Société – Le Mur de la honte s’écroule

9 novembre 1989

Trente ans après la chute du mur de Berlin, et face aux inégalités croissantes, à la montée des populismes, au changement climatique, notre modèle de société a-t-il encore un avenir?

Il est «obsolète» pour le président russe. Son homologue américain préfère se définir comme un «nationaliste». Le libéralisme, à les entendre, n’aurait qu’à rejoindre la poubelle de l’histoire où lui-même avait jeté Karl Marx en 1989. Ses multiples travers l’ont perdu. Car qui dit libéralisme dit finance débridée, immigration incontrôlée, élites déconnectées, destruction d’emplois et de la planète. Oui, indéniablement, le modèle actuel a péché par démesure en proclamant sa victoire sur les ruines du mur de Berlin. Trente ans plus tard, il porte moins beau. La crise est devenue existentielle.

En Europe comme en Amérique du Nord, le libéralisme reste pourtant la force qui nous façonne en tant que citoyens. Il ne s’agit pas ici de se référer aux partis politiques qui se disent libéraux. Le concept fondamental est bien plus large et trace une filiation directe entre l’époque des Lumières et la nôtre.

Définie simplement,

la démocratie libérale a pour principe cardinal les droits de l’individu.

Tout le reste de notre organisation politique et économique en découle: séparation des pouvoirs, État de droit, respect des minorités, liberté d’entreprendre. Cette conception d’une société ouverte permet aux opinions de s’exprimer dans toute leur diversité, à l’accusé de bénéficier d’un procès équitable, à chacun de vivre selon sa foi ou son orientation sexuelle. Elle nous permet de vivre ensemble malgré nos désaccords et nos contradictions.

Mais cette force est désormais perçue comme une faiblesse. Nos vies – de plus en plus hétérogènes et menacées par le changement, qu’il soit climatique ou technologique – évoluent si vite que le modèle semble dépassé. Pire, face à cette crise existentielle, la plus grande qualité d’une société ouverte, sa capacité à se remettre en question, est vécue comme un défaut. Les partisans de la fermeture l’ont bien senti: leur heure est venue. Tremblez, petites natures libérales.

Ce 9 novembre 2019 n’a donc rien d’une fête, il n’y aura pas de retrouvailles avec un passé enchanté. Il doit être l’occasion de faire notre examen de conscience.

Source: Marc Allgöwer

Journées Nationales – Commémoration armistice

L’armistice de 1918, signé le 11 novembre 1918 à 5 h 15, marque la fin des combats de la Première Guerre mondiale, la victoire des Alliés et la défaite de l’Allemagne.
La cérémonie du 101ème anniversaire de la commémoration de l’armistice  aura lieu le
lundi 11 novembre 2019 à 11H.
Le Maire vous invite cordialement à participer à cette cérémonie qui sera suivie par le verre de l’amitié, à la salle de fêtes de notre village.

Rassemblement derrière la Mairie, départ du cortège, lecture du message du Président de la République, hommage aux enfants de Montjay morts au champ d’honneur,  dépôt de gerbe et hymne national.

Société – le flirt

Loi prohibant le flirt :
une idée américaine
née au début du XXe siècle

(D’après « La Revue politique et littéraire », paru en 1902)

Le flirt. Peinture d’Édouard-Bernard Debat-Ponsan (1896)

En 1902, l’académicien Émile Faguet, célèbre pour sa verve, son espièglerie, sa subtilité et son érudition, apprenait que la législature de New York était sur le point de discuter un projet de loi tendant à enrayer le flirt, la lecture des dispositions à venir l’amenant à juger cette mesure dénuée de sens commun, contre-productive et délétère, sans compter que légiférer, comme le souhaiteraient les « flirtophobes », sur un sourire ou un regard relèverait de la gageure

S’agissait-il de ce flirt-ci ou s’agissait-il de ce flirt-là, s’interroge Émile Faguet ? Car, poursuit-il, il y en a plusieurs. S’agissait-il du flirt masculin ou du flirt féminin, ou des deux ? Certainement le flirt suppose toujours deux personnes et plutôt de sexe différent, et donc le flirt est masculin-féminin par essence et définition. Mais encore, tantôt il consiste dans, chez un homme, le désir d’être agréable à une femme, tantôt dans, chez une femme, le désir de ne pas être indifférente à un gentleman ; et cela fait deux flirts très différents.

Chacun sait, par exemple, écrit Faguet, que le flirt masculin en Amérique consiste essentiellement à se montrer, devant une jeune fille qu’on veut éblouir, extraordinairement brillant et étonnamment vainqueur dans des jeux athlétiques, et il est évident que le flirt chez les jeunes filles, encore qu’il puisse avoir ce caractère dans une certaine mesure, ne peut pas consister essentiellement en cela.

J’étais donc indécis et anxieux et, après être resté dans cet état d’âme le temps convenable pour en jouir, j’ai fini par vouloir m’éclaircir et j’ai écrit une petite lettre caressante, une petite lettre de solliciteur, à un de mes amis de New York, nous apprend l’académicien. Il a mis quelque temps à me répondre, si bien que je croyais que la nouvelle en question était tout simplement un-canard américain. Le canard américain consiste souvent à couper la queue de son chien, ce qui en fait un singulier animal.

Mais non, ce n’était pas un canard. Mon ami a fini par m’envoyer un rayon brusque de phare tournant et je suis éclairé. Et vous allez l’être. Car voici sa lettre : « My dear, la nouvelle est vraie. Elle est vraie en ce sens que le projet en question a été déposé. Mais qu’il vienne jamais à la discussion, c’est une autre affaire. C’est un peu ici comme chez vous et c’est un peu chez vous et chez nous comme partout. Un projet est comme un roi. Quand il est déposé, cela ne veut pas dire qu’il ait de très grandes chances de régner un jour. Cela veut dire plutôt le contraire. Mais encore est-il qu’il est déposé et qu’il peut venir en délibération une de ces années. Il y a des années où l’on n’est pas en train, comme disait votre Murger ; mais il y a des années où l’on travaille, même législativement. Il est possible que le projet soit discuté ; il est possible qu’il soit voté. Les flirtophobes sont assez forts chez nous. La flirtexécution peut être décidée.

« Mais de quel flirt s’agit-il ? Vous m’étonnez de me le demander. Il s’agit, bien entendu, du flirt féminin. Ne savez-vous donc pas que c’est, en vérité, le seul qui existe chez nous ? Chez vous, les gentlemen font la cour aux dames depuis Clémence Isaure et depuis plus longtemps encore. Vous savez bien que chez nous ce sont les jeunes filles qui font la cour aux jeunes gens. Elles leur donnent des rendez-vous. Elles se promènent avec eux et, very well, elles les promènent. Elles les invitent à dîner ou à luncher, comme, en votre XVIIe siècle, les jeunes seigneurs « donnaient un cadeau » à de jeunes dames, ce qui voulait dire qu’ils leur offraient une collation. Vous savez que je sais très bien le français. C’est un de mes moyens à moi, de séduction. Il est austère, comme il me sied.

« Eh bien, c’est ce flirt-là que nos bons puritains de l’État de New York trouvent shocking et veulent réprimer. Ils trouvent que cela compromet le bon renom de la vertueuse et grave Amérique, et lui donne figure plaisante devant le monde qui la regarde. Moi, je trouve que le monde peut regarder l’Amérique ; mais que le flirt américain ne le regarde pas.

« Ils trouvent surtout — et c’est bien là, toute comparaison désobligeante étant écartée, que le bât les blesse —, que trop souvent leurs benêts de fils sont séduits par des intrigantes, ce qui n’est pas tout à fait faux. Il arrive que leurs grands garçons manquent, je ne dirai pas un mariage riche, ce à quoi il est incontestable que nous tenons peu, mais un bon mariage, un mariage avec une jeune fille sérieuse, solide, modeste et bonne ménagère, oiseau rare, du reste, chez nous, pour épouser une jeune fille, généralement très honnête, mais frivole, superficielle, dépensière et très éventée, qui les aura séduits par ses cajoleries, ses provocations, ses attirances hardies, en un mot par ce que nous appelons le flirt.

« Qui les aura amusés, surtout. Nos jeunes gens sont rudes, courageux et tristes. Ils n’ont ni la légèreté française, qui s’amuse d’elle-même et qui a le bonheur, en vérité, puisqu’elle en a la monnaie, qui est la gaieté ; ni la tranquillité allemande, qui, sans s’amuser précisément, jouit d’elle-même en savourant le rêve ou l’enchaînement lent et paisible des idées. Ils sont tristes dès qu’ils n’agissent pas, dès qu’ils ne poussent pas la balle du tennis d’un bras vigoureux ou le boulet du football d’un pied énergique.

« La jeune fille arrive, qui les amuse, qui les divertit, qui les secoue par ses espiègleries et ses idées folles et ses propos excentriques, qui les fait rire de ce rire large et bruyant que vous connaissez. C’est le flirt. Il a peut-être ses inconvénients. Il a, ce me semble, beaucoup d’avantages.

« Mais il est, à ce qu’il paraît, un peu inconvenant, un peu improper. Nos néo-puritains, cela est certain, le voient d’un mauvais œil. Ils veulent le détruire par une loi, ce qui me paraît bien malaisé. On n’abolit guère par la loi ce qui est dans les mœurs. Une loi répressive du flirt ne serait que restrictive du flirt. Elle le restreindrait… que dis-je ? Elle le dénaturerait sans le restreindre le moins du monde. Il subsisterait sous une autre forme, peut-être plus mauvaise. La loi le rendrait hypocrite . Nos jeunes filles flirteraient moins franchement, moins ouvertement, moins rondement ; mais elles flirteraient tout de même. Le manège se substituerait à la provocation.

« Nous aurions les petites flirteuses sournoises que vous connaissez. Point d’éclat, point de tapage, point de mouvement, point d’allures conquérantes, point de marche à l’ennemi, point de raids, point d’assauts en musique comme à votre siège de Lérida, point de garden parties, point de parties de plaisir, point d’invitations à luncher, point de rendez-vous ; mais le fameux jeu qui est le vrai grand jeu, le jeu du sourire et des yeux.

« Tout est là, vous savez bien. On se croise avec un jeune homme à la promenade. On le regarde à peine, mais d’un regard « à l’instant détourné », qui est un aveu, une déclaration, un hommage et presque une prière. Si l’attention n’est pas réveillée à la troisième ou quatrième fois.

« On se rencontre avec un jeune homme en une soirée, à un dîner, à un « cinq heures ». On ne lui dit rien du tout. Mais il suffit qu’il dise un mot et, par exemple, qu’il fait froid, pour qu’on le regarde d’un air profondément admiratif avec l’œil noyé de l’extase, et pour qu’un sourire prolongé, évidemment involontaire et dont il est certain qu’on ne s’aperçoit pas, erre doucement sur les lèvres imperceptiblement entrouvertes. J’ai entendu dire que c’était là. le flirt français. Qu’en dites-vous ?

Flirt. Biscuits Lefèvre-Utile. Affiche publicitaire
de 1899-1900 réalisée par Alphonse Mucha

« Français ou autre, il est charmant. Et il est diablement dangereux. Il prend l’homme par ce qu’il a de plus sensible et de plus facile à prendre, par la vanité, par l’amour-propre. Il est une flatterie dissimulée, raffinée, savante, prolongée, incessante, et comme une lente caresse de l’âme. Je crois qu’il faut être assez fort — ou très occupé ailleurs — pour y être insensible, et je crois que l’on n’y est jamais indifférent.

« Or, contre ce flirt-là, quelle loi faire, s’il vous plaît ? Je voudrais bien qu’on me le dît. Qui pourra empêcher de sourire ? Qui pourra empêcher d’avoir un regard admiratif suivi d’un regard rêveur ? Je ne vois pas le texte législatif qui pourrait formuler exactement ces choses-là, et les interdire avec une précision suffisante. Le regard échappe au législateur, le sourire donne peu de prise au magistrat.

« Or, tout l’effet de la loi de nos flirtophobes serait de substituer le flirt français — mettons français, si vous voulez — au flirt américain, le flirt sournois au flirt franc, le flirt ingénieux et savant au flirt… je dirai presque au flirt ingénu. Je ne vois pas bien le progrès.

« Ne doutez point que nos jeunes filles ne fissent très promptement la substitution. Elles sont très fines au fond. Elles s’abstiennent d’être rouées parce qu’il leur est permis d’être hardies, et elles cessent un peu d’être jeunes filles parce qu’il leur est permis d’être garçonnières ; mais la répression aurait très vite ses effets ordinaires, et de la guêpe bourdonnante la loi aurait très vite fait une fine mouche.

« Avez-vous lu Meta Holdenis de votre Cherbuliez, avez-vous lu Bijou de votre Gyp ? Voilà des flirteuses dans les teintes douces. Elles n’ont rien d’audacieux ; elles n’ont rien de bruyant. Elles passent à travers le monde sans avoir l’air de se douter qu’il existe ni qu’elles existent. Elles sont bien loin de tout manège de coquetterie. Elles ne savent même pas ce que c’est que la coquetterie. En attendant, elles affolent tout le monde sans avoir l’air de s’en douter. C’est le regard, c’est le sourire, c’est la démarche, c’est un mouvement imperceptible, c’est moins qu’un mouvement : c’est l’attitude. Ferez-vous une loi contre l’attitude ? Je ne crois pas qu’on puisse aller jusque-là en fait de loi de tendances.

« Il me semble donc que le projet de loi de nos flirtophobes et de nos flirtoclastes est un beau coup d’épée dans l’eau de rose. Fût-il voté, ou il n’empêcherait rien du tout, ou il remplacerait un mal par un mal peut-être pire, ou tout au moins un mal par un autre mal. À flirt, flirt et demi. « Nous flirtions. Il vous déplaît. Nous coquetterons maintenant. » Il ne faut pas casser la corde d’un arc quand cet arc en a plusieurs. C’est l’arc qu’il faudrait briser. Essayons donc de briser celui-là ! C’est l’arc d’Ulysse aux mains de Circé.

« Après cela, vous savez, mon cher ami, qu’autre chose aussi me rassure, moi indulgent au flirt, comme partisan de toutes nos vieilles institutions américaines. Vous n’ignorez pas que chez nous une loi votée, une loi promulguée, une loi insérée aux papiers officiels, peut très bien être une loi qui n’existe pas. Nos tribunaux ont le droit de déclarer qu’une loi n’est pas applicable, qu’une loi est caduque, à peine née, parce qu’elle est contraire aux institutions fondamentales de l’Union. Nous avons, comme cela, un certain nombre de lois qui figurent avec beaucoup d’honneur dans nos codes et qui n’ont jamais, jamais été appliquées. Par décision des tribunaux, gardiens de notre sainte Constitution, le citoyen n’a qu’un devoir envers elles, qui est de leur désobéir. Vous ne connaissez pas cela en France. C’est américain. C’est strictement américain. C’est éminemment américain ; car c’est très original.

« Eh bien ! je vous le demande, mon cher ami, si le bill sur le flirt était voté, est-ce qu’il y aurait un tribunal dans toute l’étendue des États, comme nous disons, pour admettre qu’il fût applicable ? Est-ce que le flirt n’est pas au rang de nos institutions fondamentales ? Est-ce qu’il n’est pas dans la Common Law ? Est-ce qu’il n’est pas la Common Law elle-même ? C’est trop évident. La Common Law, c’est les droits de l’homme. ll est trop évident que le flirt est le droit de la femme. Il est sacré, inaliénable et imprescriptible. La loi peut tout faire, comme disent les Anglais, excepté d’une femme un homme. Eh bien, ôter à nos jeunes filles le flirt, ce serait vouloir les changer de sexe. C’est la chose impossible, et j’ajoute qu’elle est indélicate.

« Non, cher et respectable ami, le flirt continuera d’exister. Légalement ou illégalement, il continuera d’exister, parce qu’il est constitutionnel. Tant pis — et faut-il dire tant pis ? — pour nos jeunes gens. Ils n’ont qu’à se garder. Ils n’ont qu’à réfléchir. Ils n’ont qu’à s’apprendre à eux-mêmes à distinguer l’amour vrai de l’amour factice, encore qu’ils se ressemblent quelquefois à s’y méprendre facilement ; ils n’ont qu’à aiguiser leur sagacité psychologique. Les Américains ont inventé le paratonnerre contre le coup de foudre.

« Agréez, cher ami, mes sympathies très fidèles, et Dieu vous garde du flirt, qu’aucune mesure législative ne saurait efficacement combattre. »

Je suis assez de l’avis de mon docte correspondant, reprend Émile Faguet, tout en lui laissant la responsabilité de quelques opinions contestables ou hasardées. Je ferai une simple observation qui sera à demi en faveur de ce projet de loi sur lequel il daube si fort. Je n’y tiens pas. Je reconnais qu’il serait à peu près inefficace et d’une application à peu près impossible ; mais encore il serait un texte officiel servant en quelque sorte d’avertissement : « La mendicité et le flirt sont interdits sur le territoire de l’État de New York » ; cela voudrait dire à l’adresse des jeunes gens un peu candides :

« Il existe un danger, que les hommes graves ont estimé assez grave lui-même pour le considérer comme un délit. C’est le flirt. Prenez garde au flirt. Songez au flirt. Toutes les fois que vous vous trouvez avec une jeune fille, rappelez-vous que le flirt existe. »

Ce n’est pas un mauvais avis, au moins. Il est bon à afficher. Défiez-vous des pickpockets du cœur.

Source:

CULTURE – Madame Butterfly de Giacomo Puccini

9 NOVEMBRE 2019

Heure : 18:55 Durée : 3h32 Version : VOSTFR 2 entractes

En direct de New York

Dans les cinéma/

Mégarama

Rue de la Chevalerie, Lons-le-Saunier, France,

Cinéma Axel

67 Rue Gloriette, Chalon-sur-Saône, France,

Megarama

1 Rue René Cassin, Chalon-sur-Saône, France,

SYNOPSIS

En voyage à Nagasaki, le lieutenant Pinkerton noue à la légère un contrat de mariage avec une jeune geisha que l’on nomme Cio-Cio-San, ou Madame Butterfly. Lorsqu’il rentre en Amérique, la jeune épouse attend patiemment le retour de son bien-aimé, dont elle a eu un fils. Pinkerton, lui, n’avait toutefois pas l’intention de tenir ses engagements et, quand il revient au Japon, c’est avec autre femme à son bras. Madame Butterfly, elle, ne compte pas défaire les liens qui l’unissent à son mari américain.

PRÉSENTATION

La mise en scène cinématographique d’Anthony Minghella charme par sa délicatesse et amplifie le drame solitaire de l’héroïne, incarnée par la soprano chinoise Hui He.

  • Mise en scène: Anthony Minghella
  • Direction Musicale: Pier Giorgio Morandi
  • Distribution:
    • Hui He (Cio-Cio-San) Elisabeth DeShong (Suzuki) Andrea Carè (Pinkerton) Paulo Szot (Sharpless)
LE MEILLEUR DU LIVE AU CINEMA

Pionnier et leader dans la diffusion de grands événements culturels en direct au cinéma, Pathé Live offre la possibilité à tous de découvrir de grands classiques de l’opéra, du ballet et du théâtre. Des retransmissions de concerts, de spectacles et autres événements culturels viennent enrichir la programmation.

Les tribulations des femmes à travers l’Histoire – les femmes sur la voie de l’émancipation

Comme chacun sait, 

« la femme est l’avenir de l’homme »

Louis Aragon

Mais on a tendance à oublier qu’elle possède aussi un passé. Penchons-nous donc sur le quotidien de ces filles d’Ève qui ont participé à leur façon à la construction de nos sociétés.

Du haut Moyen Âge à l’An Mil (IVe – Xe siècles)

Dès l’époque du roi Clovis et de son contemporain l’empereur byzantin Justinien, le Moyen Âge nous laisse le souvenir de grandes figures féminines issues du patriciat et de la noblesse. Elles jouent un rôle capital au gouvernement et au sein de l’Église, à l’image de Clotilde et Geneviève en Occident, de Théodora, épouse de Justinien, à Byzance. C’est une situation inédite, étrangère à la Grèce classique, comme on l’a vu, ou aux sociétés islamiques à venir.

La situation des femmes s’altère quelque peu sous les empereurs carolingiens (IXe-Xe siècles), dans une époque de transition où ne reste plus rien des acquis de Rome et où tout est à reconstruire.

À l’époque mérovingienne (IVe – VIIIe siècles), des femmes de pouvoir
Mobilier funéraire de la dame de Grez-Doiceau, nécropole mérovingienne du milieu du VIe siècle, DR.
Mobilier funéraire de la dame de Grez-Doiceau, nécropol Mérovingienne du VIe siècle

Aux VIe et VIIe siècles, les femmes de l’aristocratie mérovingienne ont un statut élevé. Elles héritent tout comme les hommes et sont généralement plus cultivées que leur mari, pour les besoins de l’éducation et du culte. Beaucoup usent de leur richesse pour fonder des églises et des monastères et c’est afin de combler leurs vœux que le pape Grégoire le Grand, peu suspect de misogynie, donne son aval à la fondation de monastères féminins.

À l’image de Clotilde ou Geneviève, ces femmes de l’aristocratie conseillent les souverains ou bien dirigent tout bonnement des royaumes à l’instar de Frédégonde et Brunehaut , dont la rivalité a été popularisée au XIXe siècle par l’historien Augustin Thierry dans ses Récits des temps mérovingiens (1840).

Clotilde fut donnée en mariage au roi des Francs par son père Gondebaud, roi des Burgondes et, fervente catholique, elle réussit à convertir son païen de mari, avec la complicité de l’évêque Remi et de son amie Geneviève. Cette dernière, issue de la haute noblesse gallo-romaine, s’était consacrée à Dieu tout en exerçant de hautes responsabilités à Paris. D’un caractère trempé, elle fit construire une église sur l’emplacement du tombeau de saint Denis, premier évêque de Paris qu’en ces temps anciens, on appelait encore Lutèce. Elle recevait les fidèles dans l’ermitage de la montagne qui porte aujourd’hui son nom, au cœur de l’actuel Quartier latin. C’est là qu’elle mourut en 502 et fut inhumée.

Brunehaut, la femme d’Etat

À l’opposé de ces saintes femmes, l’époque compte quelques figures shakespeariennes… Frédégonde était la maîtresse d’un petit-fils de Clovis, Chilpéric Ier, roi de Neustrie (Paris). Elle le convainquit de répudier sa femme mais Chilpéric se remaria avec une princesse wisigothe, Galswinthe. Frédégonde, délaissée, prit la mouche. Elle fit étrangler sa rivale et obligea enfin Chilpéric à l’épouser. La sœur cadette de la malheureuse Galswinthe décida de venger cette dernière. Dénommée Brunehaut, elle était l’épouse de Sigebert Ier, roi d’Austrasie (Metz) et frère de Chilpéric ! Elle obligea son mari à demander réparation à Chilpéric pour le meurtre de Galswinthe. Mais la serial killer Frédégonde prit une nouvelle fois la mouche et fit assassiner l’insolent Sigebert. Elle fit aussi assassiner le nouveau mari de Brunehaut puis son propre mari Chilpéric avant de gouverner elle-même le royaume de Neustrie.

Son ennemie Brunehaut allait lui survivre avant d’être elle-même capturée par ses ennemis et traînée derrière un cheval jusqu’à ce que mort s’ensuive, en 613. Elle avait alors 80 ans…

Frédégonde comme Brunehaut sont représentatives du pouvoir que pouvaient exercer certaines femmes à l’époque mérovingienne. À l’autre extrémité du continent, gardons une pensée pour Théodora. Fille du montreur d’ours de l’hippodrome de Constantinople, elle a épousé l’héritier de l’empire et devint pour lui une conseillère de premier rang. Elle le dissuada en particulier de s’enfuir lors de la sédition Nika qui menaça d’emporter le trône en 532.

Quoi qu’il en soit, le vernis chrétien demeure fragile et les rois mérovingiens de la lignée de Clovis, comme Clotaire Ier, ne se privent pas d’épouser parfois plusieurs femmes à la fois !

Supplice de la reine Brunehaut, détail des Grandes Chroniques de France de Charles V, BnF, Paris.
Mort de Brunehaut, Grandes Chroniques de France, BNF Fr 2813, f. 60v, XIVe siècle.
Pippinides et Carolingiens (VIIIe – Xe siècles) : vers un mariage plus protecteur

Avec les Pippinides et Charlemagne, deux siècles plus tard, le Royaume des Francs connaît deux tournants décisifs : d’une part, il bascule du monde méditerranéen vers le monde rhénan, plus germanique; d’autre part, il noue une alliance étroite avec l’évêque de Rome (le pape), dont il va faire le chef tout-puissant de l’Église d’Occident.

Tête du gisant de Jeanne de Toulouse, 1285, Musée de Cluny, Paris.

Le gisant de Jeanne de Toulouse, épouse d’Alphonse de Poitiers et belle-sœur de saint Louis, la représente en veuve : l’ovale parfait du visage est étroitement enserré par les bandes de tissu de la guimpe et par un voile retenu par un cercle de tête fleuronné. La tête en a été détachée dans le courant du 19e siècle, et le reste du gisant a disparu ; c’est un dessin du 17e siècle qui a permis de l’identifier. Ce fragment en faible relief présente un modelé d’un grand raffinement en dépit de la disparition accidentelle du nez.

Après 1271, autour de 1285 ?

On peut y voir les raisons qui vont lentement conduire les femmes d’Occident à un statut plus libre que sous les autres cieux. En effet, les Germains qui ont envahi l’empire d’Occident avaient un respect marqué pour le mariage si l’on en croit Tacite. L’historien romain note à leur propos :

« Quoi qu’il en soit, les mariages là-bas sont pris au sérieux. Aucun autre aspect des mœurs des Germains n’est plus digne d’éloges. Seuls quasiment parmi les Barbares, ils se contentent d’une seule épouse, sauf quelques-uns à peine qui, sans être débauchés, reçoivent en raison de leur haut rang, de très nombreuses propositions de mariage ».

Le droit coutumier germanique interdit les unions entre cousins jusqu’au douzième degré ! Les chefs germains eux-mêmes prennent soin de choisir leur épouse en-dehors de leur clan pour étendre leur réseau d’alliances. Chez les Francs, le wehrgeld ou « prix du sang », versé en réparation d’un crime, est le même pour un homme et une femme, ce qui témoigne d’une égalité de statut entre les sexes. Les femmes peuvent aussi conduire des hommes à la guerre comme l’atteste la découverte à Birka, dans le sud-est de la Suède, de la somptueuse tombe d’un chef de guerre dont l’analyse ADN a montré que c’était en fait une femme. 

Tout cela n’a rien à voir avec la tradition méditerranéenne mise en lumière par l’anthropologue Germaine Tillion : mariage préférentiel entre cousins, polygamie et répudiation facile qui sera plus tard étendue à l’ensemble du monde arabo-islamique .

En bon héritier de la tradition germanique mais aussi en digne fils de l’Église, l’empereur Charlemagne interdit le remariage des divorcés en 789. En 796, il déclare devant les représentants du clergé que l’adultère ne saurait dissoudre les liens du mariage.

Au siècle suivant, les successeurs du grand empereur commencent à légiférer sur la consanguinité : les mariages sont interdits entre cousins jusqu’au quatrième ou septième degré.

Le retour du croisé : le comte Hugues de Vaudémont et son épouse Anne de Bourgogne, grès du XIIe siècle, Musée lorrain, Nancy.
Le Retour du croisé

Fin XIIe siècle
Grès taillé
H. 111 ; l. 40 ; P. 30 cm
Inv. D.2004.0.2
Dépôt de l’État

Ce groupe sculpté dans un bloc de grès provient du cloître du prieuré de Belval à Portieux (Vosges) et date vraisemblablement de la deuxième moitié du XIIe siècle.

L’historien Michel Antoine a suggéré de voir dans ce couple le comte Hugues Ier de Vaudémont et son épouse Adeline de Lorraine ou Aigeline de Bourgogne. En 1147, Hugues Ier accompagne Louis VII le jeune lors de la deuxième croisade qui se déroule de 1146 à 1148.  Il semble qu’Hugues Ier reste longtemps en Terre Sainte et ne revient que peu de temps avant sa mort en 1154.

Bien que difficilement applicables, ces règles vont limiter les incestes dans les communautés isolées. Elles vont aussi offrir à la noblesse des prétextes pour demander l’annulation d’un mariage encombrant et à l’Église un motif de punir des souverains par trop indociles.

Le processus enclenché par les Carolingiens va mener par étapes successives au mariage monogame, exogame et indissoluble, caractéristique de l’Occident chrétien.

En attendant, les femmes d’influence se font beaucoup plus rares à l’époque carolingienne. Du VIIIe au X siècles, elles retournent au fourneau et il n’est plus question qu’elles touchent aux affaires publiques. Et d’ailleurs, comment le pourraient-elles ? Les règles de succession privilégient l’aîné des garçons, du moins dans l’aristocratie.

L’instruction connaît un sévère recul chez les laïcs – hommes et femmes -, au grand désespoir de l’empereur Charlemagne lui-même qui se désole de ne pas avoir appris à bien écrire et fait en sorte que ses filles adorées reçoivent pour le moins une bonne éducation.

L’exemple fait des émules. Dhuoda, veuve d’un grand seigneur, nous reste connue par le beau manuel d’éducation chrétienne qu’elle rédige au début du IXe siècle à l’attention de son fils : « Je t’engage, ô mon fils Guillaume, à ne pas te laisser absorber par les préoccupations mondaines du siècle et à te procurer un grand nombre d’ouvrages où tu puisses apprendre à connaître Dieu bien mieux que je ne puis le faire moi-même dans ce manuel que je t’adresse ».

L’amour courtois, une nouvelle vision des relations sexuelles

Si la misogynie d’une partie des clercs et des élites nous laisse pantois, elle est contrebalancée assez tôt par des pensées plus amènes. Au VIe siècle, aux temps mérovingiens, le jeune poète Venance Fortunat rencontre à Poitiers la reine Radegonde . Pétri de respect et d’admiration, il lui adresse un hymne qui préfigure avec cinq siècles d’avance l’amour courtois et le culte marial :


« Mère honorée, sœur douce
Que je révère d’un cœur pieux et fidèle,
D’une affection céleste, sans nulle touche corporelle,
Ce n’est pas la chair qui aime en moi,
Mais ce que souhaite l’esprit… »

Fortunat deviendra évêque de Poitiers et sera canonisé. Son approche idéalisée de la femme sera reprise par les poètes des cours aristocratiques et s’épanouira après l’An Mil dans le fin amor ou amour raffiné, que l’on appelle aujourd’hui amour courtois (ou amour de cour). Il s’illustre par exemple dans la Chanson de Roland, grand poème épique de cette époque.

Illustration du Codex Manesse, 1315, Bibliothèque de l'Université, Heidelberg,
Illustration du Codex Manesse (1315) Bibliothèque de l’Université de Heidelberg

Les poètes ou troubadours chantent régulièrement l’amour impossible d’un chevalier pour une dame de plus haute noblesse que lui et souvent déjà mariée. On peut y voir une manière d’enseigner aux nobles la maîtrise de soi et la galanterie : une femme se conquiert par la séduction, pas par la violence !

L’un des plus célèbres troubadours est le duc d’Aquitaine Guillaume IX, grand-père de la célèbre Aliénor .

Cette dernière anime à Poitiers des cénacles poétiques où l’on débat par exemple du point de savoir si l’amour est encore possible dans le mariage ! Il ne s’agit pas de paroles en l’air. Les femmes de cette époque, toutes classes confondues, « jouissent d’une liberté de mœurs exceptionnelle, difficile à expliquer. Le XIIe siècle est avec le XIXe le champion de l’adultère ; l’Église est débordée » .

L’amour charnel
 
Livre des propriétés des choses (De proprietatibus rerum)
Barthélemy l’Anglais
Jean Corbichon, traducteur
vers 1410 Le grand lit rose est peint en laque de brésil.
BNF, Manuscrits occidentaux, Français 9141, folio 171v°

LA FAISANE – ~250 mètres de Boudin

Émile ZOLA dans « le ventre de Paris »

…même maison, rue Pirouette, étaient des amies intimes, très-liées par une pointe de rivalité qui les faisait s’occuper l’une de l’autre, continuellement. Dans le quartier, on disait la belle Normande, comme on disait la belle Lisa. Cela les opposait, les comparait, les forçait à soutenir chacune sa renommée de beauté. En se penchant un peu, la charcutière, de son comptoir, apercevait dans le pavillon, en face, la poissonnière, au milieu de ses saumons et de ses turbots. Elles se surveillaient toutes deux. La belle Lisa se serrait davantage dans ses corsets. La belle Normande ajoutait des bagues à ses doigts et des nœuds à ses épaules. Quand elles se rencontraient, elles étaient très-douces, très-complimenteuses, l’œil furtif sous la paupière à demi close, cherchant les défauts. Elles affectaient de se servir l’une chez l’autre et de s’aimer beaucoup.

Dites, c’est bien demain soir que vous faites le boudin ? demanda la Normande de son air riant.

Lisa resta froide. La colère, très-rare chez elle, était tenace et implacable. Elle répondit oui, sèchement, du bout des lèvres.

C’est que, voyez-vous, j’adore le boudin chaud, quand il sort de la marmite… Je viendrai vous en chercher.

Elle avait conscience du mauvais accueil de sa rivale. Elle regarda Florent, qui semblait l’intéresser ; puis, comme elle ne voulait pas s’en aller sans dire quelque chose, sans avoir le dernier mot, elle eut l’imprudence d’ajouter :

— Je vous en ai acheté avant-hier, du boudin… Il n’était pas bien frais.

— Pas bien frais ! répéta la charcutière, toute blanche, les lèvres tremblantes.

Elle se serait peut-être contenue encore, pour que la Normande ne crût pas qu’elle prenait du dépit, à cause de son nœud de dentelle. Mais on ne se contentait pas de l’espionner, on venait l’insulter, cela dépassait la mesure

… dernier coup d’œil à la fonte du saindoux, avait, de son côté, découvert les deux marmites, où les graisses bouillaient lourdement, en laissant échapper, de chacun de leurs bouillons crevés, une légère explosion d’âcre vapeur. Le flot gras avait monté depuis le commencement de la veillée ; maintenant il noyait le gaz, emplissait la pièce, coulait partout, mettant dans un brouillard les blancheurs roussies de Quenu et de ses deux garçons. Lisa et Augustine s’étaient levées. Tous soufflaient comme s’ils venaient de trop manger.

Augustine monta sur ses bras Pauline endormie. Quenu, qui aimait à fermer lui-même la cuisine, congédia Auguste et Léon, en disant qu’il rentrerait le boudin. L’apprenti se retira très-rouge ; il avait glissé dans sa chemise près d’un mètre de boudin, qui devait le griller. Puis, les Quenu et Florent, restés seuls, gardèrent le silence. Lisa, debout, mangeait un morceau de boudin tout chaud, qu’elle mordait à petits coups de dents, écartant ses belles lèvres pour ne pas les brûler ; et le bout noir s’en allait peu à peu dans tout ce rose.

— Ah bien ! dit-elle, la Normande a eu tort d’être mal polie… Il est bon, aujourd’hui, le boudin.

Galerie d’images sur quatre jours

Histoire – Le jour des morts : une invention du Moyen Age

C’est au XIe siècle, à l’abbaye de Cluny, que fut instituée la fête des morts, que nous célébrons encore, chaque année, le 2 novembre. Il s’agissait d’une cérémonie collective destinée à favoriser le repos des défunts. Car leur disparition ne les avait pas écartés de la communauté des vivants : au Moyen Age, les solidarités d’homme à homme étaient ainsi tissées, solides et durables, entre l’Ici-bas et l’Au-delà.

La tradition veut que, début novembre, au lendemain de la Toussaint, les familles viennent au cimetière honorer leurs morts. L’Église catholique consacre en effet depuis des siècles le 2 novembre aux fidèles défunts. Ce que l’on ignore généralement c’est que l’« inventeur » de cette pratique fut, au XIe siècle, l’abbé du monastère bourguignon de Cluny, Odilon 994-1049. La piété qui nous conduit à honorer collectivement nos morts début novembre plonge ainsi ses racines dans un passé lointain.

Statue de saint Odilon (Basilique Saint-Urbain de Troyes).

Cet attachement profond des chrétiens à leurs morts est un phénomène frappant et même paradoxal quand on le compare au traitement des défunts dans l’Antiquité. Dans le monde romain, le décès marque une rupture par rapport au monde des vivants. Les disparus occupent un séjour propre, la nécropole, à l’extérieur de la cité. Le soin qu’on leur rend est du strict ressort de la piété familiale ; ce n’est en rien une affaire publique. Or, à cette dissociation initiale du monde des vivants et du monde des morts, le christianisme va peu à peu substituer une situation radicalement différente, où les morts peuplent l’univers des vivants, avec un triple phénomène de création d’habitats autour des anciennes nécropoles, d’installation des sépultures dans les villes et de constitution de villages autour de l’église et du cimetière.

On peut donc dire que, dès l’époque carolingienne VIIIe-Xe siècle, l’idée de célébrer collectivement les défunts un jour donné, pas trop loin de celui des saints, est dans l’air. Le mouvement est lancé dans les années 800 par trois abbayes situées en Germanie : à Saint-Gall et à Reichenau, une commémoration annuelle est fixée le 14 novembre, tandis que la communauté de Fulda honore collectivement les morts le 11 octobre. L’initiative d’Odilon de Cluny ne fait donc que fixer et institutionnaliser une pratique déjà attestée avant et ailleurs.

Le succès de cette initiative, prise à une date inconnue autour de 1030, ne s’explique en fait que par l’énorme influence qu’exerce alors le monastère de Cluny au sein de l’Église. Ce monastère — fondé en 910 par le duc d’Aquitaine Guillaume le Pieux dans les environs de Mâcon — est un établissement romain, dans la mesure où son fondateur l’a placé directement sous la protection des apôtres Pierre et Paul et de leurs successeurs, les papes. Cluny est ainsi affranchi de toute autre autorité temporelle et spirituelle que celle de Rome. D’autre part, au cours du Xe siècle, l’établissement acquiert rapidement un prestige intellectuel et spirituel sans précédent. Cluny est, dès les alentours de l’An Mil, une puissance supra-régionale. Son abbé fraye avec les plus grands, pontifes, princes, rois et empereurs. Dans ces conditions, une initiative clunisienne ne pouvait manquer de concerner à terme l’ensemble de l’Église latine : le pape Léon IX 1049-1054 encourage la commémoration de tous les défunts, qui devient d’usage général en Occident au cours du XIIe siècle.

Le tournant majeur que marque l’instauration du jour des défunts est ainsi révélateur de l’importance accordée aux morts, ou plus exactement aux relations sociales qui les attachent aux vivants. La société chrétienne contemporaine d’Odilon de Cluny et de ses frères — une société seigneuriale et féodale — se définit et se reproduit en effet dans sa façon de penser le grand passage entre l’Ici-bas et l’Au-delà : les transactions funéraires représentent une modalité privilégiée d’affirmation de l’identité de chacun, les lieux de mémoire du monastère cimetière, nécrologe, actes à cause de mort formant comme un entre-deux où les laïcs en quête de miséricorde non seulement disent qui ils sont mais surtout récapitulent leurs alliances et leurs relations de parenté, charnelle et spirituelle.

Dominique Iogna-Prat

L’abbaye Saint-Pierre et Saint-Paul de Cluny.

Le jour des morts : 1er ou 2 novembre ?

Depuis le Moyen Age, l’Église a lutté contre la confusion entre 1er et 2 novembre, respectivement jour des saints et jours des morts. Une distinction qui, le plus souvent, échappe aux fidèles.

Le rapprochement de la Toussaint et du jour des morts a, dès le XIe siècle, créé dans l’esprit des fidèles une confusion qui s’est prolongée jusqu’à nos jours. L’Église a pourtant tout fait pour l’éviter, comme en témoigne le vocabulaire lui-même : il s’agit le 1er novembre de fêter tous les saints, c’est-à-dire ceux que l’Église a officiellement canonisé et proposés comme tels à l’imitation des croyants ; le lendemain, on se contente de commémorer tous les défunts de religion chrétienne.

La distinction entre les saints et les autres est clairement introduite par le curé d’une petite paroisse de l’Anjou d’adressant en ces termes à ses ouailles vers 1770 : « On ne prie point pour les saints que l’on sait dans le ciel […], on doit plutôt les invoquer. On ne prie pas non plus pour les païens, les hérétiques et autres dont la damnation est évidente, parce que ces prières seraient inutiles et que dans l’enfer il n’y a point de miséricorde à espérer. On prie donc seulement pour ceux dont on ne connait pas encore la destinée, mais que l’on peut croire avec raison être morts en bons chrétiens et dans la voie du salut, quoique pas encore assez purs pour avoir été introduits dans le ciel… »

Pourtant, la plupart des fidèles n’ont que faire de ces subtiles distinctions. Pour eux, un mort est un mort, et les 1er et 2 novembre sont voués à tous les disparus indistinctement. La preuve en est qu’un certain nombre de pratiques, pour beaucoup d’origine préchrétienne s’étalent sur deux jours. C’est ainsi que depuis le Moyen Age s’est instaurée la coutume de sonner les cloches des églises pendant la nuit du 1er au 2 pour éloigner les âmes des morts qui rôdent, et le clergé des XVIIe et XVIIIe siècles a eu beaucoup de mal à lutter contre cet usage déclaré « superstitieux ».

De même, certains interdits concernent les deux jours à la fois, comme labourer la terre, qui est un travail de fossoyeur, ou faire la lessive, car on risquerait de laver son propre linceul, ou sortir de chez soi pendant la nuit, celle-ci étant réservée aux trépassés. Aujourd’hui encore, c’est le 1er novembre, jour légalement férié, et non le lendemain, que les cimetières reçoivent la visite de tous ceux qui veulent se recueillir, chrysanthèmes à la main, sur la tombe d’un proche.

François Lebrun

CULTURE – LES TRÈS RICHES HEURES DU DUC DE BERRY, Novembre

MINIATURES DE POL DE LIMBOURG ET JEAN COLOMBE DU CALENDRIER DES « TRÈS RICHES HEURES DU DUC DE BERRY »

Musée Condé, Chantilly

Photographiées sur le manuscrit original par M. André POPULU, du Service Photographique de la Bibliothèque Nationale.

Les Très Riches Heures du Duc de Berry représente le livre des heures, tel qu’il a existé dans la plus pure tradition médiévale.

La miniature représente une scène paysanne traditionnelle d’automne : la glandée. Un porcher, accompagné d’un molosse, fait paître un troupeau de porcs dans un bois de chênes. À l’aide d’un bâton qu’il jette, il frappe les branches pour en faire tomber les glands. Le porc, engraissé puis tué et salé, permettra de préparer l’hiver et de se nourrir toute l’année. On aperçoit à l’arrière-plan un château accroché aux rochers et une rivière qui serpente entre les montagnes bleuies. Ce paysage rappelle ceux de la Savoie

Écologie – La transition est-elle contraire à la liberté individuelle ?

Réponse courte : ni plus ni moins que beaucoup d’autres questions de société comme la sécurité, la santé publique, la défense, l’aménagement du territoire et bien d’autres.

Contrairement à ce que l’on entend régulièrement dans les débats et dans la presse, et en dépit des craintes qu’elle suscite parfois, la transition écologique ne fait pas peser de lourdes menaces sur notre liberté individuelle. Une prétendue « dictature verte » ne nous attend pas au tournant et les écologistes ne veulent pas prendre le pouvoir pour nous dépouiller de nos droits. Dans cet article j’explique pourquoi les contraintes nouvelles apportées par la transition écologique sont tout à fait compatibles avec les principes de la démocratie libérale et le respect de l’individu. Je propose aussi un regard un peu différent sur cette question en rappelant l’importance d’une autre conception, plus politique, de la liberté.

De quelle(s) liberté(s) parle-t-on ?

Rappelons d’abord que les libertés dites fondamentales dans les démocraties occidentales sont des libertés immatérielles telles que la liberté de conscience, de religion et d’opinion, ou la liberté d’expression. Elles sont fondamentales au bon fonctionnement de nos sociétés et il n’est pas question de les remettre en cause. Elles ne sont absolument pas mises en danger par les efforts de transition écologique, tant que ceux-ci sont entrepris par un gouvernement qui respecte l’État de droit.

Mais il est vrai que l’on parle parfois de LA liberté, sans qualificatif, comme étant une valeur centrale en elle-même. C’est là que les choses se compliquent car le terme peut prendre différentes significations et sa définition a connu des variations importantes au cours de l’histoire.

La plupart des personnes qui estiment que la liberté individuelle est mise en danger par l’écologie la définissent implicitement comme l’absence de contrainte. De ce point de vue la liberté c’est faire ce que l’on veut sans en être empêché, et en particulier sans en être empêché par le gouvernement. La transition écologique fait-elle peser une menace particulière sur la liberté individuelle comprise de cette manière ? C’est ce que l’on pourrait croire de prime abord, mais il n’en est rien.

Entre contrainte et émancipation

Premièrement, le tableau n’est peut-être pas aussi sombre qu’on l’imagine du côté des contraintes. Oui, la transition écologique implique un certain nombre de changements dans la manière dont nos sociétés fonctionnent. Politiquement elle signifie de mettre en place un jeu de nouvelles normes techniques, de taxes, et éventuellement d’interdictions, pour éliminer progressivement les énergies et les objets les plus délétères pour le climat et le reste de l’environnement. Pourquoi cela ? Eh bien parce que les problèmes environnementaux, comme par exemple le changement climatique, sont le plus souvent des problèmes systémiques qui demandent des réponses au niveau collectif. Les bonnes volontés individuelles sont nécessaires mais ne suffisent pas. Aujourd’hui, la responsabilité individuelle consiste avant tout à admettre la nécessité d’un changement systémique.

Et oui, à moyen terme certaines activités ne seront plus possibles ou deviendront plus chères. Nos régimes alimentaires seront progressivement moins carnés, les voyages lointains seront sans doute moins fréquents ou prendront plus de temps, la mobilité sera probablement électrique et plus douce, les biens de consommation seront conçus pour durer et non plus pour cesser de fonctionner après deux ans. Certains biens ne seront à terme plus disponibles sur le marché, mais ils seront remplacés par des alternatives écologiques.

D’un autre côté, nous découvrirons de nouvelles saveurs et de nouvelles manières de voyager, les piétons se réapproprieront une grande partie de l’espace public, le contact avec la nature et les relations sociales pourront continuer à s’épanouir à volonté, ainsi que la créativité personnelle. L’essentiel est de comprendre que des changements sociaux, économiques et techniques tels que ceux qui nous attendent présentent autant d’opportunités que de contraintes. Même s’il met le doigt sur certaines pratiques actuelles qui ne sont pas soutenables, le mouvement écologiste a également un fort potentiel d’innovation et d’émancipation.

Les contraintes sont la condition du vivre ensemble

Deuxièmement, les contraintes qui pèsent sur l’action individuelle sont déjà omniprésentes dans nos sociétés. Ce sont elles qui nous permettent de vivre ensemble de manière harmonieuse et coordonnée, ce sont elles qui protègent notre vie, notre intégrité physique, notre sphère privée, et ce sont encore elles qui nous empêchent de causer du tort aux autres, volontairement ou par inadvertance.

Il suffit de penser, parmi tant d’autres, aux domaines de la sécurité et de la santé publique pour s’en rendre compte. Personne ne s’émeut de ne pas pouvoir rouler en voiture sur le trottoir, déverser ses ordures sur la voie publique, fumer dans un restaurant, se servir dans le porte-monnaie des passants, etc. Les lois définissent les règles du jeu de la vie en société et sont, lorsqu’elles sont bien faites, les garantes du bien commun. Une multitude de normes qui règlent nos comportements individuels passent tout simplement inaperçues car elles ont été assimilées et nous semblent aller de soi. Après une phase d’adaptation, il en ira de même avec les normes environnementales.

Dire que la transition écologique est liberticide parce qu’elle implique un certain nombre de normes nouvelles n’a donc aucun sens. Nous acceptons des lois contraignantes sur notre manière de rouler, de travailler, de construire nos maisons et même de nous comporter en public, mais nous n’aurions à souffrir aucune contrainte pour nous éviter de déstabiliser complétement le climat planétaire ? Cela paraît absurde. Une meilleure question est de savoir à quelles conditions ces contraintes sont justifiées et légitimes.

Ne pas nuire à autrui

Dans les démocraties libérales (au sens politique et non pas économique du terme), la réponse à cette question est somme toute assez simple. Les lois qui imposent des contraintes sur les comportements individuels, mais aussi sur les entreprises et le reste de la société, sont justifiées dès lors qu’elle visent à nous empêcher de nuire à autrui, et légitimes lorsqu’elles ont été établies en suivant les procédures démocratiques prévues à cet effet.

En ce qui concerne les problèmes environnementaux le cas est clair. Il n’est plus à prouver que le changement climatique nuit aux intérêts de certaines populations, et nuira encore plus gravement aux intérêts de l’ensemble des habitants de la planète à moyen et long terme. C’est presque un euphémisme de l’exprimer ainsi, sans parler de la destruction massive de la diversité biologique sur Terre, de l’appauvrissement continu des terres arables et de la pollution plastique qui asphyxie les océans du monde entier. Tous ces phénomènes auront des répercussions extrêmement néfastes sur les conditions de vie sur Terre.

Revendiquer la liberté de perpétuer un fonctionnement qui met en péril les droits fondamentaux à la vie et à la sécurité de régions et de générations entières et qui détruit les bases ressourcielles de notre civilisation n’est donc tout simplement pas défendable. Il n’y a pas de droit inaliénable à la liberté en démocratie, si par liberté on entend le droit de faire ce que l’on veut au dépend des autres.

Imposer par voie démocratique un certain nombre de normes légales pour empêcher une catastrophe écologique est donc justifié et légitime. Mais c’est aussi un moyen d’éviter que d’autres contraintes, naturelles cette fois-ci et beaucoup plus importantes, ne nous soient imposées à l’avenir. Celles-là ne seront pas négociables.

Et si la vraie liberté était ailleurs ?

J’ai accepté jusqu’ici l’idée que la liberté signifiait l’absence de contrainte. Mais il existe au-moins une autre définition de la liberté, qui a traversé toute l’histoire de la pensée politique de l’antiquité à nos jours, et dont nous ferions bien de nous souvenir un peu plus souvent.

Dans l’antiquité le contraire de la liberté n’était pas la présence de limites ou de contraintes, mais l’esclavage. L’homme libre était celui qui n’était pas soumis à un maître. Par analogie un peuple libre était un peuple qui n’était pas soumis aux caprices arbitraires d’un tyran et qui pouvait déterminer lui-même, de manière autonome, les contraintes auxquelles il voulait se soumettre.

La liberté ne réside pas ici dans l’absence de contrainte, mais dans la manière dont les décisions, parfois contraignantes, sont prises. Il s’agit d’une liberté éminemment politique, liée bien évidemment au fait de vivre en démocratie. Pour l’individu, elle se caractérise par la possibilité de participer au processus de prise de décision politique (par le débat, le vote, la possibilité de se présenter comme candidat) et par une protection légale contre les décisions arbitraires de son gouvernement.

La République instruisant la Démocratie (statue du Père-Lachaise, division 65).

De ce point de vue, une loi établie démocratiquement et pour de justes motifs – environnementaux ou autres – n’a rien d’arbitraire et n’est donc pas en contradiction avec la liberté des citoyens, même lorsqu’elle impose de nouvelles normes techniques ou comportementales. Cette définition de la liberté me semble bien plus profonde que la simple absence de contrainte. C’est avant tout au nom de cette conception que des peuples se sont soulevés et que des révolutions ont renversé des dictateurs.

Être un citoyen respecté et protégé par des lois, qui peut participer de plein droit au processus démocratique, nous semble tellement normal que nous ne voyons plus l’extraordinaire liberté que cela nous apporte. Utilisons-là donc à bon escient et profitons-en pour mettre un terme à la destruction irréversible de l’environnement planétaire.

Source: Augustin Fragniere

Les tribulations des femmes à travers l’Histoire – filles d’Ève lubriques et tentatrices

Comme chacun sait, 

« la femme est l’avenir de l’homme »

Louis Aragon

Mais on a tendance à oublier qu’elle possède aussi un passé. Penchons-nous donc sur le quotidien de ces filles d’Ève qui ont participé à leur façon à la construction de nos sociétés.

Antiquité tardive (IIIe-Ve siècles)

Aux premiers siècles du christianisme, dans l’Antiquité tardive, les Pères de l’Église mirent en place un ensemble de préceptes qui allaient durablement imprégner les mentalités occidentales. Ils réservèrent aux hommes le sacerdoce, la prêtrise et le sacrement de l’Eucharistie. En premier lieu par référence au Christ et aux apôtres qui étaient des hommes, en second lieu, de façon plus inconsciente, pour se plier à la norme sociale. Parmi les autres héritages de cette époque, il y a l’indissolubilité du mariage, qui se déduit de l’Évangile : 

« Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni » .

(Matthieu V, 31-32 et XIX, 3-9…)

C’est une condamnation radicale du divorce et de la répudiation. Il y a aussi la promotion du célibat ecclésiastique par un clergé très influencé par l’ascétisme stoïcien, une morale en vogue chez les derniers Romains, tel l’empereur Marc-Aurèle.

Queste del Saint Graal
Péché originel
France, Ahun, vers 1470
Paris, Bibliothèque nationale de France, département des Manuscrits, Français 116, fol. 657v.
© Bibliothèque nationale de France

Le célibat est très tôt pratiqué dans toute la chrétienté par les ermites et les moines. À l’imitation de saint Antoine, le « Père des moines d’Occident » (250-356), ces hommes pieux font vœu de donner leur vie à Dieu et de se consacrer à la prière et au recueillement.

En 303, le concile d’Elvire, près de Grenade, tente de convertir aussi le clergé séculier au célibat mais sans beaucoup de succès. Pendant le millénaire suivant, synodes et conciles n’auront de cesse de sévir contre le mariage des prêtres. Le célibat sacerdotal ne se généralisera que vers le XIIe siècle et, à la fin du Moyen Âge, il se trouvera encore une moitié de prêtres et de curés vivant en concubinage sans scandaliser grand-monde…

En attendant, on observe la formation d’un clergé régulier (moines) étranger à la sexualité et dont une bonne partie nourrit un ressentiment profond à l’égard des filles d’Ève, coupables comme leur lointaine aïeule de pousser leurs compagnons à la faute.

Jésus et la femme adultère, XIème siècle, basilique San Angelo, Capoue, Italie

Mêmes les penseurs les plus réputés témoignent à l’égard des femmes de préjugés extrêmes.

« Tu devrais toujours porter le deuil, être couverte de haillons et abîmée dans la pénitence, afin de racheter la faute d’avoir perdu le genre humain… Femme, tu es la porte du diable. C’est toi qui as touché à l’arbre de Satan et qui, la première, a violé la loi divine ».

Tertullien au IIe siècle

Saint Jérôme, au IVe siècle, recommande aux filles (comme aux garçons) de rester vierges tout en reconnaissant malgré tout la nécessité du mariage pour la perpétuation de l’espèce : « Ce n’est point rabaisser le mariage que de lui préférer la virginité… Personne ne compare un mal à un bien. Que les femmes mariées tiennent fierté de prendre rang derrière les vierges ».

Il est vraisemblable que les clercs et les moines de l’Antiquité tardive exagèrent leur misogynie et leur répulsion des femmes pour mieux justifier leur vœu de chasteté et surtout se prémunir eux-mêmes contres les tentations de la chair !

Cela dit, les lecteurs et auditeurs de l’Évangile voient bien l’attention que le Christ lui-même portait aux femmes de toutes conditions. Ces mêmes femmes ont été en première ligne dans la diffusion du christianisme.

Le martyrologe des saint(e)s recense d’ailleurs de nombreuses patriciennes romaines qui ont donné leurs biens et se sont vouées au Christ.

On connaît aussi le rôle de Monique, mère de saint Augustin, ou encore d’Hélène, mère de Constantin Ier, dans la conversion de leur fils…

La Tentation d'Ève, bas-relief attribué à Gislebertus, vers 1130, Cathédrale Saint-Lazare d'Autun, Saône-et-Loire.
Attribuée à Gislebert, La Tentation d’Ève (vers 1130), bas-relief, Autun, musée Rolin.
Le sexe au Moyen Âge, des mots à la réalité

Dans le millénaire qui va mener de la haute Antiquité jusqu’à la fin du Moyen Âge (et au-delà), il va toujours se trouver des prédicateurs et des auteurs pour décrire l’engeance féminine comme un objet de dégoût. Ainsi Jacques de Vitry, un prédicateur célèbre du XIIIe siècle, présente la femme comme un être « lubrique, visqueu[x] comme une anguille qui file entre les doigts et s’échappe ». Dans les faits, ces jérémiades se heurtent heureusement au principe de réalité. Interdits de mariage, les prêtres et les moines n’en prennent pas moins des libertés avec le devoir de chasteté sans que cela choque leurs contemporains. La fornication (rapports sexuels consentis, hors mariage) est un péché, pas un crime, tant pour les clercs que pour les laïcs ! On en rit plus qu’on ne la condamne. Plus sérieusement, si l’Église condamne officiellement l’avortement, l’infanticide et aussi la masturbation en laquelle elle voit un gaspillage du liquide séminal, les curés qui ont connaissance de ces faits dans le secret du confessionnal font généralement preuve de mansuétude. Ils se gardent de les dénoncer et accordent l’absolution à leurs ouailles en contrepartie d’un acte de pénitence (prières ou jeûne).

Société – Calendrier de l’Avent

Le panneau des inscriptions au Calendrier de l’Avent 2019 est accroché sous le nouveau couvert du hangar communal.

14 dates sont d’ores et déjà réservées, mais 9 sont encore disponibles. Si l’aventure vous tente, n’hésitez pas à en réserver une, en passant inscrire votre nom dans l’une ou l’autre case.

Le tableau sera transmis à chaque participant, lorsqu’il sera complet.

COMITE des FÊTES – « boudin à l’ancienne »

Galerie d’images

Les bénévoles au service
Merci et à l’année prochaine