et ont peu à voir avec Lucy (ou Lucien).

Empreints des préjugés de leur siècle, les préhistoriens du XIXe siècle ont popularisé l’image de matrones occupées à cueillir des baies en attendant que leurs mâles chasseurs les traînent par les cheveux au fond de la caverne. Mais d’une telle subordination de la femme, nous n’avons aucune preuve. Bien au contraire, à l’image des dernières sociétés de chasseurs-cueilleurs, nos ancêtres manifestaient une relative équité dans la distribution des rôles et la place de chacun(e) au sein du groupe.

La vénus de Kostienki
En calcaire, portant des traces de coloration rouge, elle mesure 10,2 centimètres de hauteur. Elle a été retrouvée, brisée, en 1983, sur un site gravettien russe. Elle est actuellement exposée au Musée d’Ermitage de Saint-Pétersbourg. La datation est estimée entre – 23 000 et – 21 000 ans. Le site de Kostienki a permis d’exhumer plus de 150 statuettes.

À l’opposé de l’image de la femme soumise, transmise par les premiers préhistoriens comme par les exégètes de la Bible, les féministes des années 70 ont ébauché une vision de nos origines dominée par la figure de la Déesse Mère.

Cette vision est illustrée par les représentations à caractère sexuel retrouvées dans toute l’Europe, comme les Vénus de Willendorf ou de Lespugue… Ces petites sculptures paléolithiques caractérisées par une hypertrophie peu naturelle des seins et des fesses montrent l’importance de la fonction reproductive dans l’imaginaire de nos ancêtres.

La vénus de Willendorf
Cette statuette, haute de 110 mm en calcaire oolithique, a été exhumée en 1908 sur les berges du fleuve éponyme. Elle fait partie des figurines les plus connues. Datée de – 25 000 ans BP l’originale est conservée en Autriche, au Musée d’Histoire Naturelle de la Ville de Vienne. En 2017, cette statuette a connu une renaissance et a défrayé les réseaux sociaux. Facebook avait censuré une image de la Vénus de Willendorf au motif que c’était une image de femme nue !

Ainsi, selon la philosophe Élisabeth Badinter (L’un est l’autre, 1987), chez les chasseurs-cueilleurs du Paléolithique comme chez les premiers agriculteurs, la femme gardait le foyer et assurait la stabilité de la communauté pendant que les hommes erraient à la chasse ou vaquaient aux champs. D’où sa primauté sociale qui se traduisait par le culte de divinités féminines. La préhistorienne Marylène Patou-Mathis, spécialiste de l’homme de Neanderthal, n’exclut pas que la femme de la Préhistoire pouvait aussi manier des armes de jet tout autant que les hommes (Neanderthal, 2010).

Rien n’interdit de penser aussi que ces Ève s’adonnaient à une activité comme la taille des pierres, qui demande plus d’habilité que de force. Les mains peintes sur les parois des grottes n’appartenaient-elles pas pour certaines à des personnes taille S plutôt que XXL ? D’ailleurs, les ossements et matériaux retrouvés dans les abris laissent supposer que les femmes pouvaient pratiquer l’art et la chasse tout autant que les hommes. Qui sait si les Rodin de la Préhistoire n’étaient pas en fait des Camille Claudel !

Grotte de Gargas, Grande Paroi, Mains noires et rouges, Paléolithique supérieur, Gravettien.
Grottes de Gargas – Mains négatives réalisées au pochoir, dont certaines avec doigts tronqués

Pour l’historien et anthropologue Emmanuel Todd, spécialiste des systèmes familiaux (L’Origine des systèmes familiaux, 2011), les sociétés dites « primitives » témoignaient d’une relative égalité entre leurs membres et entre les sexes. Cela pour deux raisons : ces communautés réduites à quelques dizaines de membres demeuraient d’une grande simplicité avec des familles monogames limitées à papa-maman et les enfants (famille dite « nucléaire ») ; d’autre part, les nécessités de la survie imposaient à chacun un rôle actif dans les prises de décision. 

Aujourd’hui encore, « chez les Bushmen [Afrique australe], le statut des femmes est quasiment égal à celui des hommes, même si les tâches du quotidien pèsent beaucoup plus lourdement sur elles », note l’anthropologue Françoise Héritier. Mais tout est relatif et elle ne manque pas de rappeler que, là comme ailleurs, « la règle du contrôle par les hommes de la fécondité féminine n’est jamais, et nulle part, enfreinte » (La plus belle histoire des femmes, Seuil, 2011).

Mère et enfant, Culture Vinca, Néolithique, Musée national de Belgrade, Serbie.
mère et enfant culture vinca

Il semble enfin acquis que c’est aux femmes que l’on doit l’entrée de l’humanité dans le Néolithique : peu mobiles du fait de l’enfantement et des soins à prodiguer à leur progéniture, les femmes auraient en effet incité leurs compagnons à se sédentariser. Délaissant la chasse, elles se seraient aussi spécialisées dans le traitement des plantes et leur sélection génétique, en pratiquant des semis au plus près de leur village. Il en aurait résulté la naissance de l’agriculture.

Notons que le travail des champs, beaucoup plus contraignant que la chasse et la cueillette, a renforcé la solidarité entre hommes et femmes dans toutes les tâches de production. C’est une constante dans les communautés pauvres, au cours de l’Histoire et jusqu’à nos jours, qu’il s’agisse de paysans ou même d’ouvriers : quand la survie tient à un fil, on ne mégote pas sur les droits des un(e)s et des autres.

Photo du film  Un million d’années avant Jésus-Christ avec de multiples incohérences du scénario (Homo sapiens présent il y a 1 million d’années, chasse au dinosaure…)

Isabelle Grégor et André Larané

MAIRIE de MONTJAY – CONSEIL MUNICIPAL

Rappel:

Article L2121-18 du Code général des collectivités territoriales Créé par Loi 96-142 1996-02-21 jorf 24 février 1996

Les séances des conseils municipaux sont publiques.

Néanmoins, sur la demande de trois membres ou du maire, le conseil municipal peut décider, sans débat, à la majorité absolue des membres présents ou représentés, qu’il se réunit à huis clos.

Sans préjudice des pouvoirs que le maire tient de l’article L. 2121-16, ces séances peuvent être retransmises par les moyens de communication audiovisuelle.

Source: Légifrance